‹ Lettres (volume 2)Chapitre 5 sur 195 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

temporains n'ont pu dégager clairement les responsabilités de la campagne malheureuse de 1708, et la réputation du Prince n'est pas sortie intacte des accusations de la « cabale ». Nous n'espérons pas dissiper complètement le nuage qu'ont formé les passions ni mettre d'accord, même après deux siècles, les auteurs de Mémoires qui ont accusé Vendôme pour innocenter Bourgogne, ou critiqué Bourgogne pour pallier les fautes de Vendôme. Les rapports militaires du jeune général en chef laissent le problème irrésolu. Il est vrai que nous n'avons pas toutes les lettres que le Prince écrivit au Roi pendant sa campagne. Ont-elles été perdues ? Ont-elles été brûlées par Louis XIV après la mort de son petit-fils? Ces hypothèses demeurent et nous ne pouvons que regretter cette perte. Elles devaient être nombreuses. Le Prince écrivait beaucoup. Ne disait-il pas un jour à Fénelon : « Je n'ai pu répondre plus tôt à votre grande lettre, mon cher archevêque, car j'en ai eu souvent à écrire sur des choses longues et qui me fatiguent la tête. » Et puis ces rapports militaires étaient destinés au public. Ne devait-il pas ménager les susceptibilités des uns et des autres ? Lui si pieux et si fervent chrétien, pouvait-il se défendre en attaquant? De vive voix, en présence du Roi, oui, et il le fît; mais ses scrupules, autant qu'une sage diplomatie, paralysaient sa plume et, s'il demeurait vrai, il ne pouvait tout dire. Écrivait-il à Fénelon. à Beauvillier^ il laissait alors parler son cœur et c'est ce qui fait l'intérêt des lettres à son ancien précepteur et à son gouverneur. Encore est-il juste de remarquer que cette correspondance avec Beauvillier est surtout une correspondance spirituelle. Le Prince ouvre sa conscience, et quelle conscience ! à ces deux hommes de Dieu. Il

1. Le duc de Bourgogne et le duc de Beauvillier. Lettres inédites. 1700-1708, parle Marquis de Vogué. Pion. Paris, 1900.

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