INTRODUCTION. XVII
solennelle. L'hiver fut rude ; le Prince avait si froid aux doigts en écrivant qu'il pouvait à peine tracer ses lettres. De ses fenêtres, il voyait le canal couvert de monde tout au plaisirdes glissades; c'est comme « il y a sept ans, écrit-il, lorsque nous allions sur la glace ' ». Toujours avec la nouvelle le souvenir du passé ! Les deux frères revivaient leurs années d'enfance.
La duchesse de Bourgogne, après cinq ans de mariage, connut les joies austères de la maternité. « Les nouvelles que vous me demandez de Madame votre sœur, écrit Louis à la Reine d'Espagne, sont très bonnes ; les soupçons se sont changés en certitude, et il n'y a plus qu'à vous souhaiter la même maladie. Il me semble que ce souhait n'est guère poli ; mais ce qui ne le serait point en toute autre occasion le devient en une aussi importante que celle-ci^ ». Le 25 juin 1704, il put lui faire part de la naissance de son fils aine ; mais, hélas ! cet enfant si désiré ne devait pas survivre aux sourires qui avaient environné son berceau. Il fut enlevé à l'âge de dix mois. Sa mort inspira au duc de Bourgogne une admirable lettre. L'esprit chrétien s'y montre dans toute sa profondeur.
« Il aurait été à souhait, non seulement pour mon intérêt particulier, mais encore pour celui des affaires générales, que ce malheur ne fût point arrivé ; mais les hommes doivent toujours se soumettre aveuglément à ce qui vient d'en haut. Dieu sait mieux que nous-mêmes ce qu'il nous convient ; il a la vie et la mort dans ses mains et a placé mon fils dans un lieu où je désire ardemment de le rejoindre un jour. Cependant, ce n'est pas assez de le désirer, il faut y travailler... L'état où vous êtes, mon cher frère, et celui auquel je suis destiné selon le cours de la nature (souhaitant que ce soit bien tard), cet état,
1. Le duc de Bourgogne au roi d'Espagne, 20 janvier 1704.1,49.
2. Le duc de Bourgogne à la reine d'Espagne, 9 décembre 1703. 1, 46.
II b