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Port de Suède sur le Sund, dans la Scanie

à ce que l'on dit, sans vouloir rien entreprendre de plus avant l'hiver. Ce prince aura de la peine à suivre vivement ses entreprises et ne se délivrera jamais de la crainte de la Hollande et de l'Anglelerre ; je crois qu'il en auroit encore bien davantage, si le roi de Suède avoit pu regagner son royaume ; mais il en est encore bien loin. On n'en a depuis quelque temps que des nouvelles très incertaines, et je croirois assez qu'il est encore à présent sur les terres du Grand Seigneur.

L'hiver jusqu'ici nous ménage fort ; il n'y a eu jusqu'ici que quelques gelées de deux ou li'ois nuits ; tout le temps des semailles a été favorable, et l'espérance de la récolte est belle, s'il plaît à Dieu de nous préserver des malheurs de l'année dernière ; on aura cependant encore à souffrir jusque-là, et il est bien à craindre qu'il ne périsse bien du monde de faim et de misère jusques à ce que nous ayons attrapé le mois de septembre prochain.

Le Roi revint hier de Marly et sera ici jusqu'à ce que M'"" la duchesse de Bourgogne soit relevée de couche. Je compte qu'elle doit aller encore six semaines au moins ; elle sera saignée dans une quinzaine de jours, à l'entrée de son neuvième mois, ne l'ayant point encore été et s'étant presque toujours bien portée, sauf depuis quelques jours, ce qui en fait voir le besoin.

Voilà, mon cher frère, les nouvelles publiques et domestiques, et je crois ne vous pas déplaire en vous tenant dans le fil de l'histoire présente ; elle est désagréable ; mais il n'en faut pas moins la savoir. Comme je ne fermerai ma lettre que demain je

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pourrai peut-être répondre à quelqu'une des vôtres ou vous dire quelque chose de nouveau, s'il nous en vient. En attendant, comme vous l'aui'ez peu après le premier jour de Tan, je vous souhaite l'année que nous allons entrer plus heureuse que les précédentes et que, pendant son cours, l'on puisse conclure une bonne paix à la satisfaction de tout le monde. Cela est bien difficile ; mais cela sera, s'il plaît à Dieu, qui en est le maître.

Louis.

Le 23 au soir.

Votre lettre du 9que j'ai reçue ce matin, mon cher frère, m'a fait un très grand plaisir, et je l'ai presque répondue sans savoir ce qu'elle contenoit. Il n'y a rien de nouveau d'aujourd'hui, sinon que la Gazette d'Hollande dit que le roi de Suède doit venir incessamment à Duraz7o. sur les terres des Vénitiens, en Epire, si je ne me trompe ; mais je crois que cette nouvelle mérite confirmation. Faites, s'il vous plaît, mes compliments à la reine et soyez persuadé, mon très cher frère, que l'on ne peut vous aimer plus tendrement que moi.

A Versailles, le 13 janvier 1710.

J'ai reçu hier au soir votre lettre du 30 du mois dernier, mon très cher frère, et je profite d'un peu

de temps que j'ai encore avant le souper du Roi pour remplir un devoir qui m'est toujours bien agréable, je veux dire celui de vous renouveler autant qu'il m'est possible les assurances de ma tendresse et vous demander incessamment la continuation de la vôtre. Je ne saurois assez vous répéter, ainsi que je vous l'ai déjà dit, combien je désire que cette année vous soit plus heureuse que les précédentes , et vous remercier infiniment des souhaits que vous me faites, dont je connois la sincérité.

Ce ne sera qu'à la fin de la semaine ou dans la prochaine que nous saurons ce que pensent les Alliés sur la manière dont le Roi s'est expliqué avec eux en dernier lieu. Quoiqu'ils ne parlent que de continuer la guerre avec chaleur, je crois cependant qu'il y a bien des gens chez eux qui désirent la paix. Les affaires du Nord sont assoupies jusqu'au printemps.

Vous savez sans doute par la reine des nouvelles de M""^ la duchesse de Bourgogne ; ainsi je ne vous en mande point ; j'espère que son accouchement sera aussi heureux que toute sa grossesse.

