‹ Lettres (volume 2)Chapitre 93 sur 195 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p

.3. y oyez Philippe V ci la cour de France, tome \" , chapitre v, p. 176 et suivantes. Le roi et la reine d'Espa;ïne, très mécontents du rappel et de la disgrâce de la princesse des Ursins, usaient de tous les moyens pour obtenir son retour auprès d'eux ; on voit que Philippe V en avait même écrit à son frère.

AU Hoi d'kspagne PHII.IPPK V. 69

aujourd'liui, qui lui adonné une très longue audience^ ; je Viù MIC chez M'"Ma duchesse de Bourgogne. Elle ne m'a (jnasi point pai'u changée de ce fjue je l'avois vue aulrclois. Kllc a élé liois (juaits d'heure enfermée avec M™" la tluehesse de Bourgogne dans son cabinet et n'en est sortie que pour aller chez le Roi, J'avoue que j'ai quelque curiosité de l'entretenir; je ne sais enco?'e si elle me voudra voir en particulier. J'ai remercié M""^ la duchesse de Bourgogne de votre part des habits qu'elle a envoyés à la reine, et lui ai dit ce que vous me mandiez là-dessus.

Pour le siège de Gibraltai', je commence bien à craindre que le succès n'en réponde point à nos espérances. Le siège de Verrue avance ; la dernière sortie a été, je crois, le dernier coup pour les ennemis, à qui on dit que la communication ~ va bientôt être coupée avec la place. Aoli, quœso, nie ducis Andegavensis imniemoretn suspicari ; menti seinper imago^ sed multo inagis fraterno amor inhœ-

1. Sur le conseil du maréchal de ïessé, Louis XIV, revenant sur ses préventions à légard de la princesse, qui était exilée à Toulouse, lui avait permis de venir à Versailles. Dangeau écrivait dans son Journal \e 11 janvier (tome X, p. 229) : « Le Roi donna 1 après-dînée dans son cabinet une audience à la princesse des Ursins qui dura deux heures et demie, et le Roi dit le soir chez M'"'' de Maintenon qu'il y avoit encore beaucoup de choses dont ils n'avoient point parlé. Cette princesse alla ensuite chez M""* la duchesse de Bourgogne, qui la fit entrer dans son petit cabinet, où elle fut quelque temps enfermée avec elle. »

2. La communication fortifiée qui réunissait la place de Verrue à celle de Crescentin, où se tenait le duc de Savoie, et qui lui permettait de rafi-aîchir continuellement les assiégés.

ret pectori. 0 quantum varias narrassemus iiwicein venatiories aut potius quantum uni venationi operam dedissemus ! Sed fartasse^ bello composito, licehit fines eu jusque regni appetei^e aut GaUiam ipsam ad invisendas provincias tuo imperio subditas permeahis. Vale^ carissime f rater, et, si casu liorrendummonstrum solecismi epistolam subrepserit, noli grajnmaticali severitate culpam arguere; sed potius fraterna benignitate mihi, te longe vita propria diligenti, ignosce,

Louis.

A LA REINE D'ESPAGNE

A Versailles, 11 janvier 1705.

C'est peut-être m'acquitter un peu tard, Madame, des souhaits accoutumés au commencement de chaque année et que je renouvelle aujourd'hui avec autant de sincérité que de tendresse, vous conjurant de me continuer, s'il se peut, dans la nouvelle et à l'avenir plus de bontés que dans les précédentes.

J'ai vu aujourd'hui la princesse des Ursins ; j'ai grande impatience de l'entretenir et surtout siu' le mal qu'il y a dire de vous ; car, outre qu'il v en a beaucoup à dire, c'est que je crois que personne n'en pense plus et ne le connoît mieux qu'elle ; celte expression paroîlroit un peu extravagante à une personne moins déliée que vous et qui feroit plus de cas des louanges grossières.

\V KOI D'ESI'Ar..\E IMIII.II'I'K V. 71

Je ci'ois (jiK» je dois vous remercier aussi l)ien que le loi. Madame, de la bonne réception qui a été faite au mar(|uis de Maulévriei' ; je la reconnois d'autant plus ([ue je me (laite y avoir eu quelque part, et j'ose NOUS assurer. Madame, que personne ne méiile plus (jue moi votre |)réeieuse considération par ramitié tendre et l'estime véritable que j'ai pour votre personne.

Louis.

XT.H.

AU i\oi pnirjppE V.

A Versailles, le 13 janvier 1705.

Je ne crois pas avoir à vous dire dans cette lettre, mon cher frère, rien de différent à ce que j'ai mis dans celle que Pichelin vous rendra. L'intérêt de l'État, puis le vôtre, seront les motifs qui me feront agir en tout, et le soin de vous procurer votre satisfaction. Pour ce qui est de la confiance que vous prenez ici en moi, vous pouvez être sûr que je n'en abuserai point; c'est un secret qui, de toutes manières, doit être inviolablement gardé par le peu de personnes qui y sont entrées et à qui cela pourroit faire tort et le feroit nécessairement plus ou moins ' . Je ne reprends rien du détail que vous me faites de la conduite de la princesse des Ursins ;

1. On ne sait à quelle confidence secrète ces phrases font allusion, et dont il est encore parlé dans la lettre suivante adressée à la reine.

l'I LETTRES DU DUC DE BOURGOGNE

c'est au Roi et non pas à moi à en juger et, comme vous le dites vous-même, à moins qu'il n'y ait nécessité, je n'aime point à me mêler principalement de ces sortes d'affaires. On ne peut que louer la promptitude avec laquelle nous fîtes ce que le Roi souhaita de vous et la soumission avec laquelle la princesse le reçut et l'exécuta . Je ne doute point qu'elle ne vous soit infiniment attachée, et pai- devoir et par le cœur, et comprends aisément le désir que \ous auriez de la revoir auprès de vous. Ce seroit, dans le désir que j'ai de vous donner des marques de ma tendre amitié, une occasion qui me seroit bien précieuse, si je pouvois faire là-dessus ce que vous désirez, vous assurant que je ^ous aime toujours plus que ma vie.

Louis.

A LA REINE D'ESPAGNE

A Versailles, le 13 janvier 1705.

Je suis confus. Madame, des louanges dont vous m'accablez dans votre lettre et souhaiterois bien pouvoir quelque jour en mériter une petite partie. Vous verrez dans la lettre que j'écris au roi ce que je pense sur le retour de la princesse des Ursins et que mon unique but est le bien du service du Roi, du vôtre, et votre propre satisfaction ; comme il a entré en matière avec moi, j'ai cru que c'étoit aussi à lui que je devois répondre plus au long. Permet-

AU IlOI D KSl'ACNE PHILIPPE V. 73

tez-moi, Madame, cependant de vous remercier de la marque de confiance dont vous venez de m'honol'cr. \ ous pouvez cti'c pcisuadce que le secret en sera inviolahlcment gardé et que j'en garderai toute ma vie la mémoire comme une marque essentielle de Tamilié d'une personne pour ([ui j'ai une estime et une tendresse qui ne se peuvent exprimer.

Louis.

XTJV.

A Versailles, le 18 janvier 1703.

Je comprends comme vous, mon très cher frère, qu'il est d'une extrême importance de lâcher à ne pas manquer Gibraltar. Les ennemis le connoissent bien de leur coté par les fréquents secours qu'ils y envoient ' . Il seroit à souhaiter qu'ils ne fussent pas si bien entrés ; mais, puisque la chose est faite, vous ne pouvez y apporter d'autre remède que ceux dont \ ous vous servez présentement.

Je serai ravi de vous pouvoir envoyer d'ici des livres qui vous délassent et vous accoutument à ne pas abandonner l'étude tout à fait. Je souhaite que la reine y prenne goût avec vous; car, sans cela,

1. Dans le courant de décembre 1704, le roi d'Espagne avait envoyé quatre mille hommes de renfort au siège de Gibraltar; les Alliés, de leur côté, avaient réussi à y faire entrer quelques troupes et des munitions.

j'aurois bien peur que \ous n'aimassiez mieux être longtemps avec elle plutôt qu'avec mes pauvres livres. Je m'acquitterai cependant de votre commission. Un des premiers qui paroîtra sera le onzième volume de V Histoire ecclésiastique ' ; je ne sais si vous avez eu les précédents. Je crois que ce livre ne vous déplaira pas, et, si vous ne les aviez pas eus, je ne ferois pas mal de vous envoyer ceux qui ont paru depuis votre départ.

Lorsque je vous écrivis ma dernière lettre, je ne savois pas encore la résolution que le Roi a prise de vous renvoyer la princesse des Ursins, ainsi qu'il vous l'a dû mander. Je vous en fais mon compliment et à la reine aussi, à qui vous le ferez de ma part-. Je ne lui écris point de peur de la fatiguer

1. h' Histoire ecclésiastique à.e 1 abbé Claude Fleury, qui avait été sous-précepteur du duc de Bourgogne et de ses frères, est le plus remarquable des ouvrages de ce fécond écrivain ; le premier volume parut en 1691, et l'ouvrage tout entier, qui s'arrête à 1414, ne comprend pas moins de vingt volumes inquarto. Après la mort de Fleury (1723), le P. Fabre continua l'ouvrage jusqu'en 1598.

2. La princesse, auquel Louis XIV avait, comme on l'a vu ci-dessus, permis de venir à Versailles, eut de longues entrevues avec le Roi et parvint à se disculper des accusations portées contre elle. Elle réussit à persuader à la cour de France qu'il serait impossible de gouverner lEspagne sans elle, et Louis XIV consentit à ce qu'elle v retournât. La reine Marie- Louise désirait ardemment son retour ; il semble que P hilippe V ne partageait pas absolument ses vues, puisque, tout en demandant officiellement avec la reine le renvoi de la princesse à Madrid, il manifestait des désirs contraires dans des lettres secrètes à son grand-père, qui arrivèrent ti'op tard à Versailles [Philippe V et la Cour de France, tome I, p. 189 et suivantes).

Al! R<J1 !» KSI'Ad.NK l'If ll.l l'I'K V. /.)

par de lioj) rrc'fjiiciiU's lettres; car, quoiqu'elle veuille bien me témoii^ner qu'elle sera bieu aise d'en avoir souvent, je sais fju'il faut en user avee diseiélioii. .rciiticliiis la piiucesse des Lrsins il y a trois jours en particulier, et lui trouvai l'espiit tel que je l'avois toujours euleiidu dire; on ne s'ennuie certainement point avee elle. La plus grande partie de la conversation roula sur vous, et, convenant de tout le bon qui est en vous, nous convînmes aussi qu'il le falloit montrer et vaincre la timidité qui vous est naturelle, ainsi que je vous en ai déjà écrit plusieurs fois. Je ne puis m'empècher de reprendre là-dessus la voix de conseil, puisque c'est une chose si nécessaire à surmonter, surtout dans les places où nous sommes.

Si le temps est froid à Madrid, il n'est pas plus chaud ici, et, quoiqu'il n'y ait plus de glace, il gèle cependant toujours un peu, surtout la nuit, et fait un froid noir comme s'il alloit neiger. Cela dure depuis quelques jours sans que le temps se détermine à rien. On ne laisse pas pourtant que de chasser et de tirer. On a accommodé depuis cet hiver le Bois-d'Arcy ^ ; on a nettoyé les vieilles routes; on y en a fait de nouvelles ; cela le rend beau pour y faire des battues. Il y a beaucoup de lapins cl de bécasses, et une battue où réguHèremenl on voit dix ou douze chats-huants, sans que le nombre paroisse en diminuer, quoiqu'on en tue toujours quelques-uns.

1. Bois sitiK' au-dessus de Saint-Cvr et faisant suite au bois de Satorv.

Adieu, mon cher frère; voilà ])ien des matières différentes traitées en deux pages. Je vous eml)rasse de tout mon cœur, vous priant de me garder toujours votre amitié qui m'est si chère.

Louis.

A Versailles, 8 février 1705.

J'ai reçu depuis que je ne vous ai écrit, mon cher frère, plusieurs de vos lettres qui m'ont toutes fait un très grand ])laisir. Je vais tâcher de réparer aujourd'hui le temps perdu en répondant aux questions que vous m'y faites.

T^a première est au sujet du duc de Savoie. Je ne sache point qu'il ait envové de gentilhomme, ainsi que vous le disiez, ])Our complimenter le Roi ^, et il a simplement répondu aux lettres qu'on lui avoit écrites.

Quant aux efforts qu'on fait j)our se mettre en état de repousser ceux des ennemis, le Roi n'ohlige les capitaines de cavalerie qu'à remettre dix chevaux dans leurs compagnies; il remet tout le reste. Cela n'est que pour les troupes qui ont souffert de la maladie; elle règne, par parenthèse, parmi les ennemis et les incommode fort. On travaille aussi à quelque échange des prisonniers ; mais les ennemis

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