Le maréchal de Noailles était mort le 2 octobre
Au duc de Vendôme^.
Du camp du Saussois, le 13 octobre 1708.
Si je ne vous ai point écrit plus tôt. Monsieur, c'est que j'attendois des lettres du maréchal de Boufflers que celui qui les avoit apportées ne pouvoit rendre. Je vois les fruits de vos bonnes dispositions qui commencent, et je m'attends à en voir bientôt la fin. Il me paroît que l'on ne peut prendre des mesures plus justes que celles que vous prenez pour empêcher les ennemis de tirer un second convoi d'Ostende, et qu'ils auront bien de la peine à y réussir. C'est un grand coup s'il ne leur peut plus rien passer. Je ne doute pas que vous n'y réussissiez et que vous n'ayez par là la gloire de sauver Lille au Roi ; c'est ce que je souhaite de tout mon cœur, et que j'espère voir
1. Copie dans ms. Franc. 14178 (qui est une copie par un secrétaire de Vendôme des lettres reçues par celui-ci), fol. 243 v°; publiée dans les Mémoires de Saint-Simon, tome XVI, appendice, p. 606, avec la première phrase en moins. M. le marquis de Vogué ne Ta pas insérée, comme il a fait pour les autres de la même époque, parmi les lettres au duc de Beauvillier. Il y en a une copie au Dépôt de la guerre, vol. 2083, n° 275 ; mais elle ne contient ni le premier ni le dernier paragraphe, qui sont si élogieux pour Vendôme et qui semblent établir de la part du prince une approbation si entière de ses projets. Dans l'appendice VI de son tome XVI des Mémoires de Saint-Simon, M. de Boislisle a fait ressortir les différences tout k fait singulières, et toujours à l'avantage de Vendôme, qui existent entre les copies de lettres exécutées pour lui par ses secrétaires et les originaux ou les minutes qu'on a pu retrouver.
entre ci et peu de jours. Je commence d'espérer, Monsieur, que nous verrons peut-être les ennemis absolument rebutés ; car, s'ils n'ont pas de quoi prendre Lille, ils ne peuvent pousser le siège encore loin, et j'écris toujours à M. le maréchal de Boufflers de le prolonger jusqu'à la dernière extrémité. Dès que j'ai lu votre lettre, avec celle pour M. Chamillart, j'ai été absolument de votre avis sur le projet que vous y proposez, et rien n'est meilleur h faire. J'appuierai certainement votre proposition, et je ne doute pas que le Roi n'y entre. Il me paroît que l'on ne peut pas faire autre chose, et qu'il faut, comme vous le dites, s'y prendre incessamment.
J'ai eu plusieurs avis, conformes à ceux qui vous sont venus, que les ennemis ont dessein de passer un convoi au travers des inondations, et j'ai écrit à MM. de Forbin et de Langeron afin qu'ils traversent cette navigation autant qu'ils pourront. Sur ce que vous me mandez de vous envoyer trente bataillons et quarante escadrons, je doute, avec ce que vous serez obligé de laisser dans le nouveau Polder et le gros corps de cavalerie de Marlborough, je doute, dis-je, que vous soyez en état de marcher pour le combattre. On a fait une proposition par laquelle, sans songer davantajje à la défense de l'Escaut, et envoyant un petit corps derrière la Scarpe, je passerois tout d'un coup l'Escaut à Pottes et à Berchem, et marcherois droit à Deynze, avec toute l'armée, pour y passer la Lys, pendant que, vous marchant derrière le canal jusqu'à Bellem, nous nous joindrions derrière le ruisseau de Foulques, pour ensuite marcher droit à Marlborough, à qui je ne doute pas que nous ne fissions repasser la Lys, et, par conséquent, ils ne tireroient plus de convois d'Ostende ni de l'Ecluse. Il est vrai que l'Escaut ne seroit plus gardé ; mais, s'ils manquoient de munitions pour ne pas prendre Lille avec ce qu'ils en ont présentement, peut-être seroient-ils obligés de lever le siège avant que d'avoir retiré un nouveau convoi de Bruxelles. Nous-mêmes pourrions nous mettre entre
la Lys el l'Escaut, marcher toujours à eux, et, pendant tous ces mouvements, les convois seroient fort retardés et les mauvais temps arriveroient. Il est vrai que ce projet est un peu long, et je craindrois bien que, pendant tout ce temps, Lille vînt à se perdre. Si vous êtes de ce sentiment néanmoins, mandez le moi, et vos dispositions pour l'exécuter, afin qu'ayant fait les miennes, je puisse marcher au plus tôt et trouver du pain, soit à Gand, soit à Bruges, pour soixante bataillons et cent trente escadrons que j'emmènerois avec moi. Je pense bien comme vous qu'il est d'une extrême conséquence de conserver Gand et Bruges, et que, si nous sommes assez malheureux pour perdre Lille, il faut du moins songer à le reprendre pendant l'hiver.
Je ne saurois encore assez vous répéter, Monsieur, combien j'ai été frappé de votre projet, et combien j'espère que le Roi y entrera, et qu'il réussira. Vous me ferez plaisir de me renvoyer Puységur pour qu'il m'explique vos vues pour la suite de la campagne, de quelque manière que les choses puissent tourner, afin que je prenne les mesures qui conviendront de ce côté-ci pendant que vous prenez si bien celles du côté où vous êtes présentement. Je voudrois qu'il se rencontrât des occasions où je pusse rendre service au Roi par quelque chose de glorieux, et ma joie seroit parfaite si vous y aviez une part principale, comme cela seroit certainement. Soyez bien persuadé. Monsieur, de l'estime particulière que j'ai pour vous.
Louis.
A Fénelon, archevêque de Cambray^.
A Douay, 5 décembre 1708.
Si je n'ai pas répondu plus tôt à plusieurs de vos lettres, mon cher archevêque, ce n'est pas que j'en aie plus mal reçu ce qu'elles contiennent, ni que mon amitié pour vous en soit moins vive. Je suis ravi de tout ce que vous m'avez mandé que l'on dit de moi. Vous pouvez interroger le Vidame'^, qui vous rendra cette lettre, sur la suite des faits publics, qu'il me seroit bien long de reprendre ici. Je vous parlerai cependant de quelques-uns.
Je n'ai jamais eu ordre du Roi d'attaquer le prince Eugène pendant l'éloignement du duc de Marlborough. Au contraire, quand il marcha à M. de Vendôme du côté d'Oudenbourg, le maréchal de Berwick et moi voulions rassembler les différents camps qui étoient le long de l'Escaut, et marcher au prince Eugène. L'ordre de marche fut dressé, et je l'aurois exécuté si nous n'avions trouvé tous ceux que je consultai d'un avis contraire, et qu'il falloit plutôt fortifier M. de Vendôme du côté de Bruges et de Gand. Ceux à qui je parlai étoient MM. d'Artagnan, Gassion. Saint- Frémont, Cheyladet et Souternon.
Les trois bataillons d'Audenarde sont vrais ; mais on me les assura séparés de l'armée ennemie, et il n'y auroit