Vol. Guerre 2083, n
menl employée, si clic peut, depuis Nicuport jusqu'à Condé, boucher toutes les conunuuications des ennemis avec leur pays et lesempêcher par là de prendre Lille, quia louj(uirs clé mou objet.
.4;/ Roi «.
Au camp du Saussois, le 15 octobre 1708.
.l'ai reçu hier la lettre que Votre Majesté m'a lait l'honneur de ni'écrire avant-hier. Je crains bien que nous ne soyons ti'ompés en mettant notre confiance aux inondations ; car il m'arriva hier un officier de marine avec des lettres du chevalier de Langeron et du sieur Le Blanc, qui marquoient précisément que les ennemis transportoient des munitions sur les inondations par bateau et les rechargeoient ensuite sur des charrettes pour les porter au siège. J'ai fait aussitôt passer cet officier au duc de Vendôme pour lui porter ces lettres, qui contenoient aussi la proposition de chasser les ennemis de Slype et de Lefïinghem, enjoignant les forces de terre à celles de mer. Mais j'appréhende que, quand même on en viendroit à bout, cette précaution ne soit prise trop tard ; car c'est d'avant-hier que les bateaux ont commencé à passer ; l'officier n'a pu aller en droiture d'Ypres à Bruges. Le duc de Marlborough est campé à Rousselaër et Hooglede et a des postes qui se communiquent jusqu'à LeflTinghem. Sur de pareils avis que le duc de Vendôme avoit eus, il m'écrivit le 12 la lettre dont je joins ici la copie. J'ai consulté sur sa proposition le duc de Berwick et quelques officiers généraux ; il nous parut que le duc de Vendôme, m'ayant renvoyé quinze bataillons et dix escadrons que j'avois fait marcher à Gand, convenoit lui-même qu'il en avoit assez pour la défensive, ainsi
1. Vol. Guerre 2083, n" 254. Sous le n° 255, il y a une lettre du même jour à Charaillart, et une autre, du 17 octobre sous le n° 272.
qu'il me l'écrivit en même temps, et que, quand je lui envoierois ce qu'il me demandoit, il n'en auroit pas assez avec quatre-vingts bataillons, dont plusieurs ont souffert et mal fait à l'action de Wynendaele, et de cent escadrons, pour aller attaquer le duc de Marlborough, qui doit avoir quatre-vingt-dix bataillons et cent soixante-dix ou cent quatre-vingts escadrons. Je lui écrivis cette raison, en lui Taisant réponse, et en même temps je lui fis une proposition dont on avoit ouvert l'avis, qui étoit de marcher moi-même avec l'armée sur Deynze ; j'aurois pu mener soixante et quelques bataillons et cent trente escadrons (envoyant le reste derrière la Scarpe) ; que j'y passerois la Lys, tandis que lui passeroit le canal à Bellem ; nous nous joindrions derrière le ruisseau dePoucques,et quedelànous marcherions au duc de Marlborough. J'en reçus hier au soir la réponse, que je joins à cette lettre, par laquelle Votre Majesté verra qu'il trouve des inconvénients à faire cette démarche. Je crois cependant qu'elle se pourroit tenter, du moins qu'il faudroit passer à Gand, pour de là marcher au duc de Marlborough, si l'on pouvoit compter que Lille tint encore du temps, mais aussi qu'il laudroit l'armée et non un détachement, A'u la force des ennemis. Mais, comme, parles lettres du maréchalde Boufïlers que j'ai reçues hier et que j'ai l'honneur d'envoyer à Votre Majesté, il paroît que la ville est fort pressée, et que, par ce que je sais de létat du dedans, je crains avec raison qu'elle ne succombe à tout instant, il me paroît qu'il seroit hasardeux d'éloigner l'armée de \otre Majesté de la frontière dans un temps où l'ennemi pourroit se trouver tout d'un coup en état de lui disputer le retour, ou du moins, se mettant derrière la Lys, de doimer la main à Audenarde et au Brabanten droiture, et de faire passer à Lille tout ce quil voudroitde munitions, .le puis encore ajouter ii ce que je viens d'avoir l'honiunir de dire à Votre Majesté, que, s'il est passé quelque convoi aux ennemis, le duc de Marlborough ne nous attendroit point quand nous marcherions à lui en force, et que notre
