XL INTRODUCTION
notre cavalerie. L'avantage se dessinait en faveur de l'ennemi dont les renforts arrivaient et étaient dirigés sur les points menacés. Chez les Français, le désordre augmentait. Vendôme essayait de réparer sa négligence à force de courage, mais ne pouvait plus guère relever une situation trop compromise ; il ne donnait point d'ordres et laissait les princes qui combattaient ensemble se tirer d'affaire comme ils pourraient. Ceuxci auraient vaillamment chargé à la tète de la Maison du Roi, se seraient vus un instant enveloppés et ne se seraient dégagés qu'à force d'audace ^
Un ordre porté à la gauche eût pu tout sauver. Vendôme affirme dans sa lettre au Roi du 19 juillet qu'au cours de l'action il ordonna au duc de Bourgogne de lancer toute la gauche de l'armée contre la droite de l'ennemi. L'ordre fut-il vraiment donné ? Le duc de Bourgogne n'en est jamais convenu et il avait trop de conscience pour nier la vérité. D'Artagnan, dans le récit très complet qu'il a donné de la bataille, n'y fait aucune allusion *.
Pendant ce temps, Marlborough prononçait un mouvement tournant, débordait la droite française et la prenait en flanc, tandis qu'Eugène inclinait à gauche, prenant entre deux feux l'infanterie française. La nuit approchait. La bataille était perdue.
Certes, le duc de Bourgogne ne s'était pas trouvé à la hauteur des difficultés qui s'étaient présentées du fait de la négligence de Vendôme et de sa propre imprudence ; comment oser
1. Lettre du duc d'Albe,16 juillet 1708.Simancas. Est. 1. 4306. Il vante la hardiesse du duc de Bourgogne et du duc de Berry,
aussi bien que le courage de Vendôme ; mais il ne cite aucun ordre donné par Vendôme, sauf celui de la retraite.
2. Documents inédits. VIII, 386. D'Haussonville. La duchesse de Bourgogne. UI, p. 225.