INTRODUCTION. XXXI
quelle est ma joie. » A délaul du génie militaire que le ciel n'avait pas donné au Prince, il est impossible de ne pas lui reconnaître l'ardeur guerrière.
De l'aveu du duc de Bourgogne, l'armée était très nombreuse et se composait des meilleures troupes : 206 escadrons et 131 bataillons répartis entre 56 brigades; tous les corps distingués, la maison du Roi, la gendarmerie, les carabiniers, le régiment des gardes ; parmi les chefs, des hommes qui avaient fait leurs preuves : d'Artagnan, Biron, Chémerault, Puyguyon, Saint-IIilaire ; « belle, leste et de la plus grande volonté, dit Saint-Simon, . . . avec un prodigieux équipage de vivres et d'artillerie », telle était l'armée de Flandre. Qu'allait faire le Prince de cet admirable instrument ? Les incertitudes du commandement devaient'paralj'ser les mouvements de l'armée. Sans parler du ministre de la guerre, Chamillart, qui intervint à certains moments de la campagne et qui « ne laissa pas, selon Berwick, que de se laisser aller à des idées extraordinaires ^ », il y avait deux chefs, le duc de Bourgogne et Vendôme. Louis XIV avait bien recommandé à son petit-fils de s'en tenir à l'avis de Vendôme « lorsqu'il s'y opiniâtrerait », mais, loin de s'opiniâtrer, Vendôme, à tout le moins au début, paraît s'être laissé aller à son indolence naturelle. En fait, le commandement était indivis, et pour obvier à ce grave inconvénient, il aurait fallu une entente de tous les jours et une bonne volonté réciproque. Malheureusement, jamais caractères plus opposés ne s'étaient trouvés rapprochés, « l'eau et le feu », dit Saint Simon*. Qui ne connaît les qualités et les défauts de Vendôme? Sa hardiesse, ses vues heureuses, mais aussi sa négligence, sa présomption, sa honteuse paresse? Le duc de Bourgogne ne vou-