Vol. Guerre 2083, n
Votre Majesté. Je lui en envoie copie. Vous verrez qu'il parle différemment dans ses deux lettres de la défense du côté où il est, et qu'après m'avoir répondu dans la première du côté oùilest avec ce qu'il a de troupes, tant quilysera, il craint dans la dernière que, malgré qu'il en ait, les ennemis ne fassent quelque trou entre Gand et Bruges. Si cela est véritable, je dois dire à Votre Majesté qu'il y a bien plus à appréhender pour la distance qui est entre Condé et Gand, surtout depuis Tournay. L'Escaut est une fois plus étroit que le grand canal ; les hauteurs sont presque toutes favorables aux ennemis, etle principal estqu'ilsontle passage d'Audenarde, qui est tout fait et où ils nous forceront certainement, si je ne m'y oppose avec tout ce qui est ici. Si je le fais, ils peuvent m'en dérober un pendant la nuit à Pottes ou à Gavere, et me séparer par l'un de Tournay, et par l'autre de Gand. J'ai eu même de bons avis que leur dessein étoit de se rassembler et de marcher à moi la nuit, pour tâcher de surprendre quelque passage sur l'Escaut, et qu'ils doivent exécuter ce projet incessamment. Si cela étoit et qu'ils se présentassent à Pottes, il faudroit me rassembler et leur défendre absolument ce passage ; mais, s'ils se présentoient à Audenarde, je serois obligé, par les raisons que je viens d'expliquer à Votre ^Majesté, et pour ne pas séparer toutes les troupes delà France, de me replier en deçà, et alors il faudroit que le duc de Vendôme rassemblât ses forces pour garder le grand canal, laissant moins de troupes dans les postes du côté d Ostende. Je ne prendrai ce parti qu'à l'extrémité et désirerois bien auparavant avoir pu tout discuter à fond selon les intentions de Votre Majesté ; mais il sera forcé, si les ennemis se présentent avant l'arrivée du duc de Vendôme, et je lui écris la même chose.
Votre Majesté sera sans doute informée que le prince de Hesse s'est avancé à Lens avec une partie de ce qui étoit à la Bassée, et que ses troupes font de grands désordres dans l'Artois. Si l'on veut l'en chasser par la force, il ne
sera plus question de garder l'Escaut, et il faudra y marcher avec tout ce ijui est ici ; et, si l'on n'envoie que des détachements pour s'opposer à lui, la garde de l'Escaut me deviendra d autant plus difficile que mes troupes diminueront plus ou moins.
J'oubliois de dire à Votre Majesté que j'envoie au Rabot de la Lieve les six bataillons (jue demande M. de Vendôme, et qu'au lieu de retirer la cavalerie, je lui écris de l'envoyer du côté d'Ypres.
Au RoiK
Au camp du Saussois, le 28 octobre 1708.
J'ai reçu cette après-dînée la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire hier. Elle aura su depuis la prise de Leffînghem et que le duc de Vendôme a donné ses ordres pour fortifier la communication de Nieuport à Bruges.
Ayant reçu plusieurs avis que c'étoit du côté de cette ville et du canal que les ennemis dévoient marcher, et ayant compris par une lettre même du duc de Vendôme qu'il seroit dangereux qu'il quittât le lieu où il est dans un temps si délicat, j'ai jugé à propos de lui envoyer Contades chargé du mémoire dont j'envoie copie à Votre Majesté 2, qui est relatif à toutes les dernières lettres que j'ai eu l'honneur de vous écrire et à celles que j'ai reçues du duc de Vendôme. Il lui expliquera les choses qui ne sont pas suffisamment détaillées, raisonnera avec lui à fond sur ce qu'il pense et m'apportera son avis, afin que je puisse en rendre compte à Vôtre Majesté, ou prendre un parti, si, comme cela se peut, les éftnemis me pressoient de le prendre.
Votre Majesté verra par ce mémoire que je cherche des