‹ Lettres (volume 2)Chapitre 153 sur 195 · Vol. Guerre 2080, n° 284, 285 et · texte numérisé non relu

Vol. Guerre 2080, n° 284, 285 et

APPENDÎCF.

seuls avec qui M. de Vendôme ait tait ce projet, dont l'exposé suffit pour eu faii'c reconnoître la vanité.

La Jonquière, qui connoît si parfaitement Bruxelles, a cependant varié trois ou quatre lois sur l'endroit où étoit cette brèche à piésent réparée par la petite muraille; il ne parle ni du nombre des portes de la ville, ni si l'on ferme la nuit celles qui vont au camp de l'ennemi, ni des movens de s'en rendre maître.

Celte petite muraille et ce petit corps de garde dont il parle, peuvent bien être les seuls obstacles pour entrer dans Bruxelles; mais il y a encore bien loin d'y entrera s'en rendre maître, ainsi qu'il le suppose dès qu'il y aura une partie de ses grenadiers.

La Jonquière, connoissant parfaitement la ville de Bruxelles et ayant proposé de s'en rendre maître par une brèche qu'il connoît entre la porte de Namur et celle de Hal, appelée le bastion de Créquillon, aboutissant à trois rues, dont l'une va droit aux Capucins, l'autre à la porte de Hal, et la troisième à la porte de Namur, en remontant le rempart près de la grosse Tour, l'a fait reconnoître, par ordre de M. le duc de Vendôme, par un officier à lui, fort entendu, et qui a passé plus de cent fois en sa vie par cette brèche ; lequel a trouvé que les ennemis l'ont réparée d'une petite muraille neuve de huit pieds de haut, qui, en s'approchant des vieilles, s'élève insensiblement, et qu'ils ont fait un petit corps de garde au haut du bastion, où il monte environ huit ou dix hommes, qui sont si peu sur leurs gardes, que, cet officier ayant trouvé trois chiens dans le

Il est bien difficile que l'escalade, l'arrêt du corps de garde et le voyage chez M. Pascal avec quatre cents hommes armés, dans une ville comme Bruxelles se fasse sans bruit, et l'auteur de ce projet convient luimême à la fin du mémoire que l'alarme doit être grande dans la ville ; d'ailleurs on n'entre pas si aisément chez un gouverneur qu'il veut entrer chez M. Pascal, surtout suivi de grenadiers. Quand même il l'auroit arrêté, il n'est pas sûr que les clefs soient chez lui ; il y a bien plus d'apparence qu'elles sont gardées à l'hôtel de ville.

fossé qu'il a chassés à coups de pierres parce qu'ils latta- ([uoient, personne n'a paru, quoiqu'il les entendît rire et parler, en sorte que cette petite muraille et cette garde sont les seuls obstacles pour se rendre maître de la ville, lesquels sont aisés à surmonter par les moyens suivants.

La Jonquière demande douze cents grenadiers et six cents chevaux avec doubles officiers, trente échelles de dix ou douze pieds pour faire monter trente ou quarante grenadiers ; et on attachera deux de ces échelles ensemble pour en former une de vingt pieds, sur laquelle cestrente ou quarante grenadiers monteront par un endroit où la muraille n'a que quinze pieds de hauteur, entre la brèche et la grosse tour, pour surprendre cette garde en venant à elle comme une patrouille, et cela au cas que, contre son ordinaire, elle se trouve trop alerte.

Ensuite il fera monter tous ses grenadiers par la brèche, vingt de front, ira avec quatre cents chez M. Pascal, logé près de là, se rendre

Ijc retour à la porte de Namurne se peut faire sans consommer du temps. L'alarme chez les bourgeois et dans toute la ville sera répandue ; avant qu'il y soit, le jour viendra ; cai- en cette saison il est jour ici à deux heures, et l'escalade se doit faire entre minuit et une heure, et je crains que le compliment que la Jonquière doit faire aux bourgeois qui gardent la porte ne réussisse ni par la douceur ni par la force, d'autant plus que ce ne sont point eux qui ont les clefs.

maître de sa personne en demandant à lui communi- (juer des affaires d'importance. De là il ira à la porte de Namur, gardée en dedans par des bourgeois, à qui il proposera doucement de lui remettre les clefs, qu'ils ont toujours, pour ouvrir la porte à l'armée de Mgr le duc de Bourgogne, en leur représentant que l'on vient les remettre sous la domination légitime, et enfin tous les périls auxquels ils s'exposeroient s'ils en usoient mal avec une armée amie, déjii maîtresse de leur ville, et, au cas de résistance, il les forcera, ouvrira la porte, fera entrer sa cavalerie, la disposera sur les places de la ville et enverra aussi un officier sage se saisir de Mylord Albemarle, et fera avertir le bourgmestre que l'armée de Mgr le duc de Bourgogne est maîtresse de la ville, qu'il ne sera fait aucun tort aux bourgeois, pourvu qu'ils tiennent leurs maisons bien fermées, et s'assurera s'il le faut de sa personne pour lui faire donner les ordres nécessaires.

