‹ Lettres (volume 2)Chapitre 47 sur 195 · L INTRODUCTION · texte numérisé non relu

L INTRODUCTION

d'injures. Saint-Simon fait remarquerjustement que le Prince n'avait point assez réfléchi combien le détail eflectif de tout ce qui s'était passé lui importait à donner. Il laissa la parole au duc de Vendôme et à ses amis qui. naturellement, ne la prirent pas pour saccuser *. Il se défendit devant le Roi , se disculpa devant la duchesse, sa femme, puis il brava, sans raideur cependant, la défaveur de la Cour. A l'égard de son frère, par un sentiment de dignité, par crainte de blesser la charité, il ne se répandit point en de longues explications. Les lettres de l'hiver 1709 ne font que de rares, mais simples et touchantes allusions à sa peine 2. M"*^ de Maintenon accepta la mission de mettre le Roi et la Reine d'Espagne au courant de ce qui se disait par le canal de leur confidente toujours écoutée, la princesse des Ursins. Avec pénétration, avec habileté, elle démêle et expose les causes de ce déchaînement des ennemis du Prince : « Il n'a point pensé à se justifier ; il n'a j)oint fait écrire ses raisons ; il n'a chargé personne de le défendre ; les événements ont été malheureux ; les esprits se sont aigris ; sa vertu met contre lui tous les libertins ; sa déclaration conti'e les Jansénistes lui attire tout ce parti pour ennemis ; la haine contre les Jésuites tombe sur lui à cause de sou confesseur ; la cabale qu'on veut que M. de Cambrai ait à la cour lui en attire encore ; on ne parle plus que du Télémaque où il a appris à notre Prince à préférer un roi pacifique à un roi conquérant : tout cela fait le déchaînement que vous voyez. On dit qu'il a voulu qu'on prit Lille, afin d'être forcé à la paix ; d'autres disent qu'il a désiré cette restitution parce que le Roi l'avait

1. Saint-Simon. Éd. Boislisle. T. XYI, p. 202 et suivantes. Cf. D'Haussonville, La Duchesse de Bourgogne, t. III, ch. v. La revanche des libertins. La cabale. — Ludovic Navatel. Fénelon : la confrérie secrète du pur amour, p. 191 et suivantes.

2. Le duc de Bourgogne au roi d'Espagne, 7 janvier et 14 mars 1709, n, p. 1, 7.

Page 1