‹ Lettres (volume 2)Chapitre 87 sur 195 · Tout ceci est le résumé des nouvelles que les courriers · texte numérisé non relu

Tout ceci est le résumé des nouvelles que les courriers

AU noi d'espagm: l'rm.ii'Pi; v. 29

ioiil aussi licuiciist'iiu'iil (|u Cllcs oui coinmenoé ; mais il laiil mnouci' ([u'on doil ce hou succès à la vigilance avee laquelle Villais a exécuté les ordres du Roi. r.e sièi^^e de K.ehl se fera avee loules les lacilités extraordinaires par le voisinage de Strasbourg, qui n'en est séparé que par le Rhin, et la prise de cette place sera très avantageuse par le passage sur qu'elle nous donnera sur celte rivière. Si le prince de Bade veut en tenter le secours, il faudra qu'il rappelle ses troupes, dont la plus grande partie est allée contre l'électeur de Bavière, ce qui soulagera ce prince d'autant ; mais, quand même le prince de Bade auroit une armée, je ne crois pas que le secours de Kelil lût i'ort aisé, d'autant plus que je ne crois pas que son armée fût très forte, n'y ayant pas d'aj)parence cju'il dégarnisse Landau et les postes de la Lauter, auxquels Tallard pourra même donner de la jalousie, si les ennemis ahandonnent îout à fait le côté de la Moselle, comme il le paroît parla levée du siège de Traerhach. Ainsi voilà les choses bien disposées de ce côté-là ; j'espère qu'elles iront bien pareillement du côté de Flandres et de celui d Italie. J'ouhliois que les succès qu'on aura sur le Rhin décideront de la manière dont on attaquera M. de Bavière ; car, si nous avons de l'avantage, il sera certainement attaqué plus foiblement et avec moins de troupes. Reste donc la mer; la flotte angloise et lîollandoise n'allant plus aux Indes, reste à craindre premièrement, qu'elle ne vienne en Portugal l'ohli-

de Villars avaient apportées à la cour les jours précédents. Dangeau les a insérés dans son Journal aux 22 et 24 février, t. IX, p. 124-127.

ger à se déclarer ; secondemenl, qu'elle ii allaque les côtes d'Espagne, ce qui n'est pas apparent après les mauvais succès qu'ils ont eus l'année passée à Cadix; troisièmement, qu'ils n'entrent dans la Méditerranée et ne viennent exciter quelque révolte dans le rovaumedeNaples. Voilà, à ce que me semble, les trois endroits où ils peuvent songer à présent, et de tous les trois je trouve le dernier le plus dangereux, vu l'esprit des Napolitains léger et porté à la révolte et à secouer le joug de leurs souverains. Nous serons éclaircis, avant qu'il soit deux mois d'ici, de leur dessein ; car ils prétendent se mettre en mer de très bonne heure. Je trouve qu'ils ont raison déplus faire d'efforts sur mer que sur terre ; car certainement ils y sont supérieurs, et je ne vois point de flotte qu'on puisse opposer à la leur.

Voilà l'état présent des affaires : Bonnes sur terre, plus dangereuses sur mer ; mais le principal est que M. de Bavière se soutienne ; c'est ce qui décidera du reste et à quoi, comme je vous ai déjà dit, contribueront beaucoup les bons succès que l'on aura sur le Rhin, comme je l'espère.

Le voyage de Marly et les bals m'ont empêché de vous écrire le dernier ordinaire, et aussi bien il n'y avoit pas grand chose à vous mander alors. Je ne sais encore quand nous nous ébranlerons en Flandre : mais je ne crois pas que ce soit de si bon malin que l'année passée.

Adieu, mon très cher frère, conservez-moi toujours une amitié que je mérite plus que jamais.

Louis.

Faites mes compliments à la reine.

\L HOl UESPAGM-: i'IllMl'Pl': V. 31

XIU.

A Versailles, le 20 février 170.'1

I^e comte de Iloriies, gouveriKur de Gueldie \ passant en Espagne, m'a prié de lui donner une lettre de recommandation pour vous; ainsi je m'en acquitte, mon cher frère, vous assurant de la plus sincère amitié qui fut jamais et vous prie de m'en conserver toujoius une pareille.

Louis.

A Versailles, le 14 mai 1703 2.

Il s'est passé bien des choses depuis que je ne vous ai écrit, mon cher frère, que je crois que vous savez pour la plupart et qui, pour moi, ont été mêlées de joie et de tristesse. Il est certain que le passage de M. de Villars en Souabe ^ et le comman-

1. Philippe-Emmanuel, comte de Hornes, grand d'Espagne et gouverneur de Gueldre, fut fait lieutenant général des armées espagnoles aux Pays-Bas en mars 1703.

2. Cette lettre est classée parmi celles de 1707; mais elle est certainement de 1703 : les événements dont elle parle sont de cette année.

3. Le maréchal de Villars avait passé le Rhin et s apprêtait à rejoindre Télecteur de Bavière ; voyez le Journal de Dangeau, tome IX, p. 186, 188 et 190.

(lemenl de l'armée d'Allemagne, que le Roi m'a enfui accordé^, en sorte que je partirai pour m'y rendre dans peu de jours, m'ont été très agréables ; mais ma joie auroit été parfaite, sans Faccident de ]\P® la duchesse de Bourgogne, que de fréquentes promenades à pied ont l)lessée à six semaines, sans presque que l'on se doutât qu'elle fût grosse '-. On peut néanmoins en tirer cette consolation qu'il faut espérer qu'elle ne sera pas longtemps sans la redevenir, et qu'alors on la conservera plus soigneusement.

Vous aurez su aussi l'heureuse ouverture de la campagne en Flandres, où le maréchal de Villeroy a pris à discrétion dans Tongres deux bataillons des ennemis^. Le succès de Portugal n'est certainement pas moins heureux que les autres, et il faut espérer que cette campagne finira aussi bien qu'elle a commencé.

Il y a fort longtemps que je n'ai reçu de vos lettres; apparemment que vos affaires vous occupent trop pour me pouvoir écrire ; cependant soyez persuadé, mon cher frère, que rien ne sera capable de diminuer la tendre amitié que j'ai pour vous; j'espère qu'il en sera de même de la vôtre.

Louis.

Page 1