Adieu, mon très cher frère, faites, s'il vous plaît, bien des compliments à la reine et soyez persuadé que l'on ne vous peut aimer plus tendrement que moi.

CLXVITI.

A Versailles, le 9 février 1710.

Le Roi n'ayant point encore pris sa dernière résolution, mon très cher frère, sur les demandes que vous lui avez faites le mois dernier, je ne peux non plus vous donner aucune réponse précise à la lettre que vous m'écrivîtes sur le même sujet ^ .

J'ai été fort flatté de la bonne opinion que vous avez de moi. Il me paroît, Dieu merci ! que je préférerai toujours le bien public aux intérêts particuliers ; du moins je pense toujours comme je fais à présent ; et, quant à tout ce qui pourroit s'appeler haine ou ressentiment, je les dois sacrifier et les sacrifie aussi comme chrétien. Peut-être trouverez-vous ceci plein de vanité ; mais je parle simplement comme je le pense. Soyez donc persuadé, mon très cher frère, que, si je puis quelque chose pour ce que vous demandez, je m'y emploierai debien bon cœur ^.

Cependant les apparences de paix ne sonl pas

1. Philippe V demandait l'envoi du duc de Vendôme pour commander ses troupes.

2. Le roi d'Espagne craignait que son frère ne s'opposât à la venue en Espagne de M. de Vendôme, à cause de ce qui s'était passé entre eux en Flandre lors de la défaite d'Audcnarde et pendant toute la campagne de 1708. Depuis cette époque, Vendôme était en quasi-disgrâce et n'avait eu aucun commandement. On voit que le duc de Bourgogne se défend de lui garder rancune.

tout à fait évanouies ^ et le Roi a nommé pour plénipotentiaires le maréchal d'Huxelles et l'abbé de Polignac, en cas que les ennemis en veuillent recevoir pour traiter tout de bon*. Si nous étions en état de continuer la guerre, nous ne penserions jamais à nous séparer de l'Espagne ; mais plus l'on va en avant et plus on se ruine ; on n'a point d'argent, ni pour payer les troupes, ni pour acheter du blé, quoiqu'il baisse de prix et qu'il y ait une belle espérance à la récolte. Les ennemis cependant ont assemblé de grands magasins, et, s'ils entroient en campagne avant que le vert soit venu, l'on ne sait si l'on pourroit leur opposer d'abord une armée.

Cependant, si les ennemis ne veulent absolument point de paix qu'à des conditions impossibles, je conviens avec vous qu'il est de la dernière importance d'essayer à reconquérir la Catalogne et à renvoyer l'Archiduc en Italie.

Tout ce que m'a dit d'Iberville^, arrivé ici depuis huit jours, de l'affection que vous portent vos sujets de Castille est fort agréable à un frère qui vous aime autant que moi. Il m'a paru fort content de vous et de la reine.

1. En effet Dangeau signale le 3 février (tome XIII, p. 96) la venue à Versailles d'un négociateurofficieux envoyé par Heinsius.

2. C'est le 29 janvier (p. 95) que Dangeau mentionne cette désignation.

3. Charles-François de la Bonde d'iberville, d'une autre famille que l'explorateur du Mississipi, avait été commis dans les bureaux des affaires étrangères, puis résident à Genève, à Mayence et à Gênes ; il avait été chargé d'une mission temporaire en Espagne. En 1713, il fut envoyé à Londres, et mourut à Paris en 1723.

M""' la duchesse de Bourgogne n'est point encore accouchée. Il y a plus de quinze jours que l'on croit être au moment, et je ne crois pas qu'elle passe la semaine où nous entrons aujourd'hui. Depuis deux jours même, elle est plus languissante.

Adieu, mon très cher frère ; encore un coup, après les intérêts de la France, je n'en ai point de plus chers que les vôtres. J'espère de la bonté de Dieu qu'il nous tirera bientôt de cette terrible guerre et qu'il vous conservera la couronne qu'il vous a donnée. Je vous embrasse de tout mon cœur, vous demande toujours la continuation de votre amitié, et vous prie de bien faire mes compliments à la reine. J'espère vous écrire bientôt à Tun et l'autre sur l'accouchement de M'"" la duchesse de Bourgogne; je voudrois déjà qu'il fût fait, mais cela ne dépend pas de nous.

