INTRODUCTION. XI
joie où je suis présciilemont, étant assuré d'aller cette année à la guerre... Quel plaisir ce serait pour moi de vous écrire une lettre au lendemain d'une bataille que j'aurais gagnée contre les ennemis^ ».
Il nous plait de constater ces dispositions chez ce jeune homme qu'on se représente trop souvent comme un solitaire, ami du silence et confit en dévotion. Il prie et il priera. Il sait que Dieu tient dans ses mains les rênes de tous les empires ; mais il agira, puisque Dieu veut qu'après avoir prié l'homme agisse comme s'il faisait tout par lui-même. En attendant de partir, il se prépare à son métier de soldat. Puységur lui explique le plan des opérations qu'il transcrit pour son frère ^. Et l'on ne peut que reconnaître qu'il avait le sens de la tactique quand il écrivait : « On a toujours un grand avantage sur l'ennemi quand on peut lui donner ce qui s'appelle l'ordre et l'obliger à régler ses mouvements sur les vôtres ^ » .
Que ne fît-il ainsi dans la campagne de 1708 ! Mais n'anticipons pas.
Le départ arriva. « Je vous écris, mon cher frère, dans un véritable transport de joie; j'ai reçu l'ordre du Roi, ce matin, départir mardi prochain ». Il ne quittait pas sans regret la jeune duchesse de Bourgogne ; mais, de cette séparation, il se consolait en songeant qu'il « va acquérir de la gloire » ■*.
Les lettres du duc de Bourgogne nous manquent sur cette campagne de 1702. Elle commença au mois d'avril; le Prince partit le 25, et le 27 il arrivait à Bruxelles. Il avait vu en passant à Cambrai son ancien précepteur Fénelon,mais en public, d'après les ordres du Roi.