‹ Lettres (volume 2)Chapitre 85 sur 195 · Ainsi par erreur pour yo^^rs · texte numérisé non relu

Ainsi par erreur pour yo^^rs

4. Jacques II mourut en effet le 16 septembre 1701. Sur cette mort, « qui a réjoui le ciel et édifié tous ceux qui en ont été témoins », on peut comparer à la présente lettre du duc de Bourgogne une intéressante lettre de M"*^ de Maintenon au roi d Espagne [X. Geffroy, Madame de Maintenon d après sa correspondance authentique, tome I, p. 342).

AU HOI D ESPAGNE IMIlLll'I'K V. /

admirable ; il a recommandé au prince son fils de ne jamais changer de religion poiii- ([iielque chose que ce (Vit et de mettre sa confiance au Koi comme à son uni(|uc protecteur, à tous ses sujets d'être fidèles au prince qui étoit leur roi légitime, et aux protestants de reconnoître par la tranquillité où il étoit que la religion catholique étoit la honne, et de se convertir.

Voilà bien des choses bien différentes ; mais je crois que je dois vous mander tout ce que je sais pour vous tenir un peu dans le fil de ce qui se passe à la cour. J'oubliois de vous dire que j'ai vu ce matin vos carrosses, qui sont bien dorés ; mais ces grandes portières sont d'une forme désagréable. J'ai songé, en voyant vos armes, que vous pourriez mettre à votre couronne des fleurs de lis entre les croix au lieu de fleurons. De cela vous en ferez ce que vous jugerez à propos.

N'oubliez pas non plus les Jansénistes ; ce sont des gens si droits et qui ont si peu de manèges ; on ne voit point d'esprit de cabale parmi eux. Je crois que vous prendrez ceci de la bonne manière ; car vous savez combien je les estime ^

Adieu, mon très cher frère, je vous aime de tout mon cœur, et je voudrois bien vous écrire bientôt une lettre au sujet d'une bataille gagnée en Italie.

Louis.

1. Tout ce paragraphe est écrit au sens ironique. Le duc de Bourgogne, élevé par Beauvillier et Fénelon, n'aimait pas les jansénistes.

AU ROI PHILIPPE y^.

A Fontainebleau, le 4 octobre 1701.

Il y a longtemps que je ne vous ai écrit, mon cher frère, et il s'est passé encore bien des choses depuis. Je suis persuadé que vous avez été de même sentiment que moi sur la reconnoissance du prince de Galles, et je ne crois pas qu'un honnête homme pût penser autrement. Aussi cette action a-t-elle été bien louée ici et des François et des Anglois-. Le

1. Autographe communiqué par M. le duc de la Trémoïlle, recueil cité, n° 33 ; publiée dans les Mémoires de Louville, tome I, p. 98, et dans la Correspondance générale de M^^ de Maintenon, tome V, p. 31.

2. Voyez dans les Mémoires de Saint-Simon, éd. Boislisle, tome IX, p. 286 et suivantes, le récit de cet événement. — On considère en général cette reconnaissance de Jacques III, en dépit du traité de Ryswyk, comme une des fautes les plus graves de Louis XIV. La seule excuse du roi de France, — mais c'en est une, — est celle qu'indique quelques lignes plus bas le duc de Bourgogne ; le roi Guillaume ne pouvait pas nous faire plus de mal qu il ne cherchait déjà à nous en faire. En effet, la grande Alliance fut signée dès le 7 septembre 1701, et ce ne fut que le 17 que Louis XIV reconnut à Jacques III le titre de roi d'Angleterre, et encore il eut soin de faire écrire à ses agents et au roi Guillaume lui-même que c'était une formalité de pure courtoisie, appuyée sur un grand nombre de précédents : Louis XIV laissait ainsi prendre par Guillaume III le titre de roi de France. Ce n'était pas, comme on l'a dit, une insulte à la nation anglaise et à son roi, mais une imprudence et une maladresse, vu les circonstances.

