‹ Lettres (volume 2)Chapitre 6 sur 195 · INTRODUCTION. VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. VII

n'est pas question, ou rarement, de la guerre ou, s'il en parle à Be^'iuvillier, c'est un conseil qu'il attend. Le duc de Beauvillier est devenu le vrai directeur de sa conscience depuis que Fcnelon, confiné dans son diocèse, ne peut plus faire entendre sa voix. Le laïque a remplacé le prêtre.

La correspondance du duc de Bourgogne avec son frère le roi d'Espagne a plus d'ôtendue. Elle aborde toutes questions : politique, guerre, religion. Lettres intimes qui n'étaient pas, celles-là non plus, destinées à la publicité, elles montrent le Prince à découvert. Le jeune duc de Bourgogne apparaît tout entier, peint par lui-même et voilà l'intérêt unique de cette publication. S'il est possible de défendre ce Prince contre certaines assertions discutables, où trouvera-t-on plus que dans ces lettres des arguments favorables ? Qu'il n'ait pas été un grand général, qui le niera ? Les Condé sont rares; mais qu'il ait eu le goût des choses militaires, qu'il ait conçu une haute idée du métier de roi, et qu'il s'y soit préparé avec un sentiment élevé de son devoir, qu'il ait été un époux affectueux et un frère dévoué et aimant, qu'il ait considéré en toutes choses la gloire de la France et le bonheur du peuple, c'est ce qu'aucun lecteur ne pourra nier, après avoir pris connaissance de ces lettres. Puisqu'on s'est plû à l'écraser en le comparant au vainqueur de Rocroy, n'est-il pas permis de remarquer que le génie militaire ne suffît pas, n'est même pas indispensable à un roi, et que le Grand Condé à la tête de l'État n'eût peut-être pas valu le duc de Bourgogne ?

Pendant onze ans (1701-1712) le duc de Bourgogne entretînt avec le roi d'Espagne une correspondance régulière, lui racontant tous les faits de guerre, lui donnant toutes les nouvelles

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