CLXXXVII
A Versailles, le 2 février 1711.
J'étois à Rambouillet à la suite de Monseigneur pour une partie de chasse', lorsque je reçus la lettre que vous m'avez écrite le 8 du mois dernier, mon très cher frère. Je trouvai à mon retour que le Roi s'étoit déterminé au contraire de ce que vous pouviez désirer sur le passage des recrues que vous vouliez tirer des Pays-Bas. Je ne vous répéterai point les raisons qui y ont engagé le Roi ; tout ce que je vous puis assurer, c'est qu'il faut qu'elles aient été bien convaincantes ; car le Roi est plus déterminé que jamais à soutenir vos intérêts, et, pour moi, vous me trouverez toujours prêt à vous servir en tout ce qui dépendra de moi. La réunion de nos intérêts et l'amitié tendre quej'ai pour vous doivent vous être de bons garants.
Nous n'avons point eu de nouvelles du siège de Girone depuis le 15 du mois dernier, ce qui est très long et donne quelque inquiétude ; j'espère
1. Dangeau dit le dimanche 18 janvier (p. .324) : « Monseigneur et Messeigneurs ses enfants, et aussi Monsieur le Duc, allèrent l'aprcs-dînée à Rambouillet, d'où ils reviendront mercredi pour le Conseil. »
AU ROI d'eSP.VGNE PHILIPPE V. 79
néanmoins que Dieu fera finir cette entreprise lieureusement. Je prends part à la joie que vous aurez eue de revoir la reine et le prince votre fils, après une absence si fâcheuse dans son principe.
J'oubliois de vous dire que le dessein que vous me marquez avoir d'établir vos quartiers dans le cœur de la Catalogne me paroi t fort bon ; les ennemis se trouveront bien resserrés et mourroient de faim, s'ils n'avoient la mer. Il est vrai que le petit nombre auquel ils sont réduits leur donnera lieu de subsister plus facilement. On ne sauroit assurément trop remercier Dieu de la manière dont il a conduit vos affaires ; je le fais comme vous m'en priez, et lui demande aussi pour vous ce que vous désirez pour l'accomplissement de vos devoirs.
J'ai reçu du duc de Vendôme les compliments dont je vous envoie la réponse. Je suis ravi qu'il vous serve bien et vous répéterai encore que je n'ai point mis sur son compte ce dont on l'a voulu charger à mon égard ' .
Adieu, mon très cher frère, faites bien mes compliments à la reine, je vous en prie ; aimez-moi toujours et soyez persuadé de la sincérité de ma tendresse pour vous.
Louis.