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Correspondance de Fénelon, tome I, p

je vous prie, vos prières pour moi. J'en ai plus de besoin que jamais, étant toujours aussi foible et aussi misérable ; je le reconnois tous les jours de plus en plus. Je regarde cependant cette lumière comme venant de Dieu, qui me soutient toujours et ne m'abandonne pas absolument, quoique souvent je ne sente que de la froideur et de la paresse, qu'il faut tâcher de surmonter moyennant sa grâce. J'ai eu aussi depuis quelque temps des scrupules, qui quelquefois m'ont fait de la peine. Voilà à peu près l'état où je suis présentement. Aidez-moi donc de vos conseils et de vos prières. Pour vous, vous êtes tous les jours nommément dans les miennes ; vous croyez bien que ce n'est pas tout haut. Remerciez Dieu aussi des bons succès dont il nous a favorisés, et demandez-lui la continuation de sa protection dans une situation où les affaires en ont un pressant besoin. Je ne vous dirai rien de ce que je sens à votre égard : je suis toujours le même, et je désirerois bien que ce ne fût pas à aller en Flandres ou non qu'il tînt de vous voir ou de ne vous voir pas. Tout cela sera quand Dieu voudra. Si l'abbé de Langeron est à Cambray, dites-lui un petit mot de ma part, en lui recommandant le secret.

Louis.

Au maréchal de Tallard'^.

[Fontainebleau, 8 octobre 1703.]

Ce courrier. Monsieur le Maréchal, vous annonce deux nouvelles bien différentes : la première, qu'il vous est permis d'assiéger, c'est-à-dire de prendre Landau ; la seconde,

1. Publiée par l'abbé Proyart, Vie du Dauphin, tome I, p. 164.

que je ne serai pas témoin de vos bonnes et belles opérations l. Denonville, à force de crier que je me mettois à l'embouchure du mousquet et que c'est par miracle que je suis revenu de l'armée, est venu à bout de le persuader au lloi et à la Duchesse. Je crois néanmoins n'avoir lait que mon devoir, et je ne voudrois jamais paroître dans une armée pour en faire moins. .Te suis sûr que vous ne manquerez pas de me rendre plus de justice à l'occasion. Il ne me reste qu'à regretter de n'être pas auprès de vous ; j'entends de corps ; car j'y suis toujours de cœur, et mon amour-propre essaye de me consoler, en me rappelant que nous avons concerté ensemble le projet que vous allez exécuter. Vous et M. de Vauban y avez mis plus que moi ; mais enfin j'ai fourni mon contingent à raison de mon expérience, et cela me flattera toujours quand j'apprendrai la réussite.

Louis.

An duc de Vendôme -.

A Fontainebleau, le 10 octobre 1703.

C'est répondre bien tard à votre compliment, Monsieur, que ce que je fais aujourd'hui ; mais je n'ai reçu votre lettre qu'il y a trois jours. Vous êtes à présent dans une

1. Dangeau (tome IX, p. 316) annonce le 8 octobre que le Roi a ordonné au maréchal de ïallard d'assiéger Landau ; mais il ne fait pas d allusion au duc de Bourgogne.

2. Bibliothèque nationale, ms. Français 14177, fol. 300 v", copie.

assez rude besogne. J'espère et je souhaite que le beaupère * entende raison, sans que vous soyez obligé de lui parler du gros ton. Il a arrêté tous les courriers, en sorte qu'on n'a plus aucun ordinaire d'Italie. On dit qu'on va les faiie passer par la Suisse. S'il s'accommode, cette précaution sera inutile. Achevez, Monsieur, de lui montrer que le meilleur parti qu'il puisse prendre c'est de se fier entièrement au Roi, qui ne veut qu'être assuré de lui, sans lui faire aucun mal. Il y a longtemps que je pensois à ce qui se fait actuellement. Soyez, je vous prie, persuadé, Monsieur, que personne n'a pour vous plus d'amitié et plus d'estime que moi.

Louis.

A Philippe V, roi d'Espagne 2.

De Trianon, ce 23 juin 1705.

Monsieur mon frère,

Nous avons remercié la Providence, comme nous le devions, de l'heureuse découverte de la conspiration tramée contre Votre Majesté et ses plus fidèles serviteurs. Comment est-il possible qu'il y ait au monde des hommes

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