Dangeau, tome XIII, p
2. Victor-Araédée-Philippe-Joseph, né en 1699, avait à peine douze ans ; le projet de mariage avec Marie-Josèphe d'Autriche, fille aînée du défunt empereur Joseph, ne fut pas poursuivi, et le jeune prince mourut en 1715.
3. La longueur de ce séjour avait été déterminée par la mort du Dauphin.
entiers que je n'y ai été, et j'espère y faire plus d'exercice que je ne fais depuis du temps, ce qui sera bon pour ma santé.
Adieu, mon très cher frère ; j'oubliois de vous dire que je travaille au payement des dettes de feu Monseigneur, qui iront à cent mille écus ou environ ^ avant que de faire le partage de la succession ; il y a encore beaucoup de bagatelles que l'on n'a pas fait entrer dans l'inventaire, et je crois que vous ne le trouverez pas mauvais. Je vous dis ceci, afin que vous soyez instruit de tout, et je regarderai votre silence comme une approbation, si vous ne m'en dites rien de particulier. Quant au partage, le Roi a jugé que la renonciation de mon frère de Berry à la succession de feu Monseigneur étoil valable parce que, le domaine de la couronne étant substitué. Monseigneur avoit donné l'apanage aussi bien que lui ; il lui a donc donné en augmentation d'apanage la portion qui revenoit à la couronne qui consiste environ en quatre cent mille livres de meubles, pierreries, etc., et en deux cent mille livres sur Meudon, dont je lui ferai la rente au denier vingt, en retirant la terre, et, pour votre part, elle sera entièrement en meubles, pierreries, etc., ce qui montera aux environs de six cent mille livres, et, pour la mienne, ayant Meudon et la moitié de la terre et retirant le reste, il me restera encore environ deux cent mille
1. C'était le chancelier de Pontchartrain qui était chargé du règlement des dettes du Dauphin et du partage de la succession entre les trois fils. Le présent passage a été cité par M. le comte d'IIaussonville dans /a Duchesse de Bourgogne, tomelV, p. 117-
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livres de meubles, les deux cent mille autres étant employées à votre remplacement du quart de la terre de Meudon, Chaville, etc. Le tout sera les dettes non comprises, qui étant acquittées d'avance, il restera encore douze cent mille livres pour le moinsd'cFfels mobiliers ' .
Adieu, mon très cher frère, je vous embrasse de tout mon cœur et vous prie de m'aimer toujours autant que je vous aime.
Louis.
A LA REINE D'ESPAGNE
A Marly, le 13 juillet 1711.
J'ai reçu avec un extrême plaisir, Madame, la lettre que vous me fîtes l'honneur de m'écrire le 24 du mois dernier. Les marques, que vous m'y donnez toujours d'une amitié qui m'est si précieuse, jointes à la part que vous avez prise à notre commune douleur, onl été pour moi bien sensibles. Mais je ne l'ai pas été moins de voir une assurance certaine du rétablissement de la santé de Votre Majesté, qui m'a donné de si justes inquiétudes et dont j'apprends l'affermissement de jour en jour.
Vous verrez. Madame, dans la lettre que j'écris au roi une action heureuse qui s'est passé hier en
1. Voyez, sur le règlement définitif de cette succession, les Mémoires de Saint-Simon, édition Boislisle, tome XXII, p. 32-
Flandres et qui, quoique médiocre, doit néanmoins rabattre un peu l'orgueil de nos ennemis. J'espère que Dieu achèvera de rétabli r nos affaires et qu'il nous conduira à une bonne et solide paix.
Conservez-moi toujours votre amitié, Madame, je vous en conjure, et faites-moi la justice de croire que rien n'égale la tendresse et la sincérité de celle que j'ai pour Votre Majesté.
Louis.
ce.
A Fontainebleau, le 5 août 1711.
Je commencerai cette lettre, mon très cher frère, par vous accuser la réception de la vôtre du 22 du mois passé, qui m'a fait beaucoup de plaisir, en ayant toujours lorsque j'ai quelque marque de votre amitié. Beaucoup d'affaires qui m'ont occupé les dernières semaines m'ont empêché de vous écrire, et j'ai pris enfin l'occasion du départ du marquis de Bonnac ' pour vous envoyer celle-ci. Je le charge de vous témoigner toute ma tendresse et lui ai dit qu'il n'en pouvoit trop dire, étant telle qu'elle doit et qu'elle a toujours dû être.
Je ne vous parlerai point des choses dont il doit vous instruire et des ordres qu'il porte en Espagne ;
1. Jean-Louis d'Usson, marquis de Bonnac, après avoir été envoyé du Roi à Cologne, à Wolfenbûttel et en Pologne, venait d'être désigné comme ambassadeur en Espagne.
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je ne doute pas qu'il ne s'acquitte bien de sa première commission et que vous n'entriez vousmême dans tout ce qui vous sera justement demandé. Je ne doute pas aussi que cela ne paroisse d'abord aller bien loin ; mais vous devez considérer de quel état nous sommes sortis et quelle différence il y a des choses présentes aux choses passées. Vous n'oublierez pas non plus tout ce que nous avons souffert pour vous et que, nos intérêts étant devenus inséparables, chacun doit contribuer au grand ouvrage dont il s'agit ; mais il est juste que vous v contribuiez davantage, étant la cause de tout et y ayant un intérêt essentiel ^ .