AU ROI d'eSPAGNE PHILIPPE V. 9

prince d'Orange OU le roi Guillaume, comme il vous plaira le nommer, a ordonné à son ambassadeur de retourner en An<i[lelerre sans piendre congé du Roi ; mais on se motjue de sa colère, et il ne peut pas nous faire plus de mal qu'il tâche à nous en faire. J'avoue que je fus fort soulagé quand j'appris que le Roi avoit déclaré qu'il reconnoîtroit le prince de Galles, et, quoifjue je n'en doutasse pas, j'en témoignai ma joie à (out le monde. Je suis persuadé que vous n'en aurez pas été fâché non plus ^

Je crois que cette lettre vous trouvera marié-. Ainsi je souhaite que Dieu vous comble, la reine et vous, de ses bénédictions et vous donne des enfants qui soient des saints quelque jour. Je vous supplie de me mander comment vous [vous] accommodez de la reine, et si elle vous plaît de toute façon.

Nous sommes ici dans un pays où je crois que vous voudriez bien être. On y chasse tous les jours en deux endroits différents, et, depuis quatorze jours que j'y suis, je n'ai été que deux dimanches sans

1. Effectivement Philippe écrivit à Louis XlVpour le féliciter, le 7 octobre 1701 : « Votre Majesté ma fait un sensible plaisir en reconnoissant le nouveau roi d Angleterre. Rien n'étoit plus juste, et il doit être sûr que je ne manquerai pas de vous imiter. » (Affaires Etrangères, vol. Espagne 93, f° 327). La nouvelle de la reconnaissance par Philippe V ne parvint à Versailles que le 20 novembre (Dangeau, tome VIII, p. 241- 242 et 244).

2. L'arrivée de Marie-Louise de Savoie lut retardée par divers incidents ; elle n'arriva en Espagne qu'au commencement de novembre, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, p. 12, note 1.

aller à la chasse. Je vous fais un journal exact de tout ce qui se passe, et vous l'enverrai quand le vovage sera fini, avec une carte de la forêt. J'espère que nous aurons quelque jour le plaisir d'y chasser avec vous.

Adieu, mon très cher frère, souvenez-vous toujours de moi. Cette petite feuille de muscat est de Fontainebleau, et, si j'y avois songé, je vous en aurois envoyé une de la forêt.

A Louis.

A Versailles, le 6 février 1702 '.

Enfin, mon cher frère, mon sort est décidé. Le Roi me dit hier que j'irois commander l'armée de Flandres, en cas qu'il y ait guerre, et que jepouvois en être assuré ; qu'il ne feroit cependant mon équipage que quand le roi d'Angleterre repasseroit en Hollande ; que, si néanmoins les Hollandois assiégeoient quelque place, il me feroit partir en diligence pour en tenter le secours ou pour faire quelque diversion-. Jugez de la joie où je suis présentement, étant assuré d'aller cette année à la guerre, car il

1. Autographe communiqué par M. le duc de la Trémoïlle, recueil cité, n° 42 ; publiée dans les Mémoires de Louville, tome I, p. 216, et dans la Correspondance générale de M^^ de Maintenons tome V, p. 118.

2. La campagne devait commencer dès avril 1702 par linvasion de l'électoral de Cologne, allié de la France.

AU noi d'espagne Philippe v. \{

est comme sùi' (|ir(>lle va lïientôt se déclarer, et étant peut-être à la veille parlii'. Quel plaisir ce seroit pour moi de vous éciiic uuc lettre au lendemain d'une bataille que j'auiois «j;a<^née contre les ennemis! Je crois que vous prendrez un peu de part à la joie où je suis présentement. Le Hoi m'a permis aussi ce matin de le dire, dépendant il n'y a encore que peu de personnes qui le sachent ; mais il y en aura bientôt beaucoup. Au reste, je suis bien aise de n'avoir point eu l'inquiétude où j'aurois été si je vous avois su actuellement la petite vérole, et d'avoir appris la guérison aussitôt que le mal.

Je ne vous parle pas du dernier courrier qu'on vous a dépêché ; car je crois que ses ordres ne vous auront pas fait trop de plaisir. Je souhaite cependant que vous ne soyez point obligé de vous séparer de la reine K

Il faut que je vous reparle encore un peu de ma joie, et vous m'excuserez bien sachant combien je suis sensible à ces sortes de matières. J'ai entretenu Puységur^ au long sur les projets de cette campagne, et il m'a promis de m'en envoyer des mémoires dès

1. Il s'agit du conseil envoyé par Louis XIV à son petit-fils de passer seul en Italie, laissant la jeune reine en Espagne, avec le titre de régente : voir sur toute cette affaire Philippe V et la Cour de France, tome I, p. 94-98.

