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Correspondance de Fénelon, tome I, p

sans pouvoir presque espérer de la gagner, et que le mieux qui pouvoit nous arriver étoit de nous retirer après une attaque infructueuse. Voilà l'état où j'ai été pendant huit ou neuf jours, jusqu'à ce qu'enfin le Roi, informé de l'état deschoses, n'a plus ordonné l'attaque et m'a remis à prendre mon parti. Sur ce que vous dites de mon indécision, il est vrai que je me le reproche à moi-même, et que, quelquefois paresse ou négligence, d'autres, mauvaise honte ou respect humain, ou timidité, m'empêchent de prendre des partis et de trancher net dans des choses importantes. Vous voyez que je vous parle avec sincérité, et je demande tous les jours à Dieu de me donner, avec la sagesse et la prudence, la force et le courage pour exécuter ce que je croirai de mon devoir. Je n'avois point cette puissance décisive quand je suis entré en campagne, et le Roi m'avoit dit que, quand les avis seroient différents, de me rendre à celui de M. de Vendôme, lorsqu'il y persisteroit. Je la demandai après l'affaire d'Audenarde ; elle me fut accordée, et peut-être ne m'en suis-je pas servi autant que je le devois. Pour toutes les louanges que vous me donnez, si elles ne me venoient d'un homme comme vous, je les prendrois pour des flatteries ; car, en vérité, je ne les mérite guère, et le monde se trompe dans ce qu'il pense sur mon sujet. Mais il faut, avec la grâce de Dieu, mériter ce que l'on en croit, du moins en approcher. Vous savez mon amitié pour vous ; elle ne finira qu'avec ma vie. Je me sers de cette occasion pour vous demander si vous ne croyez pas qu'il soit absolument mal déloger dans une abbaye de filles ; c'est le cas où je me trouve. Les religieuses sont pourtant séparées ; mais j'occupe une partie de leurs logements ; et, s'il étoit nécessaire, je quitterois la maison, quoi que l'on pût dire. Dites-moi, je vous en prie votre sentiment, d'autant plus que je suis présentement dans votre diocèse.

Louis.

Au mai-échal de Boufjlers l.

Le 30 septembre 1708 à huit heures du soir.

Je vous envoie une lettre du Roi que j'ai reçue à midi. Il me paroît par vos dernières que vous n'êtes pas aussi pressé que le Roi pense. Je crois que, s'il les avoit reçues avant celle-ci que je vous envoie, il ne vous donneroit pas des ordres si positifs de ne pas prolonger la défense de la ville. Je lui écrirai demain une longue lettre 2, sur laquelle j'aurai sa réponse dans deux ou trois jours; je pense qu'il est à propos que vous l'attendiez avant de prendre aucune résolution. J'informe le Roi de ce que je vous écris ; il me paroît, dans les circonstances présentes, si important à son service de prolonger le siège de la ville, quand vous seriez même obligés de faire un moindre feu, que je ne doute point qu'il n'entre dans les raisons que je lui manderai. Les ennemis sont fatigués ; on ne parle dans leur armée que de la levée du siège. Il vous est entré un petit secours qui leur donnera à penser ; leurs convois trouvent des obstacles ; il leur a passé quelque chose du côté d'Oslende ; mais un trompette qui revient de leur armée assure qu'il n'y a que deux cent cinquante chariots très médiocrement chargés, et qu'il les a tous vu arriver. Il est très sûr qu'ils n'auront rien qu'avec bien de la peine ; Menin étoit épuisé. Voilà l'état des choses ; à quoi je joindrai qu'un homme qui a toujours servi dans leur artillerie, et de quelque distinction parmi eux, s'est proposé de mettre

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