Proyart, tome II, p
2. La jonction de l'armée de Berwick à celle du prince eut lieu le 30 août.
A Madame de Maintenon ^ Au camp de Bersée, le 15 septembre 1708.
J'ai reçu cette après-dîner, Madame, votre lettre d'hier avec le mémoire qui y étoit joint. Il y a certainement beaucoup de bonnes choses et dont on peut et doit profiter. Quand j'en aurai le temps, ce que jespère être dans peu, j'y répondrai article par article, .soumettant toujours mes pensées à celles de plus habiles gens que moi. Je ne croyois point avoir besoin de justification sur la conduite que j'ai tenu dans tous ces temps-ci ; mais, JNIadame, je me remets absolument à tout ce que M. Chamillart dira au Roi à son retour, et moi-même serai le premier à me condamner dans les choses qui le mériteront, et à tâcher de les réparer. La gloire de Dieu et le bien de l'Etat, voilà les seules que je dois avoir en vue, et j'en demande tous les jours à Dieu la grâce.
Louis.
1. Autographe du Louvre; Mélanges de la Société des Bibliophiles français, t^. 74.
A Madame de Maintenon ^.
Au camp du Saussois, le 18 septembre 1708.
Je joins à cette lettre, Madame, une réponse au mémoire que vous m'avez envoyé. Je vous avois déjà mandé qu'il y avoit plusieurs choses dont on pouvoit faire usage, et vous voyez que nous en exécutons présentement une partie. Il est vrai que nous n'avons pas attendu la prise de Lille ; mais notre situation la pourroit fort bien empêcher, et soit que les ennemis la prennent, soit qu'ils ne la prennent pas, il faudra tôt ou tard que leur armée sorte d'oii elle est, et elle trouvera toujours les mêmes difficultés. D'ailleurs nous travaillons derrière nous, et j'espère qu'avec l'aide de Dieu nous réussirons dans notre dessein. Personne ne mérite plus que moi votre amitié, Madame, par la tendresse et la sincérité de celle que j'ai pour vous.
Réponse au mémoire.
Il n'est pas question de répondre à tout le commencement du mémoire : la situation vis-à-vis des retranchements des ennemis n'auroit, je crois, pas produit tout l'effet qu'on
1. Autographe du Louvre ; Mélanges de la Société des Bibliophiles français, p. 76.
en paroît attendre. L'armée du Roi auroit souffert par les fourrages autant que les ennemis. Les corps sous Ypres et Tournay n'auroient pas empêché absolument le passage des convois, et les ennemis auroient toujours pu les couvrir par une plus grande quantité de troupes. Leurs retranchements leur auroient donné la facilité de les détacher. La situation que l'armée du Roi vient de prendre coupe bien plus sûrement aux ennem;^ la communication avec le Brabant. '
Il est vrai que l'on auroit pu prendre le poste devant la Basse-Marque ; mais Ton n'y pourroit faire subsister la cavalerie, tout ce pays ayant été mangé. Vingt-sept escadrons à Douay, Béthune et Arras embarrasseront les ennemis pour tirer les fourrages de l'Artois.
La dernière partie du mémoire est précisément ce que l'on suit présentement. L'armée est étendue depuis Audenarde jusqu'à Tournay. On pourra pousser encore jusqu'à Gand, s'il est nécessaire. L'Escaut est un retranchement naturel, etl'armée se peut remuer avec aisance derrière, sans craindre que l'ennemi puisse profiter de ses mouvements et détachements.
L'Artois est garni comme je viens de le dire. Le grand canal de Bruges à Gand est plus aisé à défendre que celui qui va à Damme, où les ennemis auront toujours le passage. On peut inonder le fossé entre Bruges et Nieuport, en sorte que par là les ennemis n'auroient point de sortie, et, quand même ilsenauroientune,je les trouverois réduits à une extrémité dont une armée qui les suivroit pourroit profiter.
Nous pouvons par Gand prendre le devant des ennemis par derrière le canal, ou du moins leur disputer le passage du canal du Sas ^, qui leur est nécessaire pour retourner en Brabant et en Allemagne.