2. Jacques-François de Chastenet, marquis de Puységur, né à Paris le 19 mars 1655. Depuis 1690, il était maréchal général des logis des camps et armées du Roi ; il reçut le grade de brigadier en 1696 et une charge de gentilhomme de la manche du duc de Bourgogne en juin 1698; il devint maréchal de camp en 1702.

12 LETTRES Di: DUC DE BOURGOGNE

qu'il sera de retour de Bruxelles, où il ira demain. Si nous pouvions joindre les ennemis en plaine et les battre, il voudroit que nous passassions le Rhin, prissions Wesel et entrassions en Hollande par l'Yssel, ou du moins prendre Wesel, Grave et Nimègue, et entrer dans le Betawe. Il m'a expliqué aussi la disposition des lignes et des rivières qu'il veut garder depuis la mer jusqu'à Liège, comptant que les armées seront entre la Meuse et le Rhin K Il m'assure que cette guerre sera vive et qu'on y verra des actions, dont vous croyez bien que je ne serai pas fâché. Vous en allez avoir aussi une terrible de votre côté ; mais j'espère que Dieu protégera vos armes aussi bien que les nôtres et nous rendra tous deux vainqueurs de nos ennemis.

Adieu, mon très cher frère ; songez que la première lettre que je vous écrirai sera peut-être datée de Bruxelles, ou du camp où j'assemblerai une armée pour marcher aux ennemis.

Louis.

Faites bien mes compliments à la reine, à qui je n'ai pas eu le temps d'écrire.

1. Sur ce projet de Puységur, il faut voir le mémoire et les autres pièces extraites du Dépôt de la guerre, qui ont été publiées par le général Pelet dans les Mémoires, militaires relatifs à la guerre de la succession d Espagne, tome II, p. 472 et suivantes.

AU IlOI d'eSPVCNE PHILirPE V. 13

A Versailles, le lî) mars 1702'.

Tout se dispose présentement, mon cher frère, pour me contenter. J'ai vu des nouvelles par lesquelles on ne peut pas douter que la guerre ne commence bientôt. Il seroit cependant à souhaiter que les ennemis n'entreprissent rien avant nous et que nous les primassions quand elle se déclarera. On a toujours un grand avantage sur l'ennemi quand on peut lui donner ce qui s'appelle l'ordre, et l'obliger à régler ses mouvements sur les vôtres. C'est ce que nous ne pourrons peut-être pas faire dès le commencement de cette campagne ; car il y a grande apparence qu'ils déclareront la guerre en formant le siège de quelqu'une des places de M. l'électeur de Cologne. En ce cas, si nous la pouvons secourir, nous marcherons à eux, et tâcherons de leur donner bataille. Autrement, nous nous contenterons défaire quelque diversion en prenant Juliers et même Cologne. Je ne sais cependant si on pourroit prendre cette place sans ébranler l'Empire, dont la neutralité nous est plus considérable, comme vous le savez mieux que moi, que la prise d'une ville. J'espère que vous ne serez pas fâché de voir vos intérêts

1. Autographe communiqué par M. le duc de la Trémoïlle, recueil cité, n" 48; Mémoires de Loiivi/le, p. 223.

entre mes mains, et que vous ne douterez pas que je ne les soutienne de tout mon pouvoir. Si je puis jamais battre l'armée hollandoise, je tâcherai de leur faire sentir qu'ils ne sont que des sujets rebelles et quelle est leur témérité d'attaquer leur roi légitime^. J'espère que Dieu protégera nos armes de part et d'autre et que, vainqueurs de nos communs ennemis, vous en Italie et moi en Hollande, nous pourrons lui en rendre grâces ensemble ; car je ne désespère pas de vous revoir bientôt. En attendant, je tâcherai de vous donner de nouvelles marques de ma tendre amitié par le zèle que j'aurai à soutenir vos intérêts et à rabattre l'orgueil de vos ennemis.

Louis.

Versailles, 19 avril 1702.

Je vous écris cette lettre, mon cher frère, dans un véritable transport de joie : j'ai reçu l'ordre du Roi ce matin de partir mardi prochain, qui est le 25, pour aller joindre l'armée qui s'assemble auprès de Diest sur le Demer. Enfin les Hollandois ont

1, Allusion à la révolte des Pays-Bas hollandais contre l'Espagne à la fin du xvi® siècle.

