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Le Sas de Gand, village à la tète des écluses

A Fénelon, arche^'èque de Cambray ^.

Au camp du Saussois, le 20 septembre 1708.

J'ai reçu depuis quelque temps deux de vos lettres, mon cher archevêque ; vous comprenez aisément que je n'ai pas trop eu le temps de répondre à la première, et, pour la seconde, elle ne m'a été rendue qu'hier. Il n'a point été question de parler sur mon retour ; mais vous pouvez être persuadé que je suis et que j'ai toujours été dans les mêmes sentiments que vous sur ce chapitre, et, qu'à moins d'un ordre supérieur et réitéré, je compte, quoi qu'il arrive, de finir la campagne et d'être à la tête de l'armée tant qu'elle sera assemblée. J'en viens à la seconde. Il est vrai que j'ai essuyé une épreuve depuis quinze jours, et je me trouve bien loin de l'avoir reçue comme je le devois, me laissant et emporter aux prospérités et abattre dans les adversités, et me laissant aussi aller à un serrement de cœur et aux noirceurs causées par les conlradiclions et les peines de l'incertitude et de la crainte de faire quelque chose mal à propos dans une affaire d'une conséquence aussi extrême pour l'Etat. Je me trouvois avec l'ordre du Roi réitéré d'attaquer les ennemis, M. de Vendôme pressant de le faire, et, de l'autre côté, le maréchal de Berwick et tous les anciens officiers, avec la plus grande partie de l'armée, disant qu'il étoit impossible d'y réussir et que l'armée s'y perdroit. Le Roi me réitéra son ordre, après une première représentation à laquelle je me crus obligé.

M. Chamillart arriva le soir et me confirma la même chose. Je voyoisles funestes suites de laperte d'une bataille,

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