Louis.

Le 15 février.

Ma lettre n'étant point partie le dernier ordinaire, mon très cher frère, j'y ajoute ce mot au sujet de M^^la duchesse de Bourgogne. Elle m'a donné ce matin encore un fils ^ ; le Roi l'a nommé duc d'Anjou, et ce nom mêle rendra plus cher par rapport à vous qui l'avez porté. Il est en bonne santé et M"'®

1. Cet enfant, qui fut plus tard le roi Louis XV, naquit le 15 février à huit heures du rnatin. En en faisant part au roi d Espagne, Louis XIV lui disait : « Je souhaite que ce duc d'Anjou se rende digne comme vous de toute ma tendresse. »

la duchesse de Bourgogne aussi ; elle m'a prié de vous Caire ses compliments; je m'en acquitte et vous prie, mon très cher frère, de m aider à remercier Dieu de toutes ses grâces et d'être persuadé de la tendresse de mon amitié pour vous.

A LA REINE D'ESPAGNE

A Versailles, le 15 février 1710.

Enfin, Madame, j'ai à vous apprendre l'accouchement de M"'" la duchesse de Bourgogne ou plutôt à vous prier de prendre part à la joie qu'il m'a causé; car vous saurez sans doute avant l'ouverture de ma lettre qu'elle m'a encore donné un fils ce matin sur les huit heures. Elle m'a chargé, n'étant pas en état de vous écrire elle-même, de vous bien faire des amitiés de sa part, et je suis souvent témoin qu'elles sont bien sincères. Elle est en aussi bonne santé qu'elle peut être, quoiqu'elle ait souffert très vivement, mais pas longtemps. Pour l'enfant, je vous en souhaite bientôt un qui soit aussi fort et aussi vivant.

Cette occasion m'est bien favorable, Madame, puisqu'elle me donne celle de vous conjurer de me garder quelque part en l'honneur de votre amitié et de vous assurer que la mienne pour vous ne sauroit être plus tendre ni plus respectueuse.

Louis.

A Versailles, le 24 mars 1710.

J'ai reçu hier, mon très cher frère, votre lettre du 10 de ce mois avec la nouvelle de la flotte des Indes ' , qui est très considérable dans la conjoncture présente, et je ne doute pas comme vous que ce secours ne soit très à propos pour pousser l'Archiduc dans la prochaine campagne. Je suis persuadé que vos troupes, vous voyant à leur tète, agiront encore avec plus de courage, s'il se peut, qu'elles n'ont fait par le passé, et ma tendresse pour vous m'a fait sentir fort vivement cette résolution digne de vous que vous avez prise.

Les affaires n'avancejit nullement du côté d'Hollande ; les ennemis y persistent toujours à s'opiniàtrer dans des conditions impraticables, et le Roi n'a point encore de nouvelles que ses ministres aient eu d'autre conférence avec eux depuis celle qui se tint la première semaine de carême. Ainsi jusques ici les apparences sont bien plus pour la guerre que pour la paix, et l'on se prépare à la faire autant que les moyens que l'on a le peuvent permettre. Cependant celle du Nord tourne entièrement à l'avantage de la

1. Les galions étaient arrivés à Cadix le 2 mars; on comptait qu'elle portait trois millions déçus pour le roi d'Espagne et autant en marchandises pour les négociants français.

Suède, et l'on a eu aujourd'hui des lettres de Copenhague qui marquent que les Suédois ont entièrement défait l'armée danoise qui étoit en Schonen \ que les déhris s'en sont retirés à Helsingborg et que le roi de Danemark y a promptement envoyé plusieurs bâtiments pour tâcher de les retirer en Seeland.

Je ne vous parle point de la prompte moit de Monsieur leDue^, étant une chose vieille présentement; ce sont de ces exemples qui font trembler et qui, quoique fréquents depuis quelque temps, ne font cependant pas plus d'impression sur le monde que s'ils ne pouvoient pas regarder chacun en particulier.

