‹ Lettres (volume 2)Chapitre 70 sur 195 · INTRODUCTION. LXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LXXV

un dévot et c'eût été un roi dévot et desprit étroit, sécrie-t-on encore '. Il est vrai que le duc de Bourgogne débordait de piété et c'est bien un des traits les plus saillants de ses lettres à son frère; à nul autre, si ce n'est à Fénelon et à Beauvillier. le jeune prince n'a parlé avec un tel abandon le langage d'une piété vraie, profonde ol délicate. Aussi bien, leur? deux âmes étaientelles faites pour se comprendre ; « s"en remettre à Dieu » était pour l'un et pour l'autre le dernier mot de tout. La religion fut vraiment pour tous deux la sauvegarde de leur vie morale. Quelle que fût l'ardeur de leur tempérament, quelques exemples quils eussent sous les yeux, ils demeurèrent l'un et l'autre les plus fidèles des maris. Et ainsi du reste.

Cet esprit de religion, cet esprit de foi qui domine toute la vie privée du duc de Bourgogne, dirige aussi sa vie publique. Et d'abord, rien ne passe au-dessus de la religion.

Le Roi confie-t-il au Prince le soin de régler la querelle soulevée entre le cardinal de Noailles et les évêques de Luçon et de La Rochelle, à l'occasion du mandement de ce dernier qui paraissait une critique malveillante des opinions du cardinal, le duc de Bourgogne écrit à son frère : « Vous aurez sans doute appris aussi que le Roi me parle d'affaires et m'en charge même des plus importantes, je veux dire des choses qui i^egardent le bien de rÉglise. Demandez donc à Dieu pour moi, je vous conjure, qu'il me donne toutes les lumières et la force qui m'est nécessaire pour m'acquitter des obligations où mon état m'appelle 2. »

C'est que Dieu, créateur et maître du monde, conduit les empires au gré de ses éternels desseins. Rien n'arrive sans son ordre ou sans sa permission. Mais, dira-t-on, de telles pensées

1. Jules Lemaître, Fénelon, p. 292, émet à ce sujet quelques considérations fort justes.

2. Le duc de Bourgogne au roi d'Espagne, 23 juin ITli. II, 97.

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