Victor-Amédée, mécontent de l'Empereur et voulant s'as
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de Berwick a été joint par les troupes qui venoient d'Allemagne, ce qui me fait penser que l'on peut être tranquille sur ce côté.
Le Roi ne s'est point encore expliqué sur le temps qu'il partira d'ici ; tout le monde en fait des conjectures; mais, dans le fond, personne n'en sait rien, et moi tout le premier. Comme je m'y trouve à merveilles, j'attends sans impatience que le Roi décide sur son départ, et j'avoue que j'en serai fâché, ayant été ravi de m'y revoir au bout de quatre ans d'interruption. Je me souviens toujours que c'est proprement ici que nous avons passé les derniers temps que nous avons été ensemble, et ce souvenir m'est en même temps agréable et douloureux.
Voilà bien des matières diverses, mon très cher frère, sur quoi j'aurois pu m'étendre encore davantage; mais je crois que cela suffit pour aujourd'hui, que j'ai déjà travaillé, et ce que j'ai à faire n'est pas encore fini ; il est vrai que cela a été coupé par la chasse d'un gros cerf qui n'a pas duré trois quarts d'heure et qui a été chassé en perfection. L'on a besoin de ces sortes de délassements quand on veut s'appliquer tout de bon comme on doit aux choses que l'on a à faire.
Adieu, mon très cher frère, je vous embrasse bien tendrement; faites bien mes compliments à la reine, et soyez persuadé que je vous aime autant que je le dois ; c'est tout dire.
Louis.
surer des conditions plus avantageuses de la part de la France et de l'Espagne, s'était contenté de paraître sur la Ironiière du Dauphiné et était rentré peu après dans ses Etats.
ccm.
A Fontainebleau, le 7 septembre 1711.
Je suis ravi, mon très cher frère, que vous souhaitiez que notre commerce de lettres devienne plus régulier présentement qu'il n'a été dans les derniers temps ; je vous assure que je m'en acquitterai avec bien du plaisir, et je ne doute pas que vous ne le fassiez de votre côté comme vous m'en assurez.
L'on renvoie aujourd'hui un courrier que l'on a gardé quelques jours pour vous donner des nouvelles plus fraîches de l'affaire en question. Vous verrez que le commencement va bien, que notre envoyé a été reçu à merveilles, qu'il trouve moins de difficultés que l'on auroit lieu d'en craindre, et j'espère que Dieu conduira tout ceci à une bonne fin^.
Les ennemis poussent vivement les attaques de Bouchain, et il est à craindre que la place n'aille pas loin ; on leur a cependant battu trois bataillons et un fourrage, et l'on a pris quelques-uns de leurs généraux, ce qui servira à en échanger des nôtres -.
Le prince Eugène a passé le Rhin à Philipsbourg
1. C'est une allusion aux négociations secrètes engagées en Angleterre par Mesnager et l'abbé Gaultier.
2. Les Mémoires de Sourches (tome XIII, p. 184) racontent ces petits combats.
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le J" de ce mois' ; ce mouvement ne donne nulle inquiétude au maréchal d'Hareourt, qui croit que les ennemis n'ont d'autres vues que de trouver à subsister aisément le reste de la campagne. Je ne sais rien du Dauphiné et vois, par les nouvelles d'Hollande que l'on reçoit dans ce moment, la confirmation de la bataille entre les Turcs et les Moscovites, qui a duré trois jours. Il paroît qu'elle n'a point été décisive, que les Turcs ont le plus perdu et que la paix a été conclue, aux conditions que les Moscovites rendront aux Turcs tout ce qu'ils ont pris sur eux depuis cette guerre ; que le roi de Suède sera reconduit dans ses États avec deux mille chevaux et que le (Izar a envoyé son chancelier à Constantinople pour faire ratifier ce traité-.
Voilà tout ce que je sais à vous mander pour aujourd'hui, mon très cher frère ; car on ne sait point encore quand on partira d'ici, le Roi ne s'en étant point expliqué. L'on soupçonne fort cependant que ce sera lundi prochain, 14 de ce mois, et je le crois assez, non sans regret, me plaisant fort ici. Aimezmoi toujours, mon très cher frère, autant que je le mérite par la tendre amitié que j'ai pour vous.
Louis.
1. Il alla camper au Spirebach, dans les environs de Spire [Dangeau, tome XIII, p. 472).
2. La bataille avait été livrée le 19 juillet et avait été désastreuse pour l'armée de Pierre le Grand, qui fut trop heureux de sauver sa personne et le reste de ses troupes en corrompant le grand vizir pour obtenir une paix en réalité très désavantageuse pour la Russie.
A Versailles, le 20 septembre 1711.
Le courrier que vous dépêchâtes ici, mon très cher frère, étant arrivé à Fontainebleau il y a luiit jours, la veille que le Roi en devoit repartir, j'ai attendu qu'on le renvoyât pour faiie réponse à la lettre qu'il m'apporta, et j'en ai reçu encore une hier en sorte que je joindrai la seconde réponse à la première. Je ne peux qu'être ravi des sentiments de tendresse dont elles sont remplies ; celle que j'ai pour vous n'est pas moindre, et j'espère que, tant que nous vivrons, nous persisterons dans les mêmes sentiments. La manière dont vous avez répondu à la commission dont le marquis deBonnac étoit chargé ne pou voit nous être plus agréable ; vous avez fait des choses pour le bien de la paix que l'on devoit attendre de votre générosité, et vous n'avez pas moins agi en petit-fils pour les intérêts d'un grand-père qui vous aime certainement comme vous pouvez le désirera Ce courrier vous apprendra que votre réponse ne pouvoit arriver plus à propos, puisqu'il falloit parler ; mais j'ai eu la joie devoir que notre fermeté a sauvé déjà le plus important. Je ne me puis expliquer clairement dans une lettre qui, n'étant point chiflrée, pourroit être interceptée et tom-
oir Plnlippe V et la cour de France, tome I, p. 453.
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ber entre les mains des ennemis, s'ilarrivoit quelque accident au courrier. On peut dire aussi qu'après Dieu c'est à votre fermeté et à votre constance que vous devez votre couronne ; il est vrai qu'il vous en coûtera, et j'entre dans la peine que cela doit vous faire ; mais plus le sacrifice que vous faites pour les intérêts de la France est grand, plus dois-je vous en témoigner ma reconnoissance et le faire aussi au nom de tous les François. Pour ce qui regarde le ménagement de vos intérêts, il ne peut être en de meilleures mains qu'entre celles du Roi. Vous le verrez bien par ce qu'il a déjà fait et gagné ; il continuera de même, et pour moi vous pouvez être persuadé que je ne m'y oublierai pas ; car, outre que je travaille en cela pour la justice, je considère que c'est en faveur d'un frère que j'aime tendrement et que j'ai tant de raisons d'aimer. J'espère que tout ceci aura une heureuse fin et que Dieu, qui conduit visiblement tous les événements de cette guerre, la fera enfin terminer par une paix moins désagréable que celle dont il a été question par le passé et qu'il est à désirer d'oublier à jamais.
Bouchain est rendu du 12', et la garnison, prisonnière de guerre, sera échangée homme par homme. Je ne sais si Ravignan, qui commandoit, y sera compris, parce que les ennemis prétendent qu'il n'étoit pas libre, ayant était fait prisonnier à Tournay et point échangé-. Il a cependant servi ces
1. C'est le 13 septembre seulement que Bouchain battit la chamade ; le texte de la capitulation fut inséi'é presque aussitôt dans la Gazette d'Amsterdam, n° lxxv.