Dépôt de la Guerre, vol. 2078, n
ennemis, ils peuvent, à notre insu, renforcer les troupes qui servent d'escorte audit convoi en tel nombre qu'il leur plaira pour être supérieurs aux nôtres, et le parti de se porter là ne se doit prendre que supposé que l'on fût sûr d'avoir la supériorité du nombre, ce qui ne peut presque pas arriver.
Cela étant, il faut voir si, sans s'exposer à un combat général, l'on ne peut pas prendre des situations derrière les canaux qui rompent les convois des ennemis.
On dit qu'ils se retranchent à Leifinghem et qu'ils y font un fort; si de là ils peuvent tirer leurs convois, laissant le canal de Moerdyck à gauche, et qu'ils ne soient pas obligés de venir effleurer le Polder nouveau qui est entre la digue de Zandvoorde, le canal de Nieuport à Plasschendaele et celui de Plasschendaele à Ostende, il faudra voir à les chasser de ce poste de Leffinghem. Pour y réussir, il faut envoyer par Dixmude à Nieuport un nombre de bataillons et dragons supérieur d'un tiers à ce corps-là pour tâcher de l'obliger à rentrer dans Ostende. On peut soutenir ces troupes tant par les digues qui viennent de Nieuport à Leffinghem, en y envoyant de nouvelles troupes, que par des bateaux armés qui iroient à la rame et qui viendroient par Nieuport et par Plasschendaele ; on peut pour cela se servir des troupes de marine et des officiers de galères qui sont à Dunkerque. Si l'on réussissoit à chasser les ennemis de ce poste* qui n'est pas achevé, on y placeroit des troupes en plus grand nombre que celles qui sont à Ostende, et on établiroit une communication de Nieuport à Plasschendaele, derrière le canal, et de Plasschendaele à Bruges, en faisant des chemins au bas du canal pour plus de commodité ; mais, en faisant cette * entreprise, il faut avoir grande attention qu'il ne vienne point de troupes de l'armée des ennemis renforcer ce qui est à Leffinghem ; supposé après cela que l'ennemi, passant son convoi à Leffinghem, soit obligé par les vives eaux que l'on donne, de faire suivre à ses voitures la digue
jusqu'au Polder nouveau, pour lors, sans le déposter de Leffinghem, en occupant le Polder nouveau, on l'empêchera de pouvoir tirer aucun convoi. S'il est vrai que le convoi soil obligé, en sortant d'Ostende, d'aller passer à Lorabartzyde pour regagner la digue, il faut examiner si l'on ne pourroit pas se retrancher pour empêcher que l'ennemi de Lombartzyde n'aille gagner la digue.
S'il n'y a pas de coupures au canal de Nieuport pour écouler les vives eaux dans le pays, il faut se dépêcher de faire des coupures depuis Snaeskerke jusqu'à Oiidenbourg, tant que les vives eaux dureront.
M. le comte de la Motte verra à faire l'usage de ce mémoire le plus convenable suivant ses lumières, et marquera ce qu'il pense, et les résolutions qu'il prendra fort en détail.
Au duc de Noailles^.
5 octobre 1708.
Je ressens plus que personne, Monsieur, le sujet de votre affliction, ayant toujours eu des marques très sensibles de l'attachement de Monsieur votre père-, et toujours une très véritable amitié pour lui. Vous connoissez la mienne pour vous. Je voudrois pouvoir vous en donner des marques dans quelque occasion où il me fût permis de m'étendre davantage.
Louis.