mouvement n'auroil pour ohjct (|u<' de l'éloigner, el le sëjjarer par là du côte d'Ostonde, ou le combattre sans retranchements, s'il prenoit le parti de nous attendre pour garder cette communication (ju'il établit sur les inondations même. Si le duc de Mariborough, n'ayant laissé au prince Eugène que l'armée du siège, s'étoit assez éloigné pour que nous eussions eu le temps de rassembler les troupes qui sont depuis Audenarde jusqu'ici, de marcher au prince Kugènc, de faire nos dispositions cl de l'attaquer avant le retour du duc de xVlarIborough, je l'aurois exécuté, ainsi que j'ai eu l'honneur de mander à Votre Majesté que c'étoit mon sentiment, supposant ce cas ; mais, dans la situation où il est, il peut, en une marche, rejoindre le prince Eugène, el je doute (juc jamais il s'en éloigne ii ce point, ou qu'il le laisse sans des forces sulfisantes pour ne point craindre ce que je puis mener à lui dans des retranchements qu'il augmente journellement. Il ne faudra plus même compter après un tel mouvement de reprendre les postes où nous sommes, n'y subsistant déjà qu'avec assez de peine, et nous n'y retrouverions rien de ce que nous y aurions laissé, surtout au camp d'auprès d' Audenarde qu'il est le plus important d'occuper.
Je n'ai point encore parlé à Votre Majesté de l'entreprise d'Ath, ne l'ayant point regardée d'abord comme une chose faisable. Cependant, comme les troupes de Votre Majesté n'y seront point hasardées et qu'elles n'entreront qu'en cas que les passages soient entièrement ouverts, le comte d'Artaiinan la doit exécuter la nuit de demain à après-demain, avec trois raille hommes de pied et huit cents chevaux. Les diflTicultés me paroissent trop grandes pour pouvoir guère se flatter d'y réussir ; Çiais, y ayant à gagner et point à perdre, j'ai cru que l'on pouvoit la tenter, surtout ne nous détournant en rien du reste de nos affaires.
Le duc de Vendôme m'ayant envoyé demander par Puységur, qui revint hier, des officiers généraux d'infanterie, je fais partir demain Albergotti avec le chevalier de Croissy.
356 \PPENDICE.
Ce dernier demeurera à une lieue de Gand avec dix escadrons et un bataillon d'artillerie à l'endroit où la Lieve se joint au grand canal. Ces dix escadrons qui partiront du camp du comte d'Hautefort, seront remplacés par dix de l'armée, et le bataillon de l'artillerie escortera cinquante milliers de poudre que l'on envoiera à Bruges. J'envoie aussi Goësbriand à Pottes pour commander les troupes qui y sont campées.
Puységur m'a rapporté que Ton doit faire des inondations sur le bord du grand canal depuis Bellem jusqu'à Gand, d'un côté, et de l'autre depuis Moerbrugge jusqu'à Bruges, en sorte que les troupes n'auront plus que quatre lieues à garder.
J'oubliois encore de dire à Votre Majesté que le duc de Vendôme a fait armer des barques à Bruges, pour traverser de son côté la navigation des ennemis. Ces barques seront prêtes demain à ce que je crois.
Au RoiK Au camp du Saussois, le 22 octobre 1708.
J'ai reçu hier les ^deux lettres du 20 dont Votre Majesté m'a honoré, par lesquelles j'ai connu précisément ses intentions, et que je me suis mis aussitôt en état d'exécuter. J'ai écrit au duc de Vendôme sur-le-champ que je rassemblerois, après-demain 24, mes troupes sous Audenarde, pendant qu'il rassembleroit les siennes derrière le grand canal; que, le 25, je marcherois à Gavere, où je passerois l'Escaut, et j'irois camper le plus près de Deynze qu'il me seroit possible ; que, le même jour, il se porteroit surTSevele, et, le lendemain, l'armée se joindra entièrement sur Vinckt pour marcher de là au duc de Marlborough.
