Vol. Guerre 2084, n
moins qu'il ne soit nécessaire de le faire passer, s'il étoit arrêté. Il paroît par tout ce qui me revient que M. de Vendôme se rapproche peu à peu du sentiment de cantonner l'armée, quand les subsistances seront à bout, pour songer à son rétablissement, et qu'il quitte les idées de combattre les ennemis du côté de Rousselaer, s'ils vouloient l'y attendre. Le dernier fourrage, oîi l'on a mené la cavalerie très loin, l'a fort fatiguée, et je crois que dorénavant il ne faut plus songer à en faire de celte manière. Le marquis de Vérac, qui vient de Bruges avant-hier avec son régiment et celui de Lesparre, dont les chevaux sont assurément dans un état à faire pitié et à demeurer tous à la moindre fatigue, m'a assuré que la cavalerie qui est du côté de Bruges est aussi en fort mauvais état, manquant de grain depuis plusieurs jours. Si d'ailleurs il est vrai qu'il n'y ait de fourrages dans les magasins que pour dix jours, il ne paroît pas que cette situation se puisse soutenir que le reste de ce mois-ci. Vous verrez ce que j'écris au Roi et les ordres que je lui demande au sujet de celle que j'en ai reçue hier. Vous avez pu mieux juger que personne que l'incompatibilité entre MM. de Vendôme et de Berwick aigrissoit absolument le premier et nuisoit directement au service. Saint-Frémont sera très bon pour ce à quoi le Roi le destine, étant pour faire entendre raison à M. de Vendôme quand il ne l'aura pas. Je lui en ai parlé ce soir, et il me paroît là-dessus dans de très bonnes dispositions.
Je serai très aise de voir l'électeur de Bavière et ferai tout ce qu'il pourra désirer de moi pour qu'il en soit content. Il m'est revenu aujourd'hui qu'il en avoit parlé à quelques personnes dans le même sens que vous m'en avez écrit, et il me paroît qu'il n'y a pas de manière plus convenable pour éviter toute difficulté de cérémonial.
Au RoiK Au camp du Saussois, le 17 novembre 1708.
Le marquis d'Houdancouri aura l'honneur de rendre compte à Votre Majesté de ce qui s'est passé à liondschoote il y a trois jours, de la manière dont on y a enlevé deux bataillons et deux escadrons qui y étoient pour y enlever des grains. C'est une action qui est certainement agréable. Je ne doute pas que Votre Majesté ne la sache déjà en droiture ; mais le marquis d'Houdancouri en porte le détail avec les drapeaux et étendards qui y ont été pris.
Je reçus hier des paquets d'ordonnances de Votre Majesté pour la révocation des passeports à commencer le 20 de ce mois. Oserois-je représenter à Votre Majesté qu'étant aujourd hui au 17, ce terme paroît bien court pour que tout le monde en soit instruit, de manière que bien des gens pourroient être arrêtés et volés, étant encore sur la bonne foi de leurs passeports. Le duc de Vendôme a pensé comme moi, et nous sommes convenus que l'on prolongeroit ce terme jusqu'au dernier du mois.
Votre Majesté saura sans doute que les ennemis ont poussé des corps à Cassel et à Saint- Venant et qu'ils continuent d'enlever de tous côtés des grains et des fourrages. Le duc de Vendôme m'avoit aussitôt, sur des lettres du sieur de Cheyladet et du comte de Sézanne, proposé d'y envoyer huit bataillons pour les en chasser. J'ai songé d'abord que je ne pouvois faire un tel détachement sans changer le système de garder l'Escaut, où il s'en faut bien que l'inondation ne soit formée, et qu il falloit que Votre Majesté l'approuvât auparavant. Je lui ai fait cette réponse ; mais il m'en a pressé tellement, me représentant la conséquence d'ôter aux ennemis la faculté de leurs subsistances, que je n'ai pas cru devoir le lui refuser. Ainsi huit batail-