2. Autogi'aphe appartenant à M. le duc de la TrémoïUe ; publiée dans les Mémoires secrets de Louville, tome I, p. 225.

AU HOI d'eSPA.GNE PHILIPPE V. 15

déclaré la guerre en assiégeant Rayserswerlh. Je erois (|iie vous prendre/ part à la joie où j'ai été tout aujourd'liui. Il est vrai qu(î j'aurai à essuyer une séparation (juc vous sente/ comme moi de votre côté ; mais on s'en console, quand on songe qu'on va acquérir de la gloire. Je garderai ici mon droit d'aînesse, puiscjue, apparemment, je serai à la guerre quelque temps devant vous; mais il ne sera pas long ; car je erois que vous aurez grande impatience de joindre l'armée d'Italie. J'espère que Dieu bénira nos armes et nous donnera les succès que nous avons lieu d'attendre. Adieu, mon très cher frère, la première lettre que je vous écrirai sera datée de quelque camp ' . Joignons-nous encore d'une amitié plus étroite en songeant que nous combattons tous deux pour une bonne cause que Dieu n'abandonnera pas.

Louis.

1. Les lettres du duc de Bourgogne nous manquent sur cette campagne de 1702. Elle commença au mois d'avril. Le duc de Bourgogne et le marquis de Boufflers opérèrent d'abord dans la Gueldre espagnole contre les Hollandais et ne purent sauver Kayserswerth, qui capitula le 13 juin. Vanloo, Ruremonde, la citadelle de Liège et divers petits postes tombèrent encore aux mains de l'ennemi. Le duc de Bourgogne montra de l'application et du courage, mais fut bientôt rappelé à Versailles. On trouvera, à l'Appendice de la présente publication, quelques lettres du duc à diverses personnes écrites pendant cette campagne. M. le marquis de Vogiié en a aussi publié un certain nombre dans ses Lettres du duc de Bourgogne au duc de Beauvillier, p. 122-150.

AU ROI PHILIPPE y*.

A Versailles, le 9 septembre 1702.

Je me sers de i'oecasion du courrier qui repart, mon cher frère, pour vous écrire ce mot. J'arrivai ici hier voyant qu'il n'y avoit là-bas plus rien à faire qu'à voir perdre la Gueldre, dont je suis bien fâché. Mais, comme elle est insoutenable à présent, il a fallu songer, en conservant l'armée, dont on auroit hasardé la perte en remarchant de ce côté et presque sans espérance de réussir, pour ne pas dire point du tout, il a fallu, dis-je, songer, en conservant l'armée, à se mettre en état de la reprendre l'année qui vient et bien d'autres choses encore. Je suis charmé des projets du Roi, dont il m'a commencé quelque chose ce soir, pour la campagne prochaine. Mais ce qui m'a fait assez de plaisir, c'est que, sans savoir ce qu'il pensoit ni de près ni de loin, il y a plus de deux mois que j'avois fait le brouillon d'un projet absolument semblable à ce que le Roi m'a dit ce soir. Adieu, mon très cher frère, je souhaite que vous finissiez heureusement votre campagne, et je

1. Autographe passé dans diverses ventes faites par Et. Charavay les 20 mai 1878, 14 juillet 1879 et 18 décembre 1880 ; il appartient maintenant à la collection Morrisson, et le facsimilé en a été donné dans le tome P"" du Catalogue, p. 112; M. de Boislisle l'a publié dans les Mémoires de Saint-Simon, tome X, p. 194, note 1.

M ROI o'eSP.VGNE PHILIPPE V. 17

seidis li()|) licui't'ux si je pouvois Irouver l'occasion (le NOUS voir à voUe retour.

Louis.

Vin.

A Versailles, le 3 janvier 170.'J.

Il y a quelque temps que je ne vous ai écrit, mon cher frère, et je me sers pour le faire de l'occasion de vous souhaiter une bonne année ; mais, comme nous n'en sommes pas aux compliments, je ne vous en dirai pas davantage. Vous ne recevrez apparemment pas cette lettre à Madrid, et, comme vous allez un peu vous fixer, je tâcherai de vous écrire plus régulièrement, et, si je puis, par tous les ordinaires ~.

