INTRODUCTION. LXXIX
une véritable ploirc pour un prince de désavouer, el même de réparer, les injustices et les torts qui peuvent avoir été faits par ses sujets, en son nom ou autrement. Leduc de Bourgogne va même jusqu'à dire qu'il est glorieux de ne point poursuivie par les armes la réparation de torts qui ne portent pas un piéjudice notable à la nation, car « on doit examiner les raisons qui peuvent donner le droit de faire couler le sang des peuples ».
Obligé de faire la guerre, un prince chrétien sera toujours prêt à conclure la paix à des conditions raisonnables : « Lors même que l'on a été heureux dans une guerre juste, il faut encore porter la justice et la modération dans les conditions que l'on impose à l'ennemi. Si elles sont trop humiliantes ou trop dures, le traité de paix ne subsistera que jusquà ce qu'il ail la force de recommencer la guerre. »
Même dans le feu de la lutte, il est des principes chrétiens qui doivent être respectés :
« Il n'est pas pei'mis, disait-il, de faire en pays ennemi tout le mal qu'on poui'rait y faire. Faire la guerre à des paysans désarmés qui offrent de donner tout ce qu'ils ont, arracher leurs vignes, couper leurs arbres, incendier leurs cabanes, c'est une lâcheté et un brigandage qui laissent dans les cœurs un sentiment profond de haine que les pères transmettent à leurs enfants et qui éternisent les antipathies nationales \ »
Parce quil a l'esprit du christianisme, le duc de Bourgogne en a le langage. La vie du chrétien est déjà dans le Ciel ; la terre est un séjour dangereux ; il y a toujours incertitude pour le salut tant que Tâme n'est pas fixée dans la gloire. Le prince
1. Proyart, t. IV. p. 428. Cf. d'Haussonville, La duchesse de Bourgogne, t. IV, p. 339-340.