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Saint-Simon, p. 03 et suivantes, et 70 et suivantes

qu'il prend de tâcher d'étouffer toute cette affaire. Il est fâcheux qu'elle ne l'ait pas été dans ses commencements. Vous croyez bien, mon très cher frère, que j'y ai été très sensible, vous aimant comme je vous aime. Mais je crois M. le duc d'Orléans incapable d'avoir voulu faire quelque chose directement contre vous sur le trône d'Espagne ^

Je me suis acquitté des compliments dont vous m'aviez chargé pour M'"" la duchesse de Bourgogne ; sa grossesse continue très heureusement ; elle est présentement à trois mois.

Aimez-moi toujours, mon très cher frère, je vous en conjure, et soyez persuadé de la tendresse infinie de mon amitié pour vous.

Louis.

Je joins ici une lettre pour la princesse des Ursins et vous prie de bien faire mes compliments à la reine.

A Versailles, le 31 août 1709.

Le Roi vient de recevoir une excellente nouvelle d'Allemagne, mon très cher frère : les ennemis avoient construit un pont sur le Rhin à Neubourg

1. Opinion curieuse à remarquer parmi le déchaînement universel qui accusait le duc d'avoir négocié avec les Alliés pour supplanter PhilippeV sur le trône d'Espagne.

AU ROI d'eSPAGNE PHILIPPE V. 29

en Haute-Alsace et avoient fait passer quatorze bataillons et dix-huit escadrons qui menaçoient la Franche-Comté, sur laquelle l'on croit qu'étoit leur dessein. Le comte du Bourg ', détaché par le maréchal d'Harcourt, a marché à eux, avec huit bataillons seulement et dix-huit escadrons, avec une extrême diligence. Ils sont venus à lui avec un pareil nombre ; il les a attaqués, et la fougue françoise s'est montrée en cette occasion ; ils ont été culbutés en un instant, la cavalerie l'épée à la main, l'infanterie à coups de baïonnettes. On les a poursuivis au Rhin ; six bataillons dans les îles à la garde du pont ont pris l'épouvante; le dernier pont a rompu; on est entré dans les îles à leur suite, et tout a été tué ou pris ; deux cents chevaux se sont sauvés par auprès de Bâle, par où ils étoient venus, en quoi les Suisses ont manqué à leurs alliances. On a tué quinze cents hommes, deux mille cinq cents pris. On croit Mercy ^, qui commandoit les ennemis, mort ; tous les drapeaux, beaucoup d'étendards et quatre pièces de canon ont été prises ; enfin l'on ne peut voir de train de bataille plus complet pour une petite armée ^. Ce succès étoit de la dernière importance;

1. Léonor-Marie du Maine, comte du Bourg, qui devint maréchal de France en 1725.

2. Claude-Florimond, comte de Mercy, était feld-raaréchallieutenantde la cavalerie impériale.

3. Le combat se livra le 26 août à Rumersheim, à quatre lieues de Brisach. L'intention des ennemis était bien d'entrer en Franche-Comté, et de soulever la province, où ils avaient des intelligences. Les documents trouvés dans la cassette de Mercy, dont il va être parlé plus loin, le prouvèrent iusqu'à

car le duc d'Hanovre, qui s'étoit d'abord présenté aux lignes de Weissembourg pour attaquer le maréchal d'Harcourt, avoit repassé le Rhin et le remontoit pour gagner son pont de Neubourg, qui étoit lout de bateaux de cuir. On a pris la cassette du comte de Mercy, qui nous apprendra beaucoup de choses du dessein des ennemis.

Je vais demain à Petit-Bourg ^ avec Monseigneur, ce qui fait que je vous écris dès ce soir ; je ne finirai cependant ma lettre que demain que je compte en avoir une de vous et ajouter ici ce que j'apprendrai encore de nouveau d'ici là.

Le 1*'' sepleuibre.

On a eu nouvelle depuis hier que les ennemis avoient attaqué, le 28 du passé, le chemin couvert de la citadelle de Tournay et que l'action a duré six heures. Comme je suis prêt à partir, je ne puis pour aujourd'hui vous rien dire davantage, mon très cher frère, que vous prier de m'aimer toujours aussi tendrement que je vous aime et de faire bien mes compliments à la reine.

Louis.

1 évidence et donnèrent lieu à diversesprocédures et exécutions. Les Mémoires de Sourches (tome XII, p. 46-50; contiennent un curieux récit de la bataille.

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