J'entretins l'autre jour Marcin pendant près de deux heures, et je aous assure que sa réputation n'est point trompeuse. Je ne suis pas étonné que cet homme-là ait gagné votre confiance, et certainement personne ne pouvoil mieux la mériter^. Il m'a fait

1. Avec cette lettre commence la série des autographes conservés aux archives d'Alcala-de-Hénarès.

2. Philippe V arriva en effet à Madrid le 17 janvier 1703, rappelé d'Italie en Espagne par les fâcheux événements militaires et les intrigues politiques dont la péninsule espagnole était alors le théâtre : voir Philippe V et la Cour de France, tome I, p. 134.

3. Marcin avait été envoyé à Madrid, à titre de conseiller ofiicieux, pour remplacer le duc d'Harcourt malade; puis il avait accompagné Philippe V en Italie. Louis XIV, peut-être

un portrait de vous que je n'ai pas eu de peine à reeonnoître, et je crois que celui qu'il m'a fait des Espagnols n'est pas moins au naturel.

Depuis la prise de Governolo ^ il n'est rien arrivé de considérable. Du Héron ^, envové du Roi en Pologne, est arrivé ici depuis trois jours chargé d'honnêtetés du roi de Pologne, qui lui a dit en le renvoyant qu'il étoit très fâché du traitement qu'il avoit reçu.

Je voudrois bien vous écrire bien des choses qu'il ne seroit pas prudent d'écrire en clair ; je vous envoierai donc quelque chose par ma première lettre qui y remédiera et pourra m'en donner la liberté ; mais je vous prie que cela demeure entre vous et moi. Peut-être que, si cette lettre ne part de

persuade par les rapports du marquis de Louville, ne jugea point aussi favorablement que le duc de Bourgogne la conduite du comte de Marcin, et, dès le mois de septembre 1702, il avait décidé de lui substituer le cardinal dEstrées. Marcin était lieutenant général depuis 1701 ; en 1703, il fut nommé maréchal de France ; il fut blessé mortellement en 1706 au siège de Turin.

1. Governolo, sur le Mincio, avait été assiégé par Vendôme en décembre 1702; voyez les Mémoires du chevalier de Quincy, tome I, p. 260 et suivantes.

2. M. du Héron était un colonel de dragons que Louis XIV avait en 1698 chargé d'une mission auprès du duc de Wolfenbuttel. Il avait, par une lettre du 7 avril 1709, reçu l'ordre de se rendre en Pologne auprès d'Auguste de Saxe qui, bien quélu contre un prince français, cherchait à nouer de bonnes relations avec Louis XIV. Voir la notice qui lui est consacrée dans le Recueil des Instmciions données aux ambassadeurs et ministres de France en Pologne, tome I, p. 245, et ses instructions, ibid., p. 246.

AL ROI U KSPACNK l'IIlLIl'I'l'; V.

ly

quelques jours, <jue je pourrai même Tajouler à mon paquet ; aussi hieu ue la fermerai-je pas ee soir; el e'est la piemière eliose à quoi je travaillerait Mon frère de Berrv est plus « gilles » el plus « béduin » (jue jamais ; mais e'esl un molil Uien (li(r('M(Mit de eelui d'autrefois; ee sont de ces choses que je vous dirai, après que je vous aurai fait le présent que je vous ilis.

Le 7 janvier.

L'ordinaire va partir. Je vous envoie ce que je vous ai promis, que je viens d'achever. Vous y trouverez de toutes sortes de choses et toutes les subtilités convenables.

Adieu, mon cher frère, aimez-moi toujours comme je vous aime, et parlez un peu aux Espagnols-.

A LA REINE D'ESPAGNE

A Versailles, le 7 janvier 1703.

Je suis ravi, Madame, en vous souhaitant la bonne année, de pouvoir recommencer à vous

1. Ce chiffre n'a pu èlre retrouvé ni aux archives du ministère des Affaires élrangères, ni à celles d'Alcala; heureusement le duc de Bourgogne ne s'en est servi que deux fois, le 21 el le 28 janvier 1703.

2. Philippe V, au début de son règne, n'adressait la parole à personne, quoique Louis XIV l'engageât à marquer au moins quelque reconnaissance à ceux qui le servaient bien.