1. Vol. Guerre 2083, n** 296. Le même jour, le prince écrivit une courte lettre à Chamillart ln° 297).
Sur ce (jiio Voire Majesté me mande de laisser onze bataillons pour garder la télé d'Audenarde, j ose lui représenter qu'un aussi petit corps n'est pas suffisant pour garder un aussi grand terrain : qu'il y sera dans un danger évident et que, étant donné que les passages d'Hérinnes, Poltes et EscanafFes ne seront point gardés, les ennemis sont aussi maîtres de 1 Escaut ([ue si celui d'Audenarde étoit entièrement libre. Ainsi je crois que, sous le bon plaisir de Votre Majesté, on pourroit renforcer le comte de Lille de trois ou quatre de ces bataillons, en jeter autant dans Tournay, qui demeureroit absolument dégarni, avec quelque peu de cavalerie, et grossir l'armée du reste. Quant à ce qui demeurera du côté d'Ostende, je crains qu'il ne puisse s'étendre beaucoup, les ennemis y ayant déjà neuf bataillons, et cinq des leurs y devant encore arriver ; ainsi, si ce corps demeure dans le nouveau polder, qui est l'endroit le plus sûr pour le placer, les ennemis auront toujours le passage de Leffinghem, ou quelque autre dont ils pourront se servir peu à peu à la vérité, mais ils s'en serviront toujours.
Les derniers ordres de Votre Majesté font que je n'ai rien à répondre à sa lettre du 19, que je reçus hier matin, sinon que, dans le projet que je pris la liberté de lui proposer il y a quelques jours, je n'ai jamais eu en vue de réparer cette armée et la mettre en quartier avant que celle des ennemis ait commencé la première ; que, malgré la lettre du duc de Vendôme, j'ai fait passer au maréchal de Boufflers la lettre du 14 de Votre Majesté, qui a été quelques jours sans pouvoir entrer, mais qu'il doit avoir reçue à présent, et que je suis au désespoir que les embarras soient trop grands pour pouvoir songer à reprendre Lille, si Votre Majesté vient une fois à perdre cette ville. Votre Majesté verra, par les lettres que j'ai reçues ce matin du maréchal de Boufflers, que la ville se prenoît toujours peu à peu. J'ai cru qu'il étoit important dans une occasion comme celle-ci, où Votre Majesté m'ordonne de tenter le
dernier moyen de sauver la ville, s il peut réussir, de le lui faire savoir, afin que, dans cette extrémité, il prolongeât sa défense, pour me donner le temps de faire mon coup, si les ennemis me veulent attendre, .l'aurois été dans la dernière affliction si je n'avois espéré que Votre Majesté me rendoit la justice de croire que j'ai toujours agi pour ce qui m'a paru de mieux, surtout dans ce qui ne s'est pas absolument conformé à ses intentions. Je prendrai cependant la liberté de lui dire en exécutant ses ordres qu'à moins de laisser un corps considérable pour garder les passages de l'Escaut, il ne faut pas se flatter de les barrer davantage, ainsi que je l'ai marqué au sujet des onze bataillons que Votre Majesté destine pour demeurer devant Audenarde ; que le prince Eugène, dès qu'il me verra du côté de Gand avec toute l'armée, sera fort peu inquiet des mouvements que se donnera le comte de Lille avec le peu de troupes qu il a, et que ce sera bien plutôt le comte de Lille qui devra être inquiet des détachements que le prince Eugènepourra envoyer se promener contre lui ; qu'il y a toute apparence que le duc de Marlborough,dont l'objet est la prise de Lille, ne voudra point hasarder un combat dont le succès est toujours douieux, mais qu'il se repliera derrière la Lys pour occuper par ses derrières les passages de l'Escaut, et en chasser le petit corps d'Audenarde, s'il y étoit resté, et que, si nous repassons la Lys pour marcher à lui entre cette rivière et l'Escaut, il aura toujours la ressource ou de se porter devant nous du côté de Courtray ou de rentrer dans la Marque où il subsistera plus longtemps que nous ne le pourrons faire devant lui, en lui coupant la communication de Menin. Mais, comme ce cas ne peut arriver qu'en supposant que le siège tire en longueur, ce qui ne peut arriver, ainsi que V^otre Majesté le juge mieux que moi, j'appréhende toujours que, de quelque manière que nous nous y prenions, nous ne voyions prendre Lille. J'ajoute encore, selon ce que j'ai dit à Votre Majesté, que, de quelque côté de l'Escaut ou
