‹ Lettres (volume 2)Chapitre 50 sur 195 · INTRODUCTION. LUI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LUI

lions étaient si dures que le duc de Bourgogne avertit son frère que « malgré la situation extrême où nous sommes, le Roi n'a pas cru devoir acquiescer à de si extraordinaires conditions ». Le Roi devait joiuflrc .'^es forces aux forces des alliés pour chasser d'Espagne son petit-fils ; cela « il ne l'acceptera jamais quoiqu'il lui en puisse arriver », écrit noblement le Prince*. Et la lettre finit par l'expression des sentiments personnels du duc de Bourgogne et de ceux du Roi. L'intérêt de l'État seul a été plus fort que ses sentiments.

« Ma tendresse pour vous, mon très cher frère, me fait sentir vivement tout ce qui vous regarde en particulier, et je puis vous assurer que le seul bien nécessaire de l'État a eu part dans tout ce que le Roi, qui vous aime comme son petit-fils, a fait d'avances auprès de ses ennemis... Soyez persuadé, mon très cher frère, que ma tendresse durera autant que ma vie, m'estimant bien malheureux que Vétat de la France ini'ait obligé de penser autrement que ne l'aurait voulu mon cœur^. »

Le Roi d'Espagne reproche à son frère en termes affectueux de l'abandonner : « Pensez-vous, en vérité, répond le duc de Bourgogne, que dans les maux qui nous pressent, j'oublie aussi ceux qui vous menacent, et pouviez-vous soupçonner que l'absence eût diminué en moi la tendresse que j'ai toujours eue pour vous ? Je vous puis assurer qu'elle se fait bien sentir présentement et que je suis toujours touché comme je le dois et des succès et des malheurs qui vous arrivent. Je suis aussi un témoin fidèle de celle que le Roi a pour vous, sûr qu'il sacrifierait encore une partie de ses conquêtes, et peut-être qu'il les sacrifierait toutes pour mettre vos intérêts en sûreté et vous conserver la couronne que Dieu vous a donnée ^. »

1 . Post-scriptum du 3 juin à la lettre du 25 mai 1709. Il, 15.

2. Post-scriptum du 3 juin à la lettre du 25 mai 1709. Lt, 16.

3. Lettre du duc de Bourgogne au roi d'Espagne, 24 juin 1709, II, 18.

Page 1