Vol. Guerre 2084, n
tion que vous eûtes avec le Roi le soîr de votre arrivée, et je lie doute pas de recevoir un courrier entre ci et peu de jours chargé d'autres affaires. Je vous envoie un courrier du maréchal de Boufflers, et lui manderai ce que vous me recommandez ; il ne paroît qu'il l'a fait jusqu'ici. J'ai trouvé des voies pour lier commerce avec lui, et j'espère qu'elles réussiront et continueront.
Je vous prie de faire souvenir M™® la duchesse de Bourgogne de vous envoyer ses lettres tous les jours, afin que, les courriers devenant plus rares, j'en puisse avoir tous les ordinaires. Les lettres du maréchal de Boufflers ne faisant point mention qu'il ait reçu la vôtre ni la mienne, envoyezmoi aussi la liste des grâces que le Roi a faites sur ce qu'il a demandé, afin que je les lui fasse savoir et à ceux à qui elles sont accordées.
Au RoiK
Au camp du Saussois, le 15 novembre 1708.
Je reçus hier la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire, par laquelle elle me mande l'ordre qu'elle a donné au maréchal de Berwick de retourner en Alsace. Il est constant que l'opposition que le duc de Vendôme a conçue pour lui rendoit sa présence contraire à votre service dans des lieux dont le duc de Vendôme ne se peut éloigner. Il doit partir demain matin et passer par Mons pour voir l'électeur de Bavière ; après quoi, il prendra la route d'Allemagne et s'y rendra le plus vite qu'il lui sera possible. Je serai très aise, en cas qu'il arrivât quelque action, de m'aider des conseils de Saint-Frémont, et de m'en servir aussi pour faire goûter au duc de Vendôme les choses dont il ne seroit pas d'accord, et sur lesquelles son avis me paroîtra ne devoir pas être suivi. Il ne tiendra certainement pas à moi que nous n'agissions avec
ce concert si nécessaire au service de Votre Majesté ; car, pour la volonté, elle est la même, n'ayant que ce service pour objet ; mais je ne puis répondre, par les raisons que j'ai eu plusieurs l'ois l'honneur de vous dire, que nous tombions d'accord d'abord des mômes choses, et, en ces cas, j'userai du pouvoir que Votre Majesté m'a lait l'honneur de me confier, du mieux et avec le plus de ménagement qu'il me sera possible. Après cela, je ne doute pas que, de son côté, il ne lasse tout ce qui dépendra de lui pour entretenir cette union que Votre Majesté a la bonté de me marquer être utile à son service et à moi-même. J'envoyai hier à Votre IMajesté, par la voie de l'ordinaire, les copies des lettres du 8, du 9 et du il que j'ai reçues du maréchal de Boufïlers. Par les avis que j'ai eus depuis, il ne paroît pas que les ennemis soient encore absolument les maîtres de l'avant-chemin couvert, à moins qu'ils ne le soient de cette nuit, que l'on a entendu un assez grand feu.
Comme Votre Majesté me fait l'honneur de me parler dans sa lettre de plusieurs choses que je pourrois faire utiles à son service, d'embarras que je pourrois apporter aux ennemis, et du parti que je pourrois prendre de marcher à eux, j'ose prendre la liberté de lui demander si, sur ce dernier article, elle a changé le sentiment où elle étoit quand le sieur Chamillart est venu ici en dernier lieu, me paroissant alors que vous rejetiez l'avis du duc de Vendôme, qui étoit tel. Sur ce qui regarde les deux premiers, ainsi que sur ce que Votre Majesté met vers la fin de sa lettre qu'il faut espérer que je trouverai à la fin des moyens de resserrer l'ennemi et de l'empêcher de faire tout ce qu'il veut, il me semble que ces choses reviennent au même, et qu'il faut, ou suivre l'avis du duc de Vendôme dont je viens de vous parler, pour ôter aux ennemis toutes les subsistances qu'ils tirent de ce qui est entre la Lys et la mer, ou, laissant un corps assez considérable entre Gand et Bruges pour garder le canal de communication entre ces deux villes, porter le reste dans de gros quartiers, ainsi
que VOUS lavez projeté, elles empêcher de tirer des vivres et des fourrages de l'Artois et du cùté deCassel et d'Ypres, ce qui les obligeroit à en aller chercher loin, surtout pour leur cavalerie, et même à lui faire repasser lEscaut ; car tout est mangé à plus de six lieues d'ici. En tous ces cas, l'Escaut n'est plus gardé; mais, tant qu'il le sera, je ne puis resserrer les ennemis du côté où ils tirent présenlement de si grandes subsistances. Les nôtres commencent à devenir dilficiles ; nous les tirons cependant actuellement par les mandements qui ont été faits dans les pays d'Alost et de Dendermonde; mais cela sera bientôt consommé, et la cavalerie n'est plus en état d'aller chercher loin des fourrages. Tant que nous sommes dans la situation présente, il me paroît que ce côté de 1 Escaut est celui où je dois demeurer, et, le comte de la Motte étant en possession de commander à celui de Gand et de Bruges, il ne me paroît point de raison pour y apporter de changement.
