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Proyart, tome II, p

pourroit se soutenir. Mais ce n'est pas là la plus grande difficulté ; celle de faire un mouvement chacun de dix lieues au moins, tandis que les ennemis n'en ont que quatre ou cinq à faire, me paroît plus grande. Nos bons avis ne marquent point encore quand le convoi doit partir de Bruxelles, et au contraire ils disent que tout n'est pas encore déchargé des bateaux. J'ajouterai encore à ce que je viens de vous dire, qu'il y a apparence que la grande armée ennemie fera un mouvement vers l'Escaut, dès que le corps du comte de Tilly l'aura rejointe, et qu'ainsi nous ne serions plus à temps de faire le nôtre.

J'ai reçu, pendant qu'on chifFroit cette lettre, votre dernière du 2 au soir. Il me paroît que les précautions que vous prenez sont très nécessaires. Vous savez déjà qu'hier au soir le comte de Tilly avoit rejoint la grande armée, qui étoit sur le point de marcher, et vous saurez aussi leur mouvement plus tôt que nous. Je crois qu'avant peu de jours nous serons éclaircis de leurs desseins.

Louis.

A Madame de Maintenon'^ . Au camp de Lovendeghem, le 17 août 1708.

Je ne saurois assez vous exprimer. Madame, combien je suis sensible à tout ce que le Roi pense sur mon chapitre ; il me fait peut-être plus d'honneur que je ne mérite ; mais il est constant qu'il ne sauroit se servir de personne

1. Autographe du Louvre; Mélanges publiés parla Société des bibliophiles français, 1822, tome II, p. 68.

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qui lui soit plus attaché par devoir et par le cœur en même temps.

Il n'est pas bien difficile de justifier près de moi xM™® la duchesse de Bourgogne sur des choses auxquelles je n'ajoute pas une foi entière, et je ne suis que trop porté à lui être favorable en tout ; mais l'amitié dont elle m'a donné ici de sensibles marques, m'avoit fait appréhender qu'elle n'eût été peut-être un peu trop loin dans quelques discours. Je lui ai bien dit déjà plusieurs fois que j'étois très content de ce qu'elle m'avoit répondu là-dessus, et que ma crainte présente étoit de la voir un peu peinée par ce que je lui en avois écrit. Je vous prie de lui dire encore, Madame, et de lui marquer combien je suis charmé de son amitié et de sa confiance. Je me flatte que je les mérite, et je tâcherai de plus en plus de mériter son estime. Ce n'est pas d'aujourd hui que je sais qu'il y a à la cour des gens qui ne l'aiment pas et qui voient avec peine l'amitié que le Roi lui témoigne ; je crois même ne pas absolument ignorer leurs noms. Ce sera à vous, Madame, quand je vous verrai, de pouvoir m'en éclaircir plus particulièrement, pour prendre les précautions nécessaires, afin que M'"" la duchesse de Bourgogne ne tombe point dans de certains panneaux infiniment dangereux et que je vous ai souvent vu appréhender. Pour la tracasserie, ce seroit bien injustement qu'on l'en accuseroit ; elle la méprise souverainement, et son esprit est bien éloigné de ce qu'on appelle esprit de femme. Elle a assurément un esprit solide, beaucoup de bon sens, le cœur excellent et très noble ; mais vous la connoissez mieux que moi, et ce portrait est inutile; peut-être même que le plaisir que j'ai à parler d'elle m'empêche de m'apercevoir que je le fais trop souvent et trop longtemps.

Louis.

A Madame de AlaintenonK Au camp de Lovcndcghem, le 21 août 1708.

Il est certain, Madame, que l'étal où l'on est présentement est un état violent, et qu'il n'y a que Dieu qui sache par où tout ceci finira; mais il laut tout espérer de sa protection. Je suis charmé de la manière dont M'"" la duchesse de Bourgogne a recours à lui, et j'espère que peu à peu elle deviendra comme nous le souhaitons hien ardemment.

Le courrier que j'envoie aujourd'hui au Roi lui portera notre projet^; il n'est pas tout à fait conforme à nos derniers entretiens; mais je le crois tel que le bien de son service peut le demander. Il est vrai. Madame, que tout le monde n'est pas dans une égale volonté; mais il ne faut pas croire aussi que tous manquent de courage, comme il y a apparence que 1 on est à la cour. Le concert entre M. de Vendôme et moi me paroît établi. Nous prendrons toutes les mesures les plus convenables à la situation présente, et le Roi sera exactement instruit de tout. Il est certain que, quelque envie que nous ayons de donner du secours à Lille, nous pourrions trouver les choses dans une telle situation que ce seroit tout perdre que de hasarder lui combat que nous perdrions sans hésiter. En ce cas, je ne crois pas que ce soit l'intention du Roi de tenter la

1. Autographe du Louvre; publiée dans le même i-ecueil que la précédente, p. 71.

2. Lettre publiée dans les Mémoires militaires, tome VIII, p. 71.

bataille; mais nous ne nous désisterons absolument qu'après l'avoir informé de tout ce que nous aurions trouvé, et reçu de nouveaux ordres. Ma lettre est bien courte, Madame ; mais vous ne vous en formaliserez pas, et vous savez qu'il y a des temps où l'on n'est guère à soi.

Loiis.

Au maréchal de Berwick ^.

[Août 1708.]

J'ai lu avec plaisir le projet que vous m'avez envoyé

Si nous avions toutes choses prêtes, il nous seroit peut-être aussi avantageux que de tenter le secours de la place ^ ; mais, avant que nous eussions rassemblé à Namur ce qu'il nous faudroit pour cette entreprise, celle des ennemis seroit avancée, et, quand, par les postes que nous prendrions, nous leur empêcherions le débouché de l'Escaut, ils pourroient envoyer un corps du côté de France, qui, entrant en Picardie, pousseroit la contribution et feroit qu'on nous rappelleroit bientôt pour garder la frontière ; mais, quand ils ne le feroient pas, de crainte de se séparer et qu'on ne se rassemblât plus tôt qu'eux, vous savez que les intentions du Roi sont précises sur ce qui regarde le secours de la place, et je crois qu'il faut nous y conformer, en songeant au plus tôt à rassembler toutes nos forces assez dispersées.

Louis.

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