‹ Lettres (volume 2)Chapitre 69 sur 195 · Proyart. I · texte numérisé non relu

Proyart. I

LXXIV INTRODUCTIOy.

Ion, vrai fils de France, cette paix, il ne la veut pas à tout prix. Que le Roi s'humilie s'il le faut, oui, sans doute ; à son peuple, il doit même ce sacrifice ; mais que le bien de l'État, pourtant, qui est aussi le bien du peuple, ne soit pas oublié !

Louis XIV. assagi par l'âge et le malheur, pensait comme son petit-fils, et ce prince qui avait tout subordonné à sa gloire, la subordonna sans hésiter au véritable intérêt de ses peuples. Ce ne fut point sa faute si les alliés ne comprirent pas et voulurent à leur tour pousser toutes choses à l'extrême. La bonne volonté du Roi toucha le Ciel et, de l'excès du malheur, se leva une lueur d'espérance : Denain acheva l'œuvre du salut de la France.

Le duc de Bourgogne voulait être vraiment le père de ses peuples ; tel était l'idéal que Fénelon n'avait jamais cessé de faire briller à ses yeux ; qui niera que le jeune prince se proposa tout de bon d'atteindre cet idéal, et pour cela se prépara de son mieux au « métier de roi » ? Appliqué, consciencieux, curieux de s'instruire, sérieux, tel il apparut à ses contemporains au soir du long règne du grand roi : tel il se manifeste dans ses lettres intimes. C'était, ou c'eût été un saint, disent tels historiens et tels critiques, les uns avec une admiration sympathique, les autres avec un sourire ironique ^ A ceux-ci, nous l'épondrons que les peuples ont vu de plus mauvais gouvernements que celui de cet autre saint que fut Louis IX. C'était

1. « Et l'abbé de Fénelon est visiblement désigné de Dieu pour pétrir ce futur saint Louis «, écrit Jules Lemaître ; Fénelon, p. tOl ; Henri Martin dans son Histoire de France, t. XIY, p. 558, entrevoit avec une frayeur assez comique « saint Louis dans le siècle de Voltaire » et conclut que le duc de Bourgogne a bien fait de mourir jeune.

Page 1