Je visitai hier les retranchements de Pottes et dEscanaffes ; je les trouvai en assez bon état. J'irai dans peu de jours voir ceux d'Audenarde, et je tâcherai même d'aller jusques à Gavere : après quoi, j'aurai l'honneur d'en rendre compte à Votre Majesté ; mais je prends la liberté de vous dire qu'à moins que l'inondation, à laquelle on travaille, ne se fasse absolument, et qu'il n'y en ait une aussi à Gavere, une aussi grande étendue sera extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, à garder, quand les ennemis voudront y faire un passage avec leurs forces réunies.
J envoie à Voire Majesté copie d'une lellre du comte de Bergeyck, sur laquelle j'ai cru devoir lui accorder ce qu'il demandoit, trouvant que cela pouvoit être mile et nullement préjudiciable à votre service.
L'Électeur m'ayant envoyé le marquis de Lede, tm des gentilshommes de sa chambre, dès qu'il fut arrivé à Mons, pour m'en donner part, je lui ai renvoyé dès le lendemani le marquis tlO, pour lui faire les miens et ceux de mon frère, et le féliciter sur son heureuse arrivée. J'ai cru qu il
n'êloil pas nécessaire (juc j altenclisse des ordres de Voire Majesté pour répondre à celle honnèlelé.
Le roi Augusle ei le landgrave de Hesse m'ayani fait pressentir pour savoir si je leur accorderois des passeports sous les noms qu'ils portent présentement, je les en ai fait assurer, croyant que Votre Majesté ne les veut pas envelopper dans le cas des gens de guerre, ces deux princes n étant que volontaires à l'armée. . .
Depuis uia lettre écrite, j en ai vu une du comte de lîergeyck écrite au duc de Vendôme, par laquelle il demande pour son expédition un régiment de dragons et quatre ou cinq bataillons de l'armée. Pour le régiment de dragons, je n ai vu nul inconvénient à le lui accorder, et ce sera celui de Nothaft , qui est auprès de Bruges ; mais, pour les quatre bataillons, il m'a paru qu'il ne convenoit pas au service de Volrc Majesté d'en détacher davantage de son armée, et je ne doute pas que l'Electeur ne tombe d'accord de ce que le maréchal de Berwick lui en dira demain, étant aussi véritablement qu il l'est à votre service.
A Chamillart^ .
Au carap du Saussois, le 15 novembre 1708.
Je ne sais si le terme que l'on donne à la révocation des passeports n'est pas un peu court, Monsieur, et si l'on ne dcvroit pas l'étendre encore quelques jours, parce qu il sera bien difficile que tout le monde, de part et d'autre, soit averti en si peu de temps. Je ne crois pas malgré cela devoir me dispenser d'en accorder au roi Auguste et au landgrave de liesse, qui m'ont fait pressentir là-dessus et qui me les doivent laire demander incessamment sous les noms de leur incognito. Ces sortes d'honnêtetés à de pareilles gens me semblent ne se devoir jamais refuser. Je ne parlerai point du voyage de l'envoyé d'Holstein, à