‹ Lettres (volume 2)Chapitre 22 sur 195 · INTRODUCTION. XXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXV

« Nous avons appris ici en quatre jours la malheureuse bataille de Flandre, la levée du siège de Barcelone et la perte du Brabant * » .

Cependant l'espérance renaît; il remercie Dieu : « Si j'ai longtemps gardé le silence, écrit-il à Marie-Louise, pendant les malheurs arrivés depuis quelques mois, ce n'est pas que je ne les aie vivement sentis. Le tendre attachement que j'ai pour le Roi mon frère, et pour vous. Madame, si je l'ose dire, me causait une peine qui faisait que je ne savais comment les joindre aux vôtres. Mais il n'est plus temps de se taire lorsque Dieu nous rend sa protection et que le Roi d'Espagne, faisant reculer ses ennemis, rentre dans sa capitale, éprouve la fidélité de ses sujets et fait voir à l'Archiduc qu'il n'est pas si aisé de le détrôner qu'il se l'était figuré ^ ».

Ce fut au cours de cette année 1706 que les premières divergences se manifestèrent entre Philippe V et son frère. Il s'agissait de la paix. Le duc de Bourgogne, comme Louis XIV, souhaitait qu'on la conclût, même au prix d'un démembrement de l'Espagne. Ce n'était pas jalousie, certes; l'intérêt de la France primait tout. Que disait-il à son frère? «... Vous savez la tendresse que j'ai toujours eue pour vous, et je vous assure que je n'oublie ni n'oublierai jamais cette étroite amitié qui nous a toujours unis depuis l'enfance ; que vos intérêts, après ceux de la France, sont les premiers chez moi, et qu'en tout ce qui dépendra de moi, je contribuerai à les ménager, autant que la malheureuse situation où cette campagne nous a mis le pourra permettre ». Et il annonçait que les négociations n'avaient pu commencer par la faute de l'Angleterre et de la Hollande ; mais le sacrifice de Philippe V était fait, du moins dans la mesure où il apparaissait inévitable; de cela, le Prince

1. Le duc de Bourgogne au roi d'Espagne, 30 mai 1706, 1, 153.

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