Vol. Guerre 2083, n
mander toutes ces bagatelles, qui me paroissent devoir être à part des affaires sérieuses, telles qu'il s'en traite aujourd'hui. J'écrirai au maréchal de BoufTIers pour savoir si le rapport de l'espion au sujet du lieutenant du régiment de Coëtquen est véritable ou non.
Au RoiK Au camp du Saussois, le 10 octobre 1708.
J ai reçu ces deux derniers jours les deux lettres que Votre Majesté m'a fait l'honneur de mécrire les 6 et 8 de ce mois. La disposition que le duc de Vendôme a faite des troupes du comte de la Motte, dont je joins ici la copie, vous marquera toutes les mesures que l'on prend pour empêcher le passage des convois, les ponts de Slipe (?) et de Leffinghem étant devenus impraticables par les inondations. Sur les nouvelles réitérées de la marche du duc de Marlborough avec son armée entière pour aller attaquer le duc de Vendôme ou faire passer quelque convoi par la force, j'avois résolu de rassembler toutes les troupes qui sont depuis Audenarde jusqu ici, et de marcher au prince Eugène pour l'attaquer dans ses lignes, et même toutes les dispositions étoient faites pour cela ; mais, ayant su que Marlborough n'avoit point passé llousselaër, qu'il avoit envoyé au siège dix à douze mille hommes, que ses ponts sur la Lys n'étoient point rompus, et qu'il pouvoit en peu de temps rejoindre l'armée du siège, j'ai pris le parti, de l'avis du maréchal de Bei-wick, qui d'abord avoit soutenu le premier sentiment, et de l'avis des plus anciens et meilleurs lieutenants généraux, de faire seulement avancer encore quinze bataillons et dix escadrons à Gand pour fortifier le duc de Vendôme, en cas que le duc de Marlborough se portât à vouloir forcer quelque passage, écrivant au duc de Ven-
1. Vol. Guerre 2083, n° 233. Du même jour (n* 234) une lettre conforme à Charaillart.
XPF'ENDICE. 351
(lônie de nie renvoyer ces troupes en diligence en cas (jue Marlborough remarchàl en arrière. J'ai eu depuis des avis qu'il irouvoit difficile de l'aire passer des convois, depuis (jue les canaux étoicnl gardés, et ([u'il avoit dessein de revenir dans son canij) de Ronck, auquel cas ce dernier détachement remarchera en arrière, et même plus, s'il est besoin. J aurai apparemment oublie de marquer à Votre Majesté, dans les premières lettres que j'ai eu l'honneur de lui écrire après être arrivé en ce camp, que l'on avoit lait des ponts sur l'Escaut à Poltes et à Escanaffe, les tôtes en sont retranchées, et ils se peuvent garder la nuit comme le jour.
Je reçus hier au soir les lettres du maréchal de Boufflers dont je joins ici les copies. Votre Majesté aura lieu de plus en plus d'être contente de sa défense, et tous les avis sont (ju'il a encore repoussé une attaque des ennemis plus violente encore que les autres, la nuit d'avant-hier à hier ; mais, quelque vigoureuse et admirable que soit cette défense, il est bien à craindre que l'on ne se trouve bientôt obligé d'exécuter le projet, quel qu'il soit, que Votre Majesté voudra que l'on suive après sa perte.
J'ai reçu, en écrivant ma lettre, celle du duc de Vendôme dont je joins ici la copie. Votre Majesté verra que le côté d'Ostende paroît bouché, et l'on dit que les ennemis embarquent les charrettes qui étoient à l'Ecluse et au Sas, ne comptant pas apparemment qu'il leur soit possible de rien tirer de ces deux villes. On dit aussi que ^larlborough est demeuré à Rousselaër et qu'il n'a avancé qu'une tête sur la bruyère de Tourout. Il me paroît, si Votre Majesté me permet de lui dire ce que je pense, qu'il devient important plus que jamais de prolonger le siège de la ville jusqu'à l'extrémité, quand même le maréchal de Boufflers devroit entamer quelques milliers de poudre de celle qu'il doit garder pour la citadelle. Je lui ai écrit dans le même sens, sous le bon plaisir de Votre Majesté, et d'autant plus hardiment qu'il ne paroît pas que les ennemis songent à
l'attaquer; mais je ne m'éloignerai pas de croire que, s'ils prennent la ville, il demeurera bien des troupes dans ce canton par les prodigieux amas qu'ils y font. Les ordres que Votre Majesté a donnés pour faire transporter dans les lieux fermés les grains de la partie de l'Artois la plus exposée y pourroient remédier en partie ; mais les ennemis ne laisseront pas d'en enlever considérablement. Par les lettres du maréchal de Boufflers, que j'ai relues, il paroît qu'une partie du régiment de Tourotte est dans Lille ; ce qui me fait croire que le colonel y est aussi. Je joins encore à cette lettre le mémoire de ce qui est entré dans Lille et de ce qui est revenu à Douay la nuit du 28 au 29 du mois. J'ose supplier Votre Majesté de continuer ses bontés pour un petit-fils dont l'obéissance, le respect et l'attachement sont au delà de toute expression.
A Chamillart i.
Le 12 octobre.
J'envoie avec cette lettre. Monsieur, celles que je viens de recevoir du maréchal de Boufflers et un paquet de M. de Vendôme qu'il m'a adressé à cachet volant, afin que je visse de quoi il est question. Vous verrez ce que je demande au Roi sur ce qu'il propose. Je crois n'avoir rien à me reprocher et n'avoir rien fait contre ma gloire dans tout ce qui s'est passé en dernier lieu. Ce n'est pas ma faute si les inondations de iSieuport n'ont pas été bien faites d'abord, et si les troupes que j'avois envoyées au comte de la Motte et qui l'avoient rendu infiniment supérieur aux ennemis, ne les ont point battus.
M. de Vendôme m'a renvoyé les quinze bataillons et les dix escadrons que j'avois envoyés à Gand en dernier lieu, assurant qu'il en a assez pour empêcher aux ennemis les passages des canaux. Ainsi je crois mon armée très utile-