LETTRES Df DLC DE BOURGOGNE

écrire plus souvent. J'espère que l'arrivée du roi, qui précédera de peu l'arrivée de cette lettre, lui donnera une favorable réception de votre part et que sa présence continuera la même grâce à celles qui la suivront. Les nouvelles d'ici ne sont pas fort considérables, sinon que l'état resserré où se trouve le prince Eugène en Italie donne lieu de croire à beaucoup de gens qu'il sera obligé de repasser les monts pendant l'hiver, ce qui seroit sans doute une chose bien souhaitable, et qui influeroit sur toute l'affaire générale. Ne croyez pas au moins. Madame, que je me hasarde témérairement à faire des raisonnements qu'une femme n'est pas capable d'entendre ; cela est bon pour les femmes du commun ; mais rien n'est trop élevé pour l'esprit d'une princesse qui a donné tant de marques de capacité et de solidité depuis un an. Avant que de finir ma lettre, permettez-moi. Madame, de vous dire un mot de recommandation au sujet de Louville, à qui je sais qu'on a voulu rendre de miauvais offices auprès de vous et qui certainement ne les a jamais mérités ; je le connois assez pour vous en pouvoir assurer'. Clonservez-moi toujours, Madame, quelque part dans l'honneur de votre amitié, et soyez persuadée que personne n'en peut a\oir une plus lendre pour vous que moi.

Louis.

1. Celte recomuiandation n'eniptcha pas la disgrâce de Louville ; les causes en ont été expliquées dans Pltilippe V et la cour de France, tome I, p. 128-167; voyez aussi les Mémoires de Saint-Simon, éd. Boislisle, tome XI, p. 240 et suivantes.

AU HOl d'kSPAGNK l'HIl.U'l'K V. 21

MI ROI PHILIPPE V

A Versailles, lo 21 janvier 1703.

Je prends, mon eher frère, le train que je vous ni (lit (le vous écrire par tous les ordinaires. 202 ^ \\)1. IcSi). 225. 171. 303. 23. 300. 93. 174. 81.124. [\:\. 124. 199. 171. 38G. 176. 41. 184. 283. 52. 325, 215. 140. 15. 85. 23. 130. 336. 145. 171. 184. 113.34. 197. 123. 4. 20. 11. 73. 215. 141. 125.83. 181.23. 317. 13. 117. 101. 386. 130. 386. 131.14. 143. 97. 161.80.93. 194. 181. 130. 77. 143.325. 63. 25. 191. 143. 116. 266. 80. 275. 1. 15. 164. 23. 215. 23. 90. 124. 23. 227. 116. 20. 174. 113. 73. 366. 23. 10. 23. 121. 277. 44. 373. 229. 283. 275. 266. 40. 171. 133. I9^i. 93. 27. 153. 161. 137. 266. 136. 164. 73. 89. 386. 1Q4. 187. 41. 114. 103. 171. 24. 53. 164. d'ailleurs comme il n'y a 96. 101. 73. 217. 141. 127. 133. 4. 317. 26. 15. 174. 143. 373. 192. 266.386. 130. 350. 277. 44. 161. 73. 33'6. 23. 229. 136. 161. 73. 89. 234.211. 317. 285. 336. 64. 130. 121. 34. 174. 41. 54. 367. 171. 230. 113. 101. 20. 171. 63. 133. 164. 157. 125. 8^1. 171.4. 144. 110. 130. 335. 1.243. 200. Il n'y a point encore de résolution prise sur cette dernière affaire. 325. 63. 135. 194. 60. 81. 143. 367. 30.

1. Pour la raison indiquée ci-dessus à la page 19, note 1, on ne peut donner la traduction en clair de cette lettre chiffrée.

101. 73. 164. 2:)6. 80. .397. 133. 130. 80. 336. 21. 60. 194. 23. Cependant, s'il en étoit autrement, il faudroit se soumettre à la volonté de Dieu.

J'ai oublié de vous dire que ce que je vous avois mandé, il v a environ six semaines, de la «grossesse de M"° la duchesse de Bourgogne ne s'est pas trouvé vrai ; c'est encore une de ces choses qui arriveront quand Dieu voudra. Mon rhume est. Dieu merci ! absolument passé; j'en ai été quitte pour être huit jours sans aller à la chasse et à me coucher à dix heures quand le Roi alloit souper ; je reprends aujourd'hui mon train ordinaire.

