‹ Lettres écrites a un provincial (volume 2)Chapitre 16 sur 73 · Pascal n*aurait pas manqué de modestie à ce point · texte numérisé non relu

Pascal n*aurait pas manqué de modestie à ce point

Jésuites, VOS chers amis, que ces paroles-là sont dans le passage qu'a ciiô l'Auteur des Lettres ; car si vous eussiez su qu'elles n'y sont pas, vous eussiez blâmé ces Pères de lui avoir fait ce reproche, plutôt que de vous étonner de ce qu'il n'avoit pas daigné répondre à une objection si vaine. Mais ne vous fiez pas tant à eux, vous y seriez souvent attrapé. Considérez vous-même dans Vasquez le passage que l'Auteur en a rapporté. Vous le trouverez De Elean.y ch. iv, n. là; mais vous n'y verrez aucune de ces paroles qu'on dit qu'il en a supprimées, et vous serez bien étonné de ne les trouver que quinze pages auparavant. Je ne doute point qu'après cela vous ne vous plaigniez de ces bons pères, et que vous ne jugiez bien que, pour accuser cet Auteur d'avoir supprimé ces paroles de ce passage, il faudroit l'obliger de rapporter des passages de quinze pages in-folio dans une Lettre de huit pages in-A"", où il a accoutumé d'en rapporter trente ou quarante, ce qui ne seroit pas raisonnable.

Ces paroles ne peuvent donc servir qu'à vous convaincre vous-même d'Imposture, et elles ne servent pas aussi davantage pour justifier Vasquez. On a accusé ce jésuite d'avoir ruiné ce précepte de Jésus-Christ qui oblige les Riches de faire l'Aumône de leur Superflu, en soutenant « que ce que les Riches gardent pour relever leur Condition, ou celle de leurs pai-ents, n'est pas Superflu ; et qu'ainsi à peine en trouvera- t-on dans les gens du monde, et non pas même dans les Rois. » C'est cette conséquence, « qu'il n'y a presque jamais de Superflu dans les gens du monde», qui ruine l'obligation de donner l'Aumône, puisqu'on en conclut, par nécessité, que, n'ayant point de Superflu',

■ Telles iD-40 et in-U : « que n'en ayant point », au lieu de < que, n'ayant point do superflu *.

ils ne sont pas obligés de le donner. Si c'éloit l'Auteur des Lettres qui l'eût tirée , vous auriez quelque sujet de prétendre qu'elle n'est pas enfermée dans ce principe, « que ce que les Riches gardent pour relever leur Condition, ou celle de leurs parents, n'est pas appelé Superflu. » Mais il l'a trouvée toute tirée dansVasquez. Il y a lu ces paroles, si éloignées de l'Esprit de l'Évangile et de la modérai ion chrétienne : « Qu'à peine trouvera-t-on du Superflu dans les gens du monde, et non pas même dans les Rois, » Il y a lu encore cette dernière conclusion rapportée dans la Douzième Lettre : « A peine est-on obligé de donner l'Aumône quand on n'est obligé à la donner que de son Superflu ; » et ce qui est remarquable, c'est qu'elle se voit au même lieu que" ces paroles, Statum quem licite possunt arquirercy par lesquelles vous prétendez l'éluder. Vous chicanez donc inutilement sur le principe, lorsque vous êtes obligé de vous taire sur les conséquences qui sont formellement dans Vasquez, et qui suffisent pour anéantir le précepte de Jésus-Christ, comme on l'a accusé de l'avoir fait. Si Vasquez les avoit mal tirées de son principe, il auroit joint une faute de jugement avec** une erreur dans la Morale; et il n'en seroit pas plus innocent, ni le précepte de Jésus-Christ moins anéanti. Mais il paroltra, par la réfutation de la seconde fausseté, que vous reprochez à TAuteur des Lettres, que ces mauvaises conséquences sont bien tirées du mauvais principe que Vasquez établit au même lieu; et que ce jésuite n'a pas péché contre les règles du raisonnement, mais contre celles de l'Évangile.

Cette seconde fausseté que vous dites qu'il a dissimu-' lée après en avoir été convaincu^ et qu'il a omis ces pa-

> Texte iD-8« : c de », au lieu de : < que », ce qui n'est pas incorrect, maii inusité. ^ Il faudrait i A » au lieu d' i aTOc ».

rôles par un dessein outrageux, pour corrompre la pensée de ce père , et en tirer cette conclusion scandaleuse : « Qu'il ne faut, selon Vasquez, qu'avoir beaucoup d'Ambition pour n'avoir point de Superflu. » Sur cela, monsiem-, je vous pourrois dire , en un mot , qu'il n'y eut jamais d'accusation moins raisonnable, que celle-là. Les Jésuites ne se sont jamais plaints de cette conséquence. Et cependant vous reprochez à l'Auteur des Lettres de n'avoir pas répondu à une objection qu'on ne lui avoit pas encore faite. Mais si vous croyez avoir été en cela plus clairvoyant que toute cette Compagnie®, il sera aisé de vous guérir de cette vanité, qui seroit injurieuse à ce Grand Corps. Car comment pouvez-vous nier que de ce principe de Vasquez, «ce que Ton garde pour relever sa Condition, ou celle de ses parents, n'est pas appelé Superflu», on ne conclue nécessairement qu'il ne faut qu'avoir beaucoup d'Ambition pour n'avoir point do Superflu? Je vous permets de bon cœur d'y ajouter encore la condition qu'il exprime en un autre endroit, qui est que Ton ne veuille relever son État que par des voies légitimes : Statum quem licite possunt acquirere. Cela n'empêchera pas la vérité de la conséquence que vous accusez de fausseté.

Il est vrai, monsieur, qu'il y a quelques riches qui peuvent relever leur Condition par des voies légitimes. L'utilité publique en peut quelquefois justifier le désir, pourvu qu'ils ne considèrent pas tant leur propre honneur et leur propre intérêt que l'honneur de Dieu et l'intérêt du public; mais il est très rare que l'Esprit de Jésus- Chi'ist, sans lequel il n'y a point d*intentions pures, inspire ces sortes de désirs aux Riches du monde : il les

• Textes iii-4» ot in-12 : g cûsemble > après « compagnie ».

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porte bien plutôt à diminuer ce poids inutile qui les empêche de s'élever vers le ciel et à craindre ces paroles de son Évangile, que celui qui s*élèce sera abaissé^. Ainsi ces désirs que Ton voit dans la plupart des hommes du siècle, de monter toujours à une Condition plus haute, et d'y faire monter leurs parents, quoique par des voies légitimes, ne sont pour l'ordinaire que des effets d'une cupidité terrestre et d'une véritable ambition*. Car c'est, monsieur, une erreur grossière de croire qu'il n'y ait point d'Ambition à désirer de relever sa Condition que lorsqu'on se veut servir de moyens injustes ; et c'est cette erreur que saint Augustin condamne dans le livre De la Patience, ch. m, lorsqu'il dit : « L'amour de l'argent et le désir de la gloire sont des folies que le monde croit permises; et on s'imagine que l'avarice, l'ambition, le luxe, les divertissements des spectacles sont innocents, lorsqu'ils ne nous font point