La santé de M""" la duchesse de Bourgogne et celle de mes enfants est parfaite, Dieu merci ! et, comme je sais l'intérêt que vous y prenez, je crois que vous trouvez bon que je vous dise ce petit mot.

Voilà, mon très cher frère, tout ce que je sais présentement. Conservez-moi toujours votre amitié ; je la mérite par la tendresse inexprimable que j'ai et aurai toute ma vie pour vous. Faites, je vous prie, bien des compliments pour moi à la reine.

Louis.

1. C'était le général Steinbeck qui commandait les troupes suédoises.

2. Louis III de Bourbon-Condé, duc de Bourbon, petit-fils du grand Condé et mari d'une des lilles du Roi et de M™'' de Montespan. Il mourut d'apoplexie dans la nuit du lundi au mardi gras (3-4 mars). Saint-Simon a raconté cet événement et tracé un saisissant portrait de ce prince [Mémoires, édition Boislisle, tome XIX, p. 50 et suivantes).

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CLXXf.

A Versailles, le 5 avril 1710.

Le sieur Coùervo, ingénieur, passant en Espagne \ montrés cher frère, pour servir près de vous, je l'ai chargé de cette lettre à la recommandation d'un frère qu'il a huissier de M"^ la duchesse de Bourgogne. Le comte de Bergeyck pourra vous rendre compte de ses services; je sais qu'il étoit à l'attaque de Bruxelles, il y a deux ans, et qu'il fut assez heureux de huit ingénieurs d'échapper seul à l'attaque du chemin couvert. Je ne doute pas, si vous êtes content de ses services, que vous n'ayez égard à lui d'une manière particulière.

Il n'y a rien de nouveau de nulle part. Vous saurez déjà sans doute les troubles arrivés en xingleterre et la défaite entière des Danois en Schonen, qui ont repassé la mer.

Il ne me reste donc, mon très cher frère, qu'à

1. Nous n'avons pu identifier ce personnage. Le prince va dire plus bas qu'il était frère d'un huissier de la duchesse de Bourgogne ; mais, dans l'état de la maison de la princesse, aucun nom ne se rapproche de celui-là, qui est sans doute mal écrit.

2. Une sédition, provoquée par la levée des impôts, avait en effet éclaté à Londres à la fin de mars; mais les nouvelles qui en venaient en France étaient très exagérées ; voyez les Mémoires de Sourc/ics, tome XII, p. 187-188 et 190.

VOUS embrasser et vous prier d'aimer toujours un frère qui vous est bien tendrement attaché. Faites, s'il vous plaît, mes compliments à la reine.

Louis.

A Versailles, le 27 avril 1710.

Voilà déjà la campagne ouverte en Flandres, mon très cher frère, et les ennemis selon leur promesse vont faire le siège de Douay. Ils se sont présentés le 20 au canal de la Deûle, au-dessus du fort de la Scarpe, au nombre de cent vingt bataillons et deux cents escadrons. Le maréchal de Monlesquiou, qui n'avoit à Lensque trente-trois bataillons, s'est retiré derrière la Scarpe près de Douay, et de là auprès de Cambray, où l'armée s'assemblera incessamment. Les ennemis ont investi Douay le 23 ; Albergotti y commande ; il a vingt bataillons desmeilleures troupes du Roi et deux régiments de dragons et, quoique cette place ne soit pas des meilleures, je suis persuadé qu'il s'y défendra vigoureusement et donnera le temps à notre armée et à celle de l'ennemi de se joindre, si elles le désirent.

