‹ Lettres (volume 2)Chapitre 58 sur 195 · INTRODUCTION. XLI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XLI

Telle a été la ligne de conduite suivie par le duc de Bourgogne, c'est-à-dire exactement contraire à celle que certains historiens lui ont imputée. La correspondance du Prince nous montre dans quelles limites il entendait se tenir ; elles n'ont jamais varié. Si l'on veut connaître le fond de sa pensée, il suffit de lire sa lettre du 21 octobre 1710. Louis XIV, sur le rapport du duc de Noailles, avait renoncé à l'idée d'abandonner son petit-fils. Le duc de Bourgogne informe son frère de cette heureuse nouvelle : « Le courrier qui vous est dépêché aujourd'hui vous instruira des intentions du Roi dont vous aurez, je crois, lieu d'être content. lime parait que l'on ne saurait rien faire de meilleur dans la conjoncture jrrésente. Au reste, mon cher frère, le duc de Noailles m'a dit que vous lavez questionné si je n'étais point refroidi à votre égard ; il est vrai, mon cher frère, qxiedaiis les choses où fai pu croire les intérêts de la France différents des vôtres, je me suis attaché à la France préférablement à V Espagne; mais, pour le fond du cœur, il a toujours été le même, et ce m'est une sensible joie que, les intérêts se réunissant, le devoir et Vamitié fuissent tendre à un même but... Je puis vous assurer que. dans les situations où nous nous sommes trouvés, vous en auriez fait autant que moi, mais je puis vous assurer aussi que je n'ai jamais été que jusqu'oïl j'ai cru que l'exacte justice pouvait me le permettre ^ . »

Et il répétait le 17 novembre ; « Oui; mon cher frère, vos intérêts sont les nôtres, j'en suis plus convaincu que jamais et c'est ce qui fait ma joie '. »

Peut-on mieux dire et plus clairement que le désir suprême du Prince était d'unir intimement dans son cœur l'amour d'un

1. Lettre du duc de Bourgogne au roi d'Espagne, 21 octobre 1710. n, 66.

2. Lettre du duc de Bourgogne au roi d'Espagne, 17 novembre 1710. n, 67.

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frère et l'amour de la France, mais que la France passait audessus de tout?

Le duc de Bourgogne « se raccrochait )),pour ainsi parler, à toutes les chances de succès que la Providence paraissait présenter à ses yeux. Dans la uuit où se débattait son cœur de Français et son cœur de frère, il cherchait derrière chaque nuage si quelque lueur ne perçait pas lobscurité. L'année 1711 commençait par une espérance. « Nous avons appris, écrit-il à son frère, depuis deux jours une nouvelle qui peut apporter un grand changement dans les affaires de l'Europe. Le Grand Seigneur a déclaré enfin la guerre au Czar le '20 novembre dernier... On prétend que le Grand Seigneur veut assembler trois cent mille hommes. . . Cette guerre entreprise contre le Czar retombe aussi sur le roi Auguste, son allié, et ennemi du roi de Suède, et il est bien difficile que l'Empereur ne reporte pas une partie de ses troupes en Hongrie, tandis qu'il y aura de si grandes forces turques dans son voisinage. Aussi vous devez aussi bien que nous vous sentir d'une diversion qui n'a été attirée que par la bonne volonté du Grand Seigneur pour le roi de Suède. J'avoue que je n'aurais jamais voulu susciter un pi'ince mahométan contre des chrétiens, mais aussi pouvonsnous profiter de cette diversion que Dieu permet peut-être pour punir les alliés. On dit ici que les mauvaises nouvelles d'Espagne arrivées en même temps que celles de Constantinople font un grand effet à La Haye ^ . »

Le coup de théâtre se produisit du côté où l'on s'y attendait le moins. La mort de l'Empereur déplaça les pièces de l'échi-

1. Lettre du duc de Bourgogne au roi d'Espagne, 1 janvier 17H. II, 74.

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