INTRODUCTION. XLVII
Il assurait qu'il était facile de garder à la fois et le canal de Bruges et tous les passages de TEscaut, dont il répondrait volontiers à S. M. si elle voulait lui en confier la garde. Chamillart vint de nouveau à larmée et accepta le plan de Vendôme, malgré les véhémentes représentations de Berwick.
Il parait certain qu'en la circonstance, Berwick et Bourgogne étaient dans le vrai. Les idées de Vendôme avaient paru si chimériques au général anglais qu'au temps des conférences pour la paix d'Utrecht, il avoua à Torcy qu'il n'avait jamais compris comment de vieux généraux n'avaient pas vu ce que voyait le duc de Bourgogne, et comment il avait pu leur tomber dans la tête qu'ils pourraient garder les bords de l'Escaut dans une étendue de trente lieues, de manière à empêcher le passage, à quelque endroit que ce fût, à une armée de cent mille hommes ' .
La suite justifia les craintes du duc de Bourgogne. Tandis que le Prince faisait assiéger Bruxelles par l'Electeur de Bavière et que l'artillerie avait fait brèche, Marlborough s'avança pour débloquer la place. Il avait passé l'Escaut sans que Vendôme s'en aperçut. Les troupes de Vendôme, échelonnées le long du fleuve, se replièrent en désordre vers le quartier du duc de Bourgogne qui était à l'abbaye du Saussois et lui apprirent que ce qu'il avait prévu était arrivé.
Le duc rétablit Tordre, et quand Vendôme se présenta devant lui, il se contenta de lui dire : « L'ennemi était trop puissant et nos forces trop divisées. Bruxelles est manqué ; mais, d'un autre côté, nous sommes heureux que Marlborough n'ait pas eu le temps de s'arrêter pour battre tous nos petits corps les uns après les autres ^. »
1. Proyart. I, 236. Cf. Saint-Simon, éd. Boislisle, t. XVI, p. 453.