Après le combat livré le 11 sous les murs de Nimègue
Au maréchal Catinat^.
Au camp de Hassuni, le 6 juillet 1702.
Je n'ai pu faire plus tôt réponse à votre lettre, Monsieur, parce que je la reçus la veille du jour que nous marchâmes, et que depuis j'ai été occupé à visiter les environs de mon camp comme vous savez bien qu'il laut faire. jXous vous enverrons incessamment le détachement, qui n'est pas à la vérité si fort que vous le demandiez, mais qui ne sauroit être plus grand tant que nous voulons tenir la campagne en ce pays-ci contre les ennemis. J'aurois souhaité que nous eussions été plus en état de vous aider à faire quelque chose d'avantageux pour le Roi et de glorieux pour vous, pour qui, Monsieur, je vous prie d'être persuadé que j'ai une estime toute particulière.
1. Publiée, avec un fac-similé, dans les Mémoires de Catinat, torae III, p. 165-160. L'auteur de la publication, Le Bouyer de Saint-Gervais, a attribué cette lettre au prince Louis de Bade. — Catinat commandait alors l'armée du Rhin.
A Madame de Maintenon '.
Au camp de Baelen, le 26 août 1702.
Vous ne vous êtes certainement pas trompée, Madame, quand vous m'avez dit, par votre lettre du 16, que je verrois que le Roi étoit content de moi par la lettre qu'il m'avoit écrite la veille, et je ne saurois vous dire quelle joie j'en ressens. Vous savez déjà sans doute ce qui m'a empêché de vous faire réponse plus tôt, et ce qui s'est passé ici porte ses excuses lui-même. Je vous puis assurer. Madame, que je ne me ressouviens en aucune façon du repas dont vous me parlez, et que je pourrois même dire qu'il ne s'en est point passé de tel chez moi. Vous savez bien que je n'en goùterois pas le dernier chapitre, et, pour le premier, il y a trop de raisons pour m'empêcher des repas à l'excès, et, quand il n'y auroit que celle que cela déplairoit au Roi, certainement cela ne m'arriveroit point. Je suis ravi, Madame, que vous ayez été assez persuadée de ma sincérité, pour vous adresser à moi dans une affaire où j'aurois eu grand tort, mais que je vous aurois avouée avec la même ingénuité, si elle avoit été véritable. Je vous assure encore. Madame, que je suis très sensible à cette marque d'amitié et de confiance, et qu'elle n'augmente pas peu la véritable amitié que j'ai pour vous.
Louis.
1. Autographe de la Bibliothèque du Louvre ; Mélanges publiés par la Société des Bibliophiles français, 1822, p. 59 ; Lavallée, Correspondance générale de M^^ de Maintenon , tome V, p. 170.
Je viens d'apprendre le combat qui s'est donné en Italie ', Madame, et je ne doute pas qu'il ne vous cause une grande joie. Vous voulez bienque j'y joigne la mienne, et que je vous prie d'y prendre aussi un peu de part.
A Fénelon, aichevêque de Cambray ^.
A Malines, le 6 septembre 1702,
Je ne saurois repasser à portée de vous sans vous témoigner le déplaisir que j'ai de ne point user de ma permission, et de ne point vous revoir, ainsi que je l'avois espéré. Cette lettre vous sera rendue par un moyen sûr. Ne chargez point de réponse par écrit celui qui vous la rendra, et, si vous m'en faites, que ce soit par M. de Beauvillier, sans y mettre de dessus. Je vous prie d'être persuadé de la continuation de mon amitié pour vous, qui assurément ne peut être plus vive, et qui a toujours été telle, comme je ne crois pas que vous en doutiez, et de vous ressouvenir incessamment de moi dans vos prières. Peut-être sera-t-il encore mieux que je ne vous voie pas la veille ou le jour même que j'arriverois à Versailles. Cela n'est pas la même chose, quand on doit être quelque temps dehors, et les idées sont plus effacées. Adieu, mon cher archevêque; il n'est pas besoin de vous recommander le secret sur cette lettre, ni de vous assurer de la tendre amitié que je conserverai en Dieu pour un homme à qui j'ai tant d'obligations qu'à vous.
Louis.