‹ Lettres (volume 2)Chapitre 17 sur 195 · INTRODUCTION. XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XIX

enfin confiance dans « cet ami de leur famille » aussi capable de les bien conseiller dans les cboses de la politique que dans celles de la guerre ^

Les cabales recommencent leur jeu néfaste ; le Prince est si triste, si mécontent, qu'il prend le parti de se taire. Pendant plus de trois mois, il n'adresse pas une ligne à la cour de Madrid. Quand il reprend la plume, il ne cherche pas à dissimuler la cause de son silence.

« Je ne crois point vous avoir écrit, mon cher frère, depuis la naissance de mon fils. Il s'est passé bien des choses depuis ce temps, les unes bonnes, les autres très mauvaises... Mais, au milieu de tout cela, ce qui m'a fait un plaisir sensible, c'est que vous ayez enfin commencé à montrer au dehors le bon qui est au dedans de vous, à dire ce je veux contre lequel les Espagnols ne répUqueront point, à vous réunir entièrement au Roi votre grand-père et à suivre ses sages conseils. J'avoue que vous ayant vu dans une conduite différente de celle que je vous vois prendre avec joie, je m'étais quasi résolu au silence sur des choses auxquelles je ne me flattais pas pouvoir changer beaucoup par quelques lettres; mais quelle satisfaction pour moi, vous aimant autant que je vous aime, de vous voir rentrer dans une voie qui vous fera autant d'honneur que la première pouvait faire parler contre vous ! Pardonnez-moi, mon cher frère, si je vous parle si librement, c'est à l'amitié que j'ai pour vous qu'il faut vous en prendre ^ ».

Le duc de Bourgogne se permettait, fort de TafTection qu'il portait à son frère, de l'encourager à se montrer vraiment roi, à « vaincre la timidité » qui lui était naturelle, à se montrer au peuple, à se mettre à la tête de ses troupes. Quelle joie quand

1. Lettre du duc de Bourgogne au roi d'Espagne, 27 avril 1704, I, 52. Le même à la reine d'Espagne, du même jour. I, 53.

2. Le duc de Bourgogne au roi d'Espagne. 5 octobre 1704.1,58.

XX I>'TRODUCTION.

il apprendra que le Roi d'Espagne fait la guerre et que ses sujets se groupent autour de lui ! Mais là se bornait Fingérence du duc de Bourgogne. Il ne pouvait se résoudre à se mêler aux affaires politiques d'une cour étrangère.

Fidèle à cette ligne de conduite, le Prince laissa Louis XIV agir à sa guise à l'égard de la princesse des Ursins. La Reine d'Espagne cherchait à le gagner à force de bonnes grâces. Lui, espaçait les réponses et s'en tirait par quelque compliment, ne sachant comment faire accepter ses excuses. Ce prince austère semblait prendre quelquefois la plume de Voiture.

« Je ne sais que répondre, j\Iadame, aux obligeants reproches que Madame la duchesse de Bourgogne m'a faits de votre part. La crainte de vous importuner ne serait peut-être pas une excuse pour vous, à voir comment vous pensez à mon égard; il vaut donc mieux présentement garder un silence confus qui vous marque que je me reconnais coupable, et tâcher d'avoir à meilleur titre à l'avenir des marques de votre souvenir ; car, quelque gracieux que soient vos reproches, ils sont toujours reproches, et, s'ils ne se retournent point contre vous par la manière engageante et toute charmante dont vous me les faites, ils tombent en revanche infiniment sur moi, en me faisant sentir l'injustice de mon oubli ».

Et le Prince annonçant l'envoi de petits cadeaux :

« Je crois que vous aurez lieu d'être contente du petit présent que madame votre sœur vous envoie et que le déshabillé vous touchera peut-être autant que l'habit de chasse. Je souhaiterais bien que quelque grossesse vous mit en état de le mettre plus souvent en usage ^ ». De son côté, la Reine envoyait au Prince du tabac et du chocolat.

1. Leduc de Bourgogne à la reine d'Espagne, 30 novembre 1704. 1. 66.

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