Le duc de Savoie, père de la duchesse de Bourgogne
2. Proyart, Vie du Dauphin, tome I, p. 280-284. Cette lettre, dont l'original n'existe pas à Alcala, et que l'abbé Proyart a donnée d'après les papiers du duc de Bourgogne qui étaient en la possession de la dauphine Marie-Josèphe de Saxe, n'a pas la même allure que les lettres intimes et familières qui font l'objet de la présente publication ; elle semble plus officielle. Peut-être peut-on penser qu'elle n'a pas été envoyée ;
assez mal inspirés pour se livrer à de pareilles atrocités ? Tant est vrai que ce que vous disoit le Roi, avant votre départ de France, que vous devez moins mettre votre confiance dans la justice de votre cause et l'aflPection générale de vos sujets que dans la protection du ciel, dont ce trait vous aura paru, comme à nous, une preuve non équivoque et qui mérite toute votre reconnoissance.
N'oubliez jamais qu'en tous pays les étrangers sont jalousés. Je ne parle pas de votre personne que l'on a appelée avec empressement et reçue avec transports et que l'on aime, mais de ceux qui vous environnent. Faites tout au monde pour conserver l'affection de la nation. L'attachement qu'elle vous témoigne mérite un juste retour de votre part, quand même il y auroit quelques sacrifices à faire, quelques répugnances à vaincre. Je voudrois donc en votre place n'employer un François que dans le cas où je ne trouverois pas un Espagnol qui pût gérer le même emploi. Soyez toujours bon françois dans le cœur, mais paroissez encore plus espagnol. Paroissez faire cas de tous ceux qui vous approchent; ne vous confiez qu'à peu, et qu'ils soient gens éprouvés. Ne vous laissez dominer par personne. Aimez à prendre conseil ; mais décidez vousmême. Votre situation demande de la fermeté, mais une fermeté soutenue. C'est en Dieu que vous la trouverez et nous savons que c'est en lui que vous la cherchez. Votre respect pour la religion et le soin que vous prenez de la faire respecter dans vos Etats, au rapport de M. le duc de Beauvillier, vous ont merveilleusement affectionné le clergé et le peuple, et même la bonne noblesse, plus religieuse chez vous que parmi nous. Il est heureux que vous trouviez vos intérêts dans le premier de vos devoirs. Le roi
cependant il serait étonnant que le duc de Bourgogne n'ait pas félicité son frère de la découverte des conspirations tramées contre lui en Espagne en 1705 [Mémoires de Saint-Simon, tome XIII, p. 56 et suivantes).
d'Angleterre s'est trouvé dans la nécessité de sacrifier son trône à sa religion, et il n'a point balancé. Pour vous, c'est au contraire par votre religion que vous affermirez le vôtre.
Pour en revenir à votre affaire, suivez-la avec prudence et sang- froid. Que les malintentionnés ne puissent pas trouver même de prétextes de vous accuser d'avoir sacrifié l'innocence à vos soupçons ou aux passions particulières de ceux qui vous sont dévoués. Mais, après que vous aurez fait instruire l'affaire suivant toutes les formes juridiques usitées dans le pays en pareilles circonstances, il faut que les coupables soient punis, de quelque rang qu'ils soient, et laisser agir la justice. La nation, que l'on dit avoir été plus alarmée que vous, applaudira à cette punition, et pourroit ne pas vous savoir gré d'une clémence déplacée. Il faut savoir étonner ces méchants par un coup de vigueur, puisque la bonté n'a pas eu d'empire sur leur cœur ; car il paroît que cette trame a été ourdie par des hommes qui ont eu part à vos bienfaits. Le crime en est plus noir et plus odieux encore et la punition en sera plus applaudie.
Nous attendons les détails que vous ne nous avez pas donnés ; mais vous avez raison de vous occuper à tirer avantage de cette découverte, avant de vous amuser à en tracer les particularités à des gens qui n'y peuvent rien, que par des avis toujours sujets à révision quand on les donne de si loin. Du reste, soyez persuadé qu'il n'est personne au monde sur qui vous puissiez compter plus sûrement dans toutes les circonstances de la vie que sur celui qui sera éternellement
De Votre Majesté
Le bon et affectionné frère.
Louis.
P. S. Monseigneur doit vous écrire lui-même.
A M. Amelot, ambassadeur en Espagne *.
Versailles, le 30 janvier 1707.
Monsieur Amelot, je suis bien aise d'apprendre par votre lettre que l'heureuse nouvelle de la naissance de mon fils le duc de Bretagne -^ n'a pas donné moins de joie à toute l'Espagne qu'elle en a causé en France. Je suis bien persuadé des sentiments que vous avez eus en cette occasion, connoissant comme je fais toute l'étendue de votre zèle pour ma personne en particulier et pour toute la maison royale. Cela, joint à toutes les qualités qui sont en vous, vous doivent répondre de mon estime et de mon affection.
Je suis, Monsieur Amelot,
Votre bien bon ami,
Louis.
XXÏV.
Au duc d'Ayen ^.
Versailles, 13 septembre 1707.
Je n'ai pas été surpris d'être quelque temps sans recevoir de vos lettres : votre maladie, le malheur arrivé devant Barcelone, et votre voyage en Espagne, en ont été