J'avois été inquiet de la rechute de la reine, et j'ai appris avec plaisir qu'elle n'a point eu de suite. Vous saurez sans doute assez les nouvelles courantes sans que je vous en entretienne ici.
Je ne me suis pas trompé lorsque je vous ai dit que je meporterois mieux ici qu'àMarly. L'exercice me fait des merveilles et me rendra, à ce que j'espère, plus propre à entrer dans les matières sur lesquelles il faudra que je travaille. Je souhaite que votre armée puisse entrer bientôt en campagne et avec des succès heureux et que tout finisse enfin d'une manière avantageuse. Voilà, mon très cher frère, tout ce que vous aurez de moi pour ce soir ; après quoi je vous embrasserai tendrement vous
1. Les points sur lesquels M. de Bonnac devait s'efforcer d'obtenir l'adhésion de Philippe V ont été exposés dans Philippe V et la cour de France^ tome I, p. 445 et suivantes, et dans le Recueil des instructions aux ambassadeurs en Espagne^ par Morel-Fatio, tome II, p. 188 et suivantes.
demandant de m'aimer toujours comme je le mérite par ma tendre amitié pour vous.
Louis.
A LA REINE D'ESPAGNE
A Fontainebleau, le 5 août 1711.
Le départ du marquis de Bonnae, qui va résider auprès du roi mon frère, me fournit, Madame, une heureuse occasion de vous renouveler moi-même les témoignages de la plus sincère amitié. Je l'ai chargé de vous en assurer sans crainte d'en trop dire ; trop de raisons m'y engagent pour qu'elle ne soit pas telle qu'elle le doit ; mais une des principales est de me flatter d'avoir part dans la vôtre; c'est de quoi je vous prie d'être persuadée, Madame, et que je regarderai toujours l'honneur de votre amitié comme une des choses du monde qui m'est la plus chère et dont je vous demande plus instamment la continuation.
Louis.
A Fontainebleau, le 31 août 1711.
Je trouve aujourd'hui, mon très cher frère, que j'ai à répondre à deux de vos lettres, et suis ravi de
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pouvoir, en le faisant, vous renouveler les témoignages de ma tendre amitié.
Il me paroît que la campagne se recule bien en Catalogne. Il auroit été fort à souhaiter que l'on eût pu agir plus tôt ; mais je sais les impossibilités qui s'y sont trouvées, et il n'y a qu'à souhaiter que tout aille ainsi qu'il le faut et comme vous le désirez, quand on sera en état d'agir. Il est bon cependant de s'emparer des châteaux qui servent de retraite aux miquelets, et de réparer par là autant qu'il est possible une inaction forcée.
Vous aurez su que nous avons encore le désavantage en Flandres et que les ennemis, après les mouvements les plus hardis, ont trouvé moyen non seulement de placer un quartier entre Bouchain ^ et le camp retranché que nous avons à Marquette de l'autre côté du Sanset, mais même d'ôter la communication qui restoit de l'armée avec cette place et de l'investir entièrement-. Ils ont ouvert la tranchée le 22 au soir, et, quoique la place soit aussi bien munie qu'on le peut désirer, il est à craindre qu'elle ne puisse faire une longue résistance, étant très petite et la basse ville très médiocrement fortifiée. Il
1. Cette place, située sur une hautenr, à la gauche de l'Escaut, commandait le cours de la rivière et interceptait le passage entre Cambray et Valenciennes, et Marlborough était venu l'assiéger au commencement d'août.
2. Villars, campé à Marquette, avait conservé avec Bouchain une communication consistant en un chemin de fascines à travers les marais ; elle était gardée par deux mille hommes aux ordres d'Albergotti. Le 19 août, dans la nuit, Marlborough parvint à refouler ces troupes et à investir complètement la place.
est vrai que la véritable place tiendra indépeiidamment de la basse ville ; mais ce ne pourra être longtemps. Je n'entre point ici dans ce que l'on auroit pu faire de mieux pour la paix, étant impossible de juger d'ici de pareilles choses. Pour l'avenir, la prise de Bouchain donnera aux ennemis l'avantage de nous prévenir du côté de la Sambre et de Valeneiennes, ou de celui d'Arras, sans que l'on puisse les garder en même temps, et leur donner ainsi lieu de faire de nouvelles entreprises, ce qui est toujours fort désagréable.
Nous n'avons point encore de nouvelles des choses dont M. de Bonnac vous aura instruit, et je les attends avec une extrême impatience. Celles d'Allemagne et de Pologne parlent toutes d'un grand combat entre les Turcs et les Moscovites, et l'on attribue la victoire aux uns et aux autres, selon qu'il convient à ceux qui donnent ces nouvelles, sans que l'on puisse en savoir la vérité.
On dit que l'élection de l'Empereur se retarde et que le roi Auguste et l'électeur de Brandebourg veulent auparavant faire rétablir les électeurs de Cologne et de Bavière ^. Il seroit bien heureux que leur intérêt propre les portât à contribuer à une chose qui nous seroit aussi avantageuse et avanceroitla paix d'un article difficile à traiter.
Je crois la guerre finie du côté du Dauphiné depuis la retraite de M. le duc de Savoie pour aller aux eaux^, ainsi que vous le saurez déjà, et le maréchal
1. Cette nouvelle était fausse; les électeurs de Bavière et de Cologne, mis au ban de l'Empire, furent exclus de l'élection.