‹ Lettres (volume 2)Chapitre 61 sur 195 · Saint-Simon. Éd. Boislisie, t. XXI, p · texte numérisé non relu

Saint-Simon. Éd. Boislisie, t. XXI, p

2. Lettre du duc de Bourgogne au roi d'Espagne, 13 avril 171L IL 86.

3. Lettre du duc de Bourgogne au roi d'Espagne, 15 avril 171L n, 86.

4. Lettre du duc de Bourgogne au roi d'Espagne, 26 avril 1711. n, 87.

INTHODUCTION. LXV

Il revient à sa douleur quand il annonce à son frère qu'il a pris le titre de Dauphin, « ce qui me remet à tous moments devant les jeux la perte que j'ai faite' ». Vraiment, il est impossible de tenir pour justilié le mot brutal de la Palatine : « Le (ils méprise le père^ ». Le père a pu ne pas aimer autant que ses autres enfants un lils dont l'attitude morale éUut en tout l'opposé de la sienne ; mais le fils se montra toujours respectueux et témoigna dans ce deuil inopiné uin; tendresse ([ue le public n'avait pas soupçoimée.

Le roi d'Espagne avait été atleiuL par ce coup imprévu : nous le concluons d'une lettre du nouveau dauphin : « J'ai été édifié de votre soumission à la volonté de Dieu et du sentiment plein de piété dont elle est remplie ; mais en même temps, j'ai été charmé de toute la tendresse (|ue vous m'y témoignez. Oui, mon très cher frère, vous pouvez compter sui- mon bon cœur ; il l'a toujours été ; les temps sont passés oîi il a agi contre ses sentiments naturels, et ils ne reviendront jamais, s'il plait à Dieu ^. »

Le duc de Bourgogne comprit que son titre de Dauphin lui créait des obligations. Ce nouveau rôle, il s'appliqua à le bien remphr. De quoi demain serait-il fait? Il n'était plus séparédu trône que par un vieillard déjà penché vers la tombe. Devant ce coup du sort, il appelle Dieu à son secours : « Demandez à Dieu pour moi, écrit-il à son frère, je vous en conjure, quU me donne toutes les lumières et la force qui m'est nécessaire pour m'acquitter des obligations où mon état m'appelle, et que

1. Lettre du duc de Bourgogne au roi d'Espagne, 26 avril 1711. n, 89.

2. Madame à la duchesse de Hanovre, 28 septembre 1709. Jaeglé, II, 35.

3. Lettre du duc de Bourgogne au roi d'Espagne, M mai 1711. n, 91.

II e

LXVl INTRODUCTION.

je dois remplir sans présumer de moi, mais aussi sans reculer ni éviter, quand elles sont dans l'ordre de Dieu *. »

Alors il devient un autre homme. Sa volonté grandit. Il comprend les responsabilités qui l'attendent bientôt, et il se permet de donner à son frère de plus fermes conseils. Le marquis de Bonnac est parti pour l'Espagne avec la mission d'obtenir de Philippe V les sacrifices nécessaires à la paix : « Vous devez considérer, écrit-il, de quel état nous sommes sortis et quelle différence il y a des choses présentes aux choses passées. Vous n'oublierez pas non plus tout ce que nous avons souffert pour vous et que nos intérêts étant devenus inséparables, chacun doit contribuer au grand ouvrage dont il s'agit ; mais il est juste que vous y contribuiez davantage, étant la cause de tout et y ayant un intérêt essentiel ^. »

Cependant, et comme pour tempérer ce qu'il y a de pénible dans ces avis, le Prince rappelle de chers souvenirs capables de resserrer des cœurs qui voudraient ne jamais se heurter. Il est à Fontainebleau et il aime ce séjour comme au temps de son enfance : « Je me souviens toujours que c'est proprement ici que nous avons passé les derniers temps que nous avons été ensemble, et ce souvenir m'est en même temps agréable et douloureux 2. » Et puis, il emploie toutes les ressources de la diplomatie et de la séduction pour l'amener aux raisons de la cour de France. Il le félicite, il le remercie, il le pousse au point quïl sera difficile de l'ésister : « On peut dire qu'après Dieu, c'est à votre fermeté et à votre constance que vous devez votre couronne. Il est vrai qu'il vous en coûtera, et j'enti-e dans la

1. Lettre du duc de Bourgoguc au roi d'Espagne, 22 juin 1711. II, 97.

2. Lettre du duc de Bourgogne au roi d'Espagne, 5 août 1711. n, 103.

3. Lettre du duc de Bourgogne au roi d'Espagne, 31 août 1711. n, 107.

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