Correspondance de Fénelon, tome f, p
A Madame de Maintenons Au camp de Schleittal, le 14 juin 1703.
Nous attendons ici avec bien de l'impatience, Madame, la réponse du Roi à la lettre que M. le maréchal de Tallard lui écrivit de Strasbourg 2 , jg crois que vous en aurez été contente, et que vous verrez clairement présentement que c'étoit avec raison que j'avois lieu de désirer, l'hiver passé, devenir ici.
Au reste. Madame, j'apprends par la voie publique que notre princesse, comme vous l'appelez, a des commencements d'incommodités de grossesse, sans qu'elle ni personne de ce qui l'approche m'en ait mandé un seul mot ^. Pour elle, je crois qu'elle m'a oublié : voilà deux ordinaires que je n'ai point reçu de ses lettres, et celle qui me vint il y a huit jours étoitduSl mai, et la seconde depuis que je suis parti. Vous devriez en vérité lui reprocher un peu cette irrégularité. Pour le cas de la grossesse, je vous supplie, Madame, d'avoir encore plus d'attention à elle pendant mon absence, si elle l'est, que si j'étois auprès d'elle. Elle m'a bien promis de se conserver en ce cas-là ; confirmezlà dans ce dessein, et, quoiqu'elle en connoisse toutes les conséquences, représentez les lui de temps en temps. Je
1. Lavallée, Correspondance générale de M™* de Maintenon, tome V, p. 210, d'après les manuscrits des dames de Saint-Cyr.
2. Lettre du 8 juin, proposant au Roi de marcher sur Weissemhourg [Mémoires lyiilitaires, tome III, p. 388-393].
3. Dangeau l'annonce en effet le 8 juin, mais le dément le 14 (tome IX, p. 208 et 213).
sais l'intérêt que vous prenez à tout ce qui me regarde, et qui, en cette occasion regarde aussi le bien de l'Etat. Ainsi, Madame, j'espère que vous n'oublierez rien de ce qui peut la conserver en cas de grossesse, et la piquer d'honneur dans sa paresse d'écrire. Je vous demande pardon, si, dans ce dernier article, il y a de mon intérêt seul ; mais j'espère aussi que vous voudrez bien me donner cette marque d'amitié, et être persuadée que personne n'en a une plus sincère pour vous.
Louis.
A Madame de Maintenon ^ .
Au camp devant Brisach, le 8 septembre 1703.
Je ne vous ai point écrit il y a très longtemps, Madame, craignant de vous incommoder, et que votre civilité ne vous portât à me faire réponse. J'ai appris avec plaisir que les eaux de Forges vous ont fait du bien, et cependant il m'est revenu depuis que vous aviez eu encore quelque accès de fièvre ; il faut espérer que ce sont les derniers efforts d'une ennemie déjà bien affoiblie, et qui dénoieront sa destruction.
Nous avons pris cette place ^ en bien moins de temps que nous ne l'osions espérer d'abord, et, si nous ne conti-
1. Lavallée, Correspondance générale de iVf"* de Maintenon, tome V, p. 221, d'après les manuscrits des dames de Saint- Cyr.