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Auguste de Saxe, roi de Pologne

2. Charles XII, vaincu à Pultawa, avait dû se retirer sur les

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Le Danemark est sur le point d'agir pour reconquérir les provinces deSehonen, Halland et Blekingie^ et l'électeur de Brandebourg, quoique jusqu'ici il se modère davantage, aura, je crois, bien envie de la Poméranie et des Étals que la Suède possède en Allemagne. Je ne doute pas que le Czar en même temps n'attaque la Livonie, et la partie me paroît bien forte pour la Suède, qui vient de perdre ses nouvelles troupes et qui est séparée de son roi. Cette nouvelle scène poui-ra retirer de ces côtés une partie des troupes qui jusques ici ont combattu contre nous, ce qui seroil avantageux pour la suite, ou pour porter les ennemis à la paix qu'il nous faut à la première occasion, ou pour soutenir encore la guerre, si cette paix s éloignoit encore par des impossibilités absolues de la conclure. Je vous parle ici avec la même franchise que j'ai fait dans mes dernières lettres ; mais, mon très cher frère, nous n'en sentons pas moins vivement tous les contre-coups que cette paix si désirée pourra porter contre vous.

Le roi d'Angleterre, revenu de campagne, est ici ce soir. Il est présentement aussi grand que la reine sa mère, mais d'une santé toujours délicate. Il a marqué dans la dernière bataille le courage d'un prince tel que lui.

Voilà, mon très cher frère, l'état des choses en ce pays-ci, et, pour celui de mon cœur pour vous, il

terres du Grand Seigneur, qui lui assigna Bender comme résidence.

1. Le pays de Schonen ou Scanie, le Halland et la Blekingie ou province de Bleking sont les trois provinces maritimes les plus méridionales de la Suède.

est toujours le même, c'est-à-dire tendre, sentant extrêmement votre état et tous les malheurs qui peuvent vous menacer, et vous aimant autant qu'il vous a jamais aimé. Conservez-moi toujours, je vous prie, une pareille amitié dans le vôtre et que rien ne puisse jamais détruire cette union.

Je vous prie de faire bien mes compliments à la reine.

A Versailles, le 22 décembre 1709.

Il y a quelques ordinaires que je n'ai eu de vos lettres, mon très cher frère, et, celui d'aujourd'hui n'étant point encore arrivé, je ne sais s'il m'en apportera ; mais, pour moi, je ne veux pas être plus longtemps sans vous renouveler les témoignages de ma tendresse. Je suis bien persuadé que ce petit intervalle ne vient pas du relâchement de la vôtre, dont j'ai lieu d'être bien assuré, et je le dois plutôt attribuer à la stérilité des nouvelles.

On n'a encore rien de précis d'Hollande depuis que le sieur Petkum ^ y est de retour ; il paroît seu-

1. Edgar-Adolphe de Petkum, résident du duc de Holstein- Gottorp à la Haye, avait été envoyé en France par les Alliés pour essayer d'entamer de nouvelles négociations de paix ; il mourut en mai 1721.

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lement que les ennemis ne s'attendoient pas au refus que le Roi a fait de nouveau a])solument de signer les préliminaires, et je ne ne crois pas qu'ils entrent dans l'idée d assembler les plénipotentiaires pour traiter de la paix. Ils ont un tel aheurtement pour ces préliminaires (dont néanmoins on s'aperçoit de la malignité de plus en plus lorsqu'on les examine de sang-froid), ils sont, dis-je, si alieurtés à ces préliminaires, qu'il est fort à craindre qu'ils n'aient eu que la guerre en vue lorsqu'ils les ont proposés, sûrs qu'ils ne seroient pas acceptés. On se prépare cependant à la campagne prochaine, et M. Desmaretz ' fait les derniers efforts pour avoir quelque argent, dont la somme sera bien au-dessous de ce qu'il faudroit pour subvenir pleinement à toutes les dépenses nécessaires.

Le Roi a été aujourd'hui longtemps avec le maréchal de Villars, qu'il a été voir chez lui pour discuter les projets de guerre ^ ; mais, au bout de tout cela, nous sommes toujours pressés. L'affaire du Nord, que nous avions cru pouvoir nous soulager en quelque chose, n'avance point, et le roi de Danemark, après sa descente en Schonen et la prise d'Helsingborg^, ville ouverte, est retourné à Copenhague,

1. Nicolas Desmaretz, neveu de Colbert, d'abord associé à Chamillart pour la gestion des finances, lui avait succédé comme contrôleur général en 1708.

2. Villars, souffrant toujours de sa blessure, était à Versailles, où le Roi lui avait donné l'appartement de la princesse de Conti. Louis XIV alla l'y voira diverses reprises, et ce témoignage de faveur a été noté particulièrement par les contemporains ; voyez les Mémoires de Saint-Simon, tome XVIII, p. 303-304-

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