‹ LettresChapitre 43 sur 74 · Dépôt de la Guerre, vol. 2051, n · texte numérisé non relu

Dépôt de la Guerre, vol. 2051, n

2. Il naquit le 8 janvier, et mourut en 1712 quelques jours après son père et sa mère.

3. Mémoires de Noailles, éd. Michaud et Poujoulat, p. 403, Un fragment en a été reproduit par Proyart, Vie du Dauphin, tome II, p. 200.

de bonnes excuses. J'ai été bien aise que vous vous soyez tiré heureusement de la première, fort fâché, comme vous pouvez bien croire, du succès de la seconde, et fort aise que , pour la troisième, vous ayez été utile au roi d'Espagne, ne doutant pas que vous vous soyez bien acquitté de ce dont vous étiez chargé. Je crois que le début de ma lettre, partagé en trois points rabattus et étendus, vous paroîtra comme l'exorde d'un sermon. Ce n'est point cependant mon dessein ; mais, me souvenant que j'écris à un savant, j'ai cru qu'il falloit écrire méthodiquement, et n'oublier point la rhétorique, que vous possédez sans doute jusqu'à un point relevé. Il me semble qu'insensiblement je tombe dans le galimathias, qui voudroit être pompeux, mais qui ne l'est point pourtant. Ainsi, de peur de m'embarrasser dans des périodes d'où je ne pourrois peut-être pas sortir comme je voudrois, je finirai en me réjouissant avec vous de ce que vous avez fait à Roses, en vous assurant que je crois que vous ferez toujours tout du mieux qu'il vous sera possible, vu les troupes que vous avez, et en vous témoignant la sincère amitié que j'ai pour vous.

Louis.

Au duc (TAyen '.

A Fontainebleau, 11 octobre 1707.

Vous trouverez peut-être, et avec raison, mon cher duc, que ma réponse suit de loin la lettre que vous m'avez écrite, et il faudroit vous en faire des excuses, si l'amitié

1. Mémoires de Noaillcs, éd. Michaud et Poujoulat, p. 403. Un fragment en a été reproduit par l'abbé Proyart, dans sa Vie du Dauphin^ touie I, p. 276.

que j'ai pour vous ne m'exemptoit de ces sortes de compliments. Il faut cependant que je vous remercie des vôtres; je les ai reçus avec grand plaisir. Il est vrai que j'en aurois eu beaucoup de reconduire M. de Savoie jusque chez lui ; mais il valoit mieux encore qu'il s'en allât au plus vite, comme il a fait'. Je ne sais que penser de ce qui se passe à Lérida ; il me paroît qu'on y va bien lentement, qu'on n'a guère d'artillerie ni de munitions, que la saison s'avance, que les ennemis sont assez forts pour inquiéter et traverser ce siège de bien des manières-; enfin je crains qu'on ne fasse un quatrième tome de ce qui s'est déjà passé trois fois devant cette place ^. Cependant tous ces raisonnements ne peuvent être que défectueux, surtout faits d'aussi loin qu'ils le sont, et il est à croire que les gens qui sont sur les lieux voient les choses telles qu'elles sont. Je souhaiterois que, Lérida pris, et Turin si on le pouvoit ensuite, on se mît en quartiers en Catalogne, et que vous pussiez vous rendre bientôt à la cour, où j'aurois la satisfaction de vous voir et de vous entretenir sur tout ce qui regarde cette guerre, qui, je crois, est assez difficile.

Louis.

1. Le duc de Savoie avait envahi la Provence et s'était avancé jusqu'à Toulon. Louis XIV avait décidé que les princes ses petits-fils iraient se mettre à la tête de l'armée que menait contre l'envahisseur le maréchal de ïessé, lorsqu'on apprit que Victor-Amédée s'était retiré vers le Piémont.

2. Le duc d'Orléans assiégeait Lérida depuis le 10 septembre, et on n'avait pas de nouvelles que la tranchée fût encore ouverte.

3. Lérida avait été assiégé vainement par les Français en 1644, 1646 et 1647, la dernière fois, par le Grand Condé.

A Fénelon, archevêque de Cambrai/ K [Avant décembre 1707.]

...Tous les jours, et plusieurs lois chaque jour, et souvent des heures entières à chaque fois, j'entends des gens qui déraisonnent, qui parlent de guerre sans expérience, de finances sans vues, d'histoire sans critique, de tout sans principes. Je mets quelquefois sur les voies du vrai, mais sans mettre entièrement l'ignorance à découvert, pensant bien que l'humiliation, venant de ma part, seroit trop cruelle. Je me contente de combattre de front les propos dangereux, ou que je crois tels. J'ai bien quelquefois à me reprocher la complaisance et la foiblesse à cet égard. Et cependant je vois qu'on me fait, sur ce chapitre, une réputation d'austérité que n'a pas le Roi, quoique certainement il la mérite mieux que moi. Si nous ne soutenons pas les vrais principes quand on les attaque en notre présence, qui osera le faire ? A moins que ce ne soit mon vieux valet de chambre'-; car je suis, selon lui, de la morale la plus commode, pour ne pas dire la plus relâchée. Le bonhomme, quand j'ai le temps de l'écouter, me dit tout ce qu'il pense. Je sais tout ce qu'il feroit s'il étoit roi. Un certain archevêque, par exemple, seroit bientôt dans son diocèse, et un autre n'auroit jamais eu de diocèse

Louis.

1. Fragment publié par Proyart, Vie du Dai/p/iin, tome II, p. 195. Cette lettre n'a pas été insérée dans la Correspondance de Fénelon.

2. Denis Moreau, qui mourut le 7 décembre 1707, et dont Saint-Simon [Mémoires, éd. Boislisle, tome XV, p. 321-322) a fait un portrait assez conforme à ce qui va suivre.

A Fénelon, archevêque de Cambra ij '.

A Senlis, 15 mai 1708.

Je suis ravi, mon cher archevêque, que la campagne que je vais laire en Flandres me donne lieu de vous embrasser et de vous renouveler moi-même les assurances de la tendre amitié que je conserverai pour vous toute ma vie. S'il m'avoit été possible, je me serois lait un plaisir d'aller coucher chez vous ; mais vous savez qu'il y a des raisons qui m'obligent à garder des mesures, et je crois que vous ne vous en Ibrmaliserez point. Je serai demain à Cambray sur les neuf heures ; j'y mangerai un morceau à la poste, et je monterai ensuite à cheval pour me rendre à Valenciennes. J'espère vous y voir, et vous y entretenir sur diverses choses ^. Si je ne vous donne pas souvent de mes nouvelles, vous croyez bien que ce n'est pas manque d'amitié et de reconnoissance; elle est assurément telle qu'elle doit être.

Louis.

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