‹ LettresChapitre 36 sur 74 · Correspondance de Féne/oii, tome I, p · texte numérisé non relu

Correspondance de Féne/oii, tome I, p

2. Jacques-François de Johanne, marquis de Saumcry, sousgouverneur des enfants de France en 1690, n'avait pas été disgracié en même temps que Fénelon, quoique très lié avec lui, grâce au duc de Beauvillier, qui avait répondu au Roi de sa loyauté.

A Madame de Malnlenon '.

Au camp de Xanten, le 3 mai 1702.

J ai cru, Madame, ne devoir point vous écrire que pour vous rendre compte de mon heureuse arrivée à l'armée, et de mon passage, que les ennemis n'ont nullement songé à inquiéter. J'espère que le Roi cessera d'être dans l'inquiétude où je crains que ce passage ne l'ait jeté. J'avoue qu'il pouvoit y paroître d'abord quelque fondement; mais, quand on est venu au fait et au prendre, nos précautions ont paru à leur tour presque inutiles, et nous n'avons pas eu seulement de nouvelles des ennemis. Au reste, Madame, comme je sais que vous étiez vous-même en quelque inquiétude sur ma santé, je puis vous assurer qu'elle est très bonne, que je mange avec grand appétit et dors fort bien, quoique j aie assez fatigué depuis quelques jours. J'espère qu'en me ménageant et m'épargnant les fatigues inutiles, le reste de la campagne ira de même. Je ne puis finir ma lettre sans vous renouveler les témoignages d'une amitié qui, quoi qu'on en ait pu dire, est très sincère, et vous prier de me conserver celle dont vous m'avez toujours donné tant de marques.

Louis.

Si je songe à me conserver de ce côté-ci, songez aussi je vous prie, à conserver une personne à qui vous savez

1. Autographe de la Bibliothèque du Louvre ; Mélanges publics par la Société des Bibliophiles français, 1822, p. 53; Lavallée, Correspondance générale de M^'^ de Maintenons tome V, p. 155.

que je prends quelque intérêt* ; car j'aurois peur qu'elle ne se fît malade, et vous êtes la seule de qui elle pourra suivre les conseils là-dessus.

A Madame de Maintenon '.

Au camp de Xanten, le 26 mai 1702.

Quand j'aurois des affaires plus fréquentes et plus pressées que celles qui m'ont occupe jusqu'ici, je serois bien fâché, Madame, de ne pas trouver quelquefois le temps de vous faire souvenir de moi et de vous remercier des avis que vous m'avez donnés dans votre lettre. J'en ai profité sur-le-champ, et j'ai écrit au Roi plusieurs lettres de suite, pour lui rendre compte des choses à mesure qu'elles arrivoient. Mais ce qui me fait un extrême plaisir, c'est qu'il me revient de tous côtés que le Roi est content de moi. J'avoue que c'est ce que je désirois avec le plus d'empressement, et j'espère que, s'il se trouve à faire quelque chose de plus considérable que ce qui s'est passé usqu'ici, je continuerai toujours à mériter son approbation. C'est à quoi je prétends m'appliquer principalement, et je suis sûr que vous ne désapprouverez pas ce dessein. Je n'ai pas encore eu jusqu'ici des choses bien agréables à conduire, et tous les gens qui sont ici conviennent qu'ils n'ont jamais vu un pareil commencement de campagne. Le convoi qui va arriver demain ou après nous mettra

Page 1