Saint-Simon. XXII. p. 1.3. 16 et suivantes
LXX INTRODUCTICXN.
C'est sur le chemin de ces progrès, au cours de ces nobles travaux, à l'aurore de la paix, que la mort vint frapper l'héritier du trône. Le 8 février 1712, il écrivait à son frère pour lui annoncer la maladie de la duchesse de Bourgogne. Ce fut sa dernière lettre ; la princesse mourut le 12, et le 18 le Dauphin la suivait dans la tombe.
Philippe V sabima dans la douleur, nous pouvons le croire. Bien des années plus tard, ce roi endurci, desséché, pour ainsi dire, par les épreuves et par les maladies, gardait au fond du cœur la même tendresse pour ce frère aîné « de la pêne duquel il ne pouvait se consoler *. « L'Espagne perdit en lui un grand et sincère ami. Seuls les alliés purent se réjouir. Le duc de Berry mourut bient(5t et la France fut livrée au seul ennnemi qu'y comptât Philippe V, le Régent.
Que conclure de ces lettres? Le duc de Bourgogne a découvert à son frère le fond de son âme. Il nous sera bien permis de reprendre, daprès cette correspondance inédite, le portrait tant de fois esquissé du Prince. Les documents parlent seuls ici et le tableau ne peut être que fidèle. Ce n'est plus Saint-Simon embellissant ou noircissant un caractère selon ses sympathies, ou ses antipathies. Ce n'est plus la Cabale mettant en relief les imperfections du Prince afin de les transformer en défauts graves, ou recueillant, pour les colporter, les plus méchants bruits d'antichambres. Ce ne sont plus les relations militaires, dont les rédacteurs avaient intérêt à flatter Vendôme, ou le Prince et dont la partialité n'est pas contestable. Ce sont des lettres écrites à la façon d'un examen de conscience, des lettres