Les négociations d'Hollande languissent ; cependant il y a près de quinze jours que ledernier courrier est parti, et l'on n'en a pas encore la réponse. Les fêtes peuvent en avoir été cause en partie ; mais je crois que la principale est que les ennemis croient

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appuyer leurs demandes par les opérations de leur armée. Il faut espérer de la bonté de Dieu qu'après s'être servi d'eux pour nous châtier, il punira enfin leur injustice et que les succès ne seront pas tels qu'ils se les promettent. Ils travaillent cependant à augmenter encore le nombre de leurs troupes ; ils ont fait conclure une neutralité entre la Suède et le Danemark pour les États que ces deux couronnes possèdent en Allemagne et pour le Jutland, et achètent, à ce que l'on dit, huit ou dix mille Suédois ^ ; enfin l'Angleterre et la Hollande font les maîtres partout, et c'est cet orgueil qui me fait espérer qu'enfin Dieu les humiliera.

Vous apprendrez par ce courrier le mariage du duc de Vendôme qui épouse M"^ d'Enghien ^. Il y avoit déjà quelques années qu'il en avoit été question ; mais feu Monsieur le Prince et feu Monsieur le Duc s'y étoient opposés-^. Cette affaire s'est conclue ces derniers jours et a été déclarée hier au soir ; le mariage se fera à Sceaux sans cérémonie pendant le séjour du Roi à Marly, qui y va demain pour trois

1. Le même jour, 27 avril, Dangeau écrivait dans son Journal (tome XII, p. 144) : « Toutes les nouvelles que l'on débite du roi de Suède sont si incertaines qu'on n'y sauroit ajouter foi. ))

2. Marie-Anne de Bourbon-Condé, dite M'" d'Enghien, fille du duc de Bourbon dont on a vu la mort dans une lettre précédente, fut mariée le 15 mai au duc de Vendôme. Saint-Simon {Mémoires^ tome XIX, p. 109-115) n'a pas manqué de relever les réflexions, plaisanteries et chansons que fit faire ce singulier mariage.

3. Cette union fut l'œuvre du duc du Maine, beau-frère de la princesse.

semaines. Cela n'empêchera point le duc de Vendôme d'aller servir sous vos ordres, lorsque le Roi jugera à propos de vous l'envoyer, et je souhaite de tout mon cœur qu'il réussisse.

Je vous crois bien près à présent de vous trouver à la tête de votre armée et ne doute pas que les moments ne vous paroissent longs. S'il nous pou- Yoit arriver un succès en Flandres en même temps qu'un à vous en Catalogne !

Les ennnemis, à ce que j'espère, ne seront pas longtemps sans changer de langage. C'est sur cela comme sur toute autre chose qu'il faut mettre notre confiance en Dieu, et nous en avons plus besoin que jamais à mesure que les moyens humains manquent ou diminuent.

Voilà, mon très cher frère, et les nouvelles présentes et mes sentiments sur votre situation ; je ne doute pas que les vôtres ne soient les mêmes ; ceux de mon cœur pour vous sont toujours tels qu'ils ont été et qu'ils seront toute ma vie.

Faites, je vous prie, bien des compliments à la reine, par lettres sans doute. Je me réjouis avec elle et avec vous de ce que la princesse des Ursins demeure en Espagne ^

Louis.

1. Il avait été sourdement question que M"^ des Ursins revînt en France ; mais peut-être n'était-ce qu'une habileté pour consolider sa situation enEspagne.

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A Marly, le l"mai 1710.

Le marquis de Thouy' partant pour aller vous servir, mon très cher frère, je profite de cette occasion pour vous renouveler les assurances de ma tendre amitié. C'est un bon officier et qui pourra vous être utile ; vous le connoissez déjà ; ainsi je ne crois pas nécessaire de vous en rien dire davantage.

La tranchée n'est point encore ouverte à Douay"^, et les dernières conférences des ambassadeurs du Roi avec les députés d'Hollande marqvient plus que jamais l'éloignement de la paix, pour cette campagne surtout.

Il n'y a rien du reste de nouveau. Conservez-moi toujours votre amitié, je vous en supplie, mon très cher frère, et soyez persuadé que la mienne pour vous durera autant que ma vie.

Louis.

1. On a déjà vu (tome I, p. 50) que le marquis de Thouy, nommé lieutenant général en 1704, avait servi en Espagne pendant la campagne de cette année ; revenu en 1710 au service de Philippe V, il reçut presque dès son arrivée le grade espagnol de capitaine général et ne revint en France qu'en 1715.

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