LX INTRODUCTION
supposer que le Roi en pourrait venir à cette extrémité * . Le 11 mai seulement, devant l'avis unanime des membres du Conseil, et contre son sentiment personnel, il approuva en termes ambigus le projet mis en avant par Beauvillier : le Roi de France donnerait de l'argent aux alliés pour la dépense de la guerre qu'ils seraient obligés de faire, si Philippe V n'acceptait pas le partage de ses États ^. Même attitude le 1" juin, quand Louis XIV en personne dut avouer au Conseil qu'on était acculé à la nécessité de combattre indirectement le Roi catholique.
Aussi, la bataille de Saragosse (20 août), dans laquelle les troupes de Philippe V furent repoussées, lui causa une véritable douleur. Il admira cependant la fermeté de son frère ù soutenir ce nouveau revers, ses efforts pour le réparer et la constance des Castillans ^. Quelques jours après, il écrit encore à Philippe : « Je suis cependant consolé en partie par l'affection que vos Grands et le reste de vos sujets vous témoignent. J'avoue que cette constance de la nation espagnole redouble encore l'estime que j'avais déjà pour elle. Vous pouvez être assuré de mon suffrage pour les secours qui ne nous préjudicieront point, et mon amitié pour vous ne me laissera pas l'oublier dans les occasions '^. » Le Prince espérait des jours meilleurs.
La sympathie du duc de Bourgogne ne se borna point à de vaines paroles et, lorsque fut décidé l'envoi du duc de Noailles à Madrid, il fut du nombre de ceux qui réclamèrent que l'on continuât de défendre l'Espagne.