Le Roi a fait hier une promotion de cinq cents et tant de chevaliers de Saint-Louis, dont la plupart ont plus de trente ans de service ; il en a refusé plus de huit cents qui le méritoient, et ne l'a donné, moins trente ou quarante à qui il a bien voulu faire plaisir, qu'à des gens à qui il ne le pouvoit refuser ^. Je suis de ce nombre et je recevrai la croix la première fois qu'il fera des chevaliers. Il prend demain médecine et va après-demain à Marly ; ainsi ce ne sera apparemment qu'au retour de ce voyage qu'il commencera la promotion^.

1. Dangeau, tome IX, p. 101 20 janvier) : « Le Roi a fait une promotion de chevaliers de Saint-Louis pour les officiers de ses armées de terre. On a donné la croix à cinq cent douze estropiés ou qui avoient plus de trente ans de service, et le Roi nous dit qu'il y en avoit encore cinq cents autres qui méritoient le même honneur et qui avoient le service nécessaire. »

2. Le prince reçut Tordre de Saint-Louis le samedi 27 janvier, et le Roi, les jours suivants, distribua les croix à un certain nombre d'officiers, chaque jour après sa messe [Dangeau, p. 111).

AU KOI d'espagm-: imniji'im: v. 23

Me voilà l)ientùt à bout de nouvelles. Le (larnaval n'est, Dieu merci ! pas bien vif cette année, et il n'y a j)oinl encore eu de bals ; on ne dansera pas même à Marh ce voyage. Le Roi, xMonseigncur et toule la famille royale sont en bonne santé. M™^ de Maintenon a toujours de temps en temps des accès de fièvre et a beaucoup de peine à se remettre.

J'oul)lioisà vous parler d'une allaire qui l'ait grand bruit à Paris et (jui pourroit avoir des suites considérables '. Un confesseur ayant consulté enSorbonne pour savoir s'il pouvoit en conscience donner l'absolution à un ecclésiastique dont la doctrine lui paroissoit suspecte à l'égard du Jansénisme, et Tétoit en effet, quarante docteurs de la faculté de Paris ont signé C|u'il le pouvoit en conscience et que la doctrine de cet ecclésiastique étoit bonne. MM. deMeaux et Chartres- se soulèvent contre ces quarante docteurs, avec les jésuites et tous les antijansénistes, prétendant qu'ils avoient eu tort d'approuver le Cas de conscience, dont la doctrine étoit absolument janséniste. D'un autre côté, tout le parti janséniste soutient le Cas de conscience et les quarante docteurs. M. le cardinal de Noailles, qui est circon-

1. L'affaire à laquelle le duc de Bourgogne consacre la fin de cette lettre est celle du fameux Cas de conscience, rédigé en 1702 parle confesseur des religieuses de Port-Royal. C'était sous forme de consultation la reprise de la distinction du fait et du droit, qui permettait le silence respectueux sur la question du fait de l'hérésie de Jansénius, sans l'adhésion de l'esprit aux constitutions du Pape.

2. Outre ces deux évèques, il faut mettre Fénelon au premier rang de ceux qui se prononcèrent avec éclat contre le Cas de conscience .

venu par ces Messieurs, le soutient aussi indirectement ^ On est prêt d'écrire de part et d'autre, si l'on n'a déjà commencé. Cependant les jansénistes et leurs adhérents, qui sentent la foiblesse de leur cause, mollement, et voudroient que cette affaire finît en la supprimant et les écrits aussi qui ont déjà paru ; mais ceux qui soutiennent la bonne doctrine veulent pousser l'affaire à bout et faire condamner le Cas de conscience, et ont raison ; car on ne doit pas attaquer la foi impunément. La doctrine de cet ecclésiastique est qu'il condamne les cinq propositions de Jansénius quant au droit, mais non quant au fait. Il croit que la prédestination est gratuite, mais que la grâce est efficace par elle-même ; il avoue qu'il y a des grâces de Dieu intérieures qui donnent une vraie possibilité d'accomplir les commandements de Dieu et qu'elles n'ont pas tout leur effet par la résistance de la volonté ; il dit qu'étant obligés d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, toutes nos actions faites sans l'impression de l'amour de Dieu sont des péchés ; qu'il faut plus que l'attrition naturelle et un mouvement de charité actuelle pour recevoir la rémission des péchés dans le sacrement de pénitence ; que l'homme en péché mortel qui assiste à la messe sans un mouvement de pénitence, commet un nouveau péché. Il décide formellement contre l'Immaculée Conception de Notre-Dame, se

1. Les Mémoires de Daguesseau, cités par Gaillardin, Histoire de Louis XIF, tome VI, p. 619, confu'ment ce c{ue dit ici le duc de Bourgogne. Le cardinal de Bausset, Histoire de Fénelon, tome III, p. 302, cite dans le même sens les déclarations du docteur janséniste Petitpied et du docteur Bourlet.

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donnant hicii do ^ai'dc cependant, à ce qu'ils ajoutent, de rien dire contre ceux qui sont de ce senliment ; enfin il n'a pas la déférence entière qu'on doit à rj^i^lise sui'la j(;ilure des livres défendus. Le R. P. d'Aubenton ' vous expliquera mieux que personne la malignité de cette doctrine ; mais je crois que vous êtes assez instmit pour v voir d'abord le jansénisme tout à découvert.

Adieu, mon cher frère, soyez toujours aussi ferme et aussi opposé à cette cabale que vous l'étiez ici ; je vous manderai la suite de cette affaire. Je souhaite qu'elle finisse à la gloire de Dieu et de la vérité et Tespère beaucoup ; car le Roi n'est pas janséniste, et paroît la prendre à cœur. Je vous embrasse de tout mon cœur ; un mot de compliment de ma part à la reine, je vous en prie.

Louis.

A Versailles, le 28 janvier 1703.

Depuis la lettre que je vous écrivis il y a huit jours, mon cher frère, les troupes allemandes qui

1. Guillaume d'Aubenton, né en 1648, était entré dans la Compagnie de Jésus en 1665, et avait été choisi comme confesseur en 1681 par la Dauphine. Louis XIV le désigna comme confesseur du duc d'Anjou lorsque celui-ci partit jiour l'Espagne; mais il fut forcé de quitter cette place en 1705 et se rendit alors à Rome. Rappelé par Philippe V en 1716, il mourut à Madrid le 7 août 1723. Il était connu comme très hostile au jansénisme.

sont sous les ordres du prince de Bade ont fait un mouvement général depuis la Moselle jusqu'à la hauteur d'Huningue et ont assiégé le château de Traerbaeh. Il y a apparence que les ennemis veulent s'en rendre maîtres pour s'assurer plus de facilité pour faire le siège de Bonn au printemps ^ 2562. 113.21. 197. 386. 4. 181. 123. 164.285. 229. 26. 2. 136. 161. 80. 87. 221. 177. 346. 116. 266. 1. 184. 150. 113. 130. 202. 23. 189. 171. 15. 174. 143. 171. 234. 13. 116. 215. 214. 1. 23. 40. 24. 53. 194. 201. 21. 197. 116. 215. 174. 35. 121. 184. 26. 93. 107. 41. 164. 123. 23. 194. 204. 21. 131. 194. 141. 174. 234. 113. 101. 266. 100. 406. 4. 171. 133. 224. 23. 229. 386. 187. 83. 17. 83. 143. 121. 141. 174. 50. 164. 23. 161. 73. 89. 231. 133. 15. 194. 127. 164. 181. 130. 44. 161. 10. 24. 71. L'affaire du Cas de conscience va bien. M. le cardinal de Noailles se joindra aux deux autres évêques pour le condamner, et l'on parle même d'assembler tous ceux qui se trouveront à Paris pour le faire plus authentiquement.

1. Le prince Louis de Bade, l'un des généraux les plus habiles de l'Empereur, avait été battu par Villars,le 14 octobre 1702, à Friedlingen, à quatre lieues au nord de Bàle. En 1703, Louis XIV avait résolu de lancer contre l'Autriche les deux armées de France et de Bavière, en même temps qu'une partie des forces que commandait Vendôme en Italie. Mais l'exécution de ce plan eût été périlleuse si l'Alsace fût restée exposée aux coups du prince de Bade. Villars avait reçu l'ordre, malgré la rigueur de l'hiver, de s'emparer de Kehl ; dès le 12 février, les troupes françaises passèrent le Rhin ; au même moment, le duc de Bavière commençait l'attaque dans la vallée du Danube (voyez l'ouvrage du feu M'* de Courcy, La Coalition de 1101 contre la France, tome I, p. 28 et suivantes).

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