Disposition qu'il veut faire des troupes. — Six cents grenadiers partiront le matin de 1 entreprise avec ordre de traquer la forêt de Soignes à la gauche de la chaussée, comme on le pratique dans les bois de Nivelle.

Six cents grenadiers avec le même ordre et à la même heure iront du côté de la Hulpe et reviendront auprès de Grunendal pour côtoyer la chaussée.

Les commandants auront des ordres secrets de s'embusquer à huit heures du soir à hauteur du Vivier d'Oye avec de petits postes près de la chaussée, pour savoir quand la cavalerie viendra la reconnoître, les en avertir afin qu'ils viennent prendre les ordres delà Jonquière, qui partira du camp à cinq heures du soir avec cinq cents hommes pour arriver à neuf à son infanterie. Les échelles, qu'une ou deux charrettes d'artillerie mèneront bien enveloppées dans de la paille partiront avec cent chevaux à sept heures et iront au trot pour arriver à la Fleur-Gatte

Le relranchement des deux cenls grenadiers et cinquante maîtres sans bruit à la porte de l.ouvain ne nie paroil pas aisé, et je crois que le commerce est fort grand de l'armée à Bruxelles ainsi que de Bruxelles à l'armée ; on a d'ailleurs d'autres moyens d'avertir une armée (jue d'envoyer des courriers. On ne sait si les ennemis n'ont point de corps plus près de Bruxelles que n'en est leur armée, et je crois qu'il y a bien de l'apparence, prêt à s'y jeter à la moindre alarme.

Il y auroit encore bien des choses à relever contre ce mémoire ; on peut dire en général qu'il n'est point assez digéré, qu'il renlerme des contradictions évidentes, qu'il ne paroît pas imaginable de surprendre ainsi avec trente échelles une ville comme Bruxelles, sans intelligence, et à deux lieues au plus de l'armée ennemie, qui y vient en plaine au lieu que nous avons pour y arriver trois lieues de forêt à traverser, que les troupes qui l'auroient passée seroient dans un grand danger à

à dix heures. De là, il détachera deux cents grenadiers avec cinquante maîtres, qui iront par l abbaye del Cameren s'embusquer dans le faubourg de la porte de Louvain et s'y retrancher avec des chariots et ce qu'ils trouveront propre, sans bruit, pour arrêter tout ce qui [)<)urroit sortir de la ville pour aller donner des avis à l'armée eimemie, que l'on ne doit cependant pas craindre, étant à deux grandes lieues et leurs généraux logés aux portes de Louvain.

Et, au cas qu'il se fît une trop grande alarme dans la ville, ce qui est presque impossible, la garnison étant losée chez les bourgeois dans (les quartiers éloignés les uns des autres, particulièrement de l'attaque, ces deux cents grenadiers feront deux fausses attaques, l'une à la porte de Louvain, et l'autre à celle d'Escarbecke. Ayant fait ce détachement, il marchera avec les mille grenadiers de reste par un chemin à gauche de la chaussée qui conduit droit à la brèche, fera porter les

leur l'etour, et qu'une telle échelles par cinquante levée de boucliers ne sauroit maîtres pour commencer être que très désagréable Tescalade entre minuit et quandelle viendroit à man- une heure. Le reste de la (juer, comme je nen doute cavalerie s'avancera jusqu'au pas. dessus d'Ixelles en attendant

l'ouverture de la porte, et de là donnera avis de tout ce qui se passera au reste des troupes qui devront partir à neuf heures du soir pour être à la hauteur du Vivier-d'Oye à minuit.

A Chamillart ^.

Au camp de Braîne-l'AlIeu, le 18 juin 1708.

Je reçus hier après dîner, Monsieur, la lettre que le Roi m'a fait l'honneur de m'écrire le 14 de ce mois. J'espère qu'il sera content du soin que j'aurai d'exécuter ses ordres et de travailler pour son service autant qu'il me sera possible. M. de Vendôme est encore entêté de son entreprise sur Bruxelles; j'espère que cela passera avec le temps. Vous verrez ce que j'écris au Roi dont le comte de Bergeyck nous a parlé ; il est certain que, si on pouvoit lier des intelligences de ces côtés-là, l'exécution en seroit bien plus facile et les suites plus avantageuses; quand nous aurons de ses nouvelles, nous pourrons en parler d'une manière plus étendue.

A Chamillart 2.

Au camp de Braîne-l'Alleu, le 20 juin 1708.

Il me paroît, Monsieur, que 1 avantage que nous avons eu en Catalogne est très considérable, et que les bestiaux que

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