de la Lys que l'année soit ensemble, les ennemis iroiiveront toujours quelque porte pour lairc passer des convois. Je ne dis point tout ceci à Votre Majesté sur le ton de représentation ; car je travaille î\ exéculer ses ordres, et je souhaite inlinimciit de me tromper dans mes raisonnements; mais je suis bien aise qu'elle voie que j'obéis malgré mes lumières particulières, et que je ne suis pas si fort attaché à mon sens que je ne le sois encore plus à ses ordres exprès, n'ayant d'autre but que de plaire à Votre Majesté, de la servir de mon mieux et de lui donner toute ma vie des marques du plus tendre et du plus respectueux attachement qui lut jamais.
Au RoiK
An camp du Saussois, le 2/îoctobro 1708.
Les a^is, (jue j'avois eu ce malin sur Lille ainsi que j'ai eu riionncur de le mander à Votre Majesté, se confirment trop pour qu il soit permis d'en douter. La chamade a été battue hier à quatre heures après midi ; on envoya sur-lechamp au prince Eugène qui étoil alors à Menin, et depuis ce temps on n'a pas entendu tirer un seul coup ; ainsi il y a toute apparence que la capitulation aura été conclue et signée aujourd hui ou le sera demain au plus tard. Voici donc, etc..
Voilà, à ce qu'il me semble, la plus grande partie des cas que l'on peut prévoir, sur quoi je supplie Votre Majesté de me donner ses ordres, ainsi que sur ceux que je pourrois très aisément avoir oubliés.
J'envoie copie, etc..
Je crois que dans la situation présente, il est très important de chasseï- les ennemis de Leffînghem et d'avoir la
1. Vol. guerre 2083, n" 308. Cette lettre a été publiée dans les MemotVes militaires, tome VIII, p. 123, sauf les passages que nous donnons ici.
communication libre du Nieuport à Bruges par le canal, pour pouvoir, pendant l'hiver, y faire aussi bien qu'à Gand les dépôts que Votre Majesté jugera convenables.
Il n'est pas, je crois, nécessaire que j'expose à Votre Majesté quelle est ma douleur d'être témoin d'une si triste conjoncture sans y avoir pu apporter remède, et je me flatte que vous me rendez la justice de croire que j'ai fait dans tout ceci tout ce que j'ai cru le meilleur à faire ; mais, dans notre malheur, c'est à Votre Majesté à me prescrire ce qu'il faut pour le réparer ou le diminuer, et empêcher qu'il ne croisse ; vous me verrez toujours prêt en tout à obéir à Votre Majesté et à la servir avec un zèle égal à mon attachement à sa personne.
A Chamillart^.
Au camp du Saussois, le 23 octobre 1708.
Comme j'allois fermer mon paquet, j'ai appris de plusieurs endroits que le maréchal de Boufïïers demanda à capituler hier à quatre heures du soir. J'en suis bien fâché, mais point surpris. Il aura sans doute reçu la lettre du Roi du 14, et je n'avois jamais douté qu'il ne se rendît peu après l'avoir reçue. Dès que j'aurai la confirmation de cette fâcheuse nouvelle, je dépêcherai au Roi pour recevoir ses ordres sur une conjoncture que je ne doute pas qui ne change les derniers que j'ai reçus.
,4 ChamiUart K Au camp du Saussois, le 23 octobre 1708.
Je n'ai rien à ajouter à mon ordinaire à la lettre que j'écris au Roi, Monsieur. Je vous prie de la communiquer