XXXVIII INTRODUCTION
Vendôme, d'après Saint-Simon et Proyart, aurait perdu toute la matinée, aurait nié par trois fois le voisinage de l'ennemi et n'aurait engagé la bataille que trop tard, à quatre heures de l'après-midi. Suivant Alberoni, Vendôme aurait voulu combattre dès dix heures du matin.
Créature de Vendôme, Alberoni ne peut vraiment pas être tenu pour un critique impartial. M. le comte d'Haussonville, qui a pesé avec soin tous les témoignages relatifs à la bataille d'Audenarde, n'hésite pas à nommer l'auteur responsable de la lettre d'Alberoni : « Ce fut de la plume d' Alberoni que Vendôme se servit pour diffamer le duc de Bourgogne ^ ». La lettre n'était qu'un pamphlet que la Cabale lut avidement et propagea avec encore plus d'empressement. Elle n'aurait par elle-même qu'une mince valeur comme document historique si elle n'était appuyée par d'autres récits.
De tous ces documents contradictoires, M. le marquis de Vogué, dans la magistrale Introduction qu'il a placée comme préambule aux lettres inédites du duc de Bourgogne et du duc de Beauvillier 2, puis l'éditeur des Mémoires de Saint-Simon, dans les notes et dans l'appendice du tome seizième, ont tiré toute la lumière possible^. Nous les suivrons de notre mieux.
Le 1 1 juillet au matin, l'armée française passe l'Escaut à Gavere au-dessus d'Audenarde. Biron, avec sa cavalerie, s'avance le long du fleuve et, ne se doutant pas de la présence des ennemis, il envoie ses hommes faire du fourrage. Surpris par une attaque, il se replie et fait prévenir Vendôme: Celui-ci
1. La duchesse de Bourgogne et V Alliance savoyarde sous Louis XIV. T. m, p. 264.