C'était l'opinion générale [Sourches, tome XII, p
3. Berwick, arrivé en poste à A'^ersailles le 16, avait eu une audience du Roi et était reparti dès le lendemain pour la Flandre. Le retour de Boufflers était aussi attribué à certains dissentiments qui existaient entre lui et le maréchal de Montesquiou.
AU ROI d'eSPAGNE PHILIPPE V. 35
dont la Siinté est toujours fort mauvaise et qui en fait presque plus qu'il ne peut très souvent. Cependant les vivres et l'argent sont toujours plus rares que jamais et la cavalerie ruinée, et, si nous ne trouvons pas moyen (ce qui est très difficile) de réparer l'armée, je ne sais où en sera le royaume l'année prochaine, à moins que Dieu n'y pourvoie en nous donnant la paix. Voilà encore un de ces cas où le devoir et le sang sont divisés et où l'on souffre infiniment ; mais la paix est devenue indispensable, et plus on ira en avant, plus elle coûtera cher. Peutêtre, mon cher frère, que ces discours, quoique véritables, devroient être un peu adoucis ; mais croyez, je vous prie, que si je parle ici en prince francois à un frère qui ne peut qu'être touché du triste état de la France, je ne pense pas moins en frère du roi d'Espagne, qui sent vivement toutes ses douleurs et toutes les traverses qu'il rencontre ; c'est de quoi je vous prie d'être très persuadé et que rien n'est capable de diminuer la tendresse que j'ai pour vous, qui durera tant que je vivrai. Je ne vous en demande point autant de la vôtre, en étant aussi certain que de chose quelconque au monde.
Louis.
Je vous prie de bien faire mes compliments à la reine.
A Marly, le 4 novembre 1709.
Vous aurez su, mon très cher frère, depuis la dernière lettre que je vous ai écrite, que la ville de Mons avoit été obligée à capituler le 20 du mois dernier, étant ouverte en deux endroits, et que, quelque envie que le maréchal de Boufïlers eût de la secourir selon les ordres qu'il en avoit reçus du Roi, il n'en avoit pu venir à bout faute de vivres. C'est une chose bien malheuieuse que cet article si essentiel ait tellement manqué de tous côtés qu'il nous ait mis hors d'état d'exécuter tout ce que l'on a pu penser et projeter. I^a prise de Mons a mis fin à la campagne, les ennemis s'étant retirés du côté de Bruxelles, où ils ont séparé leur armée ; celle du Roi en a fait de même aussitôt, en sorte que nous voilà en repos pour quelque temps.
Il se lève cependant une nouvelle affaire du côté du Nord, qui pourra bien avoir des suites considérables : la ligue conclue entre les rois de Danemark et Auguste * et l'électeur de Brandebourg est prête à éclater, et il paroît qu'ils songent à profiter incessamment du malheur et de l'éloignement du roi de Suède ^ pour commencer la guerre avec avantage.