LIV INTRODUCTION
Aussi, très joyeusement, il annonce à son frère que le Roi lui laisse au moins quelques troupes pour sa sécurité personnelle et il ajoute :
« ... Je me flatte que vous ne me croyez pas capable d'oublier jamais l'amitié étroite qui nous a liés pendant notre enfance et qui me fait pleurer si tendrement notre séparation : c'est cette même amitié qui me fait sentir maintenant combien il est. 'pénible d'être frère et Français tout en même temps et que nos malheurs aient été jusqu'au point de désunir en partie ces deux qualités. Mais ils ne désuniront jamais nos cœurs ^ »
Est-il possible d'exprimer d'une façon plus émouvante ce drame de conscience, ce fatal partage de sentiments?
L'excès des exigences de lennemi avait entraîné la reprise des opérations militaires. Une fois encore, ce sont des récits de guerre qui remplissent les lettres du Prince. Le style en est vif. alerte, clair. C'est d'abord le combat de Rumersheim : « Les ennemis avaient construit un pont sur le Rhin à Neubourg en Haute- Alsace, et avaient fait passer 14 bataillons et 18 escadrons qui menaçaient la Franche-Comté, sur laquelle on croit qu'était leur dessein. Le comte Du Bourg, détaché par le maréchal d'Harcourt, a marché à eux avec 8 bataillons seulement et 18 escadrons, avec une extrême diligence. Ils sont venus à lui avec un pareil nombre ; il les a attaqués, et la fougue française s'est montrée en cette occasion ; ils ont été culbutés en un instant, la cavalerie, l'épée à la main, l'infanterie, à coups de baïonnettes. On les a poursuivis au Rhin ; six bataillons dans les îles à la garde du pont ont pris l'épouvante ; le dernier pont a rompu ; on est entré dans les îles à leur suite et tout a été tué ou pris ; deux- cents chevaux se sont sauvés auprès de Bàle.par où ils étaient venus, en quoi les Suisses ont
1. Lettre du duc de Bourgogne au roi d'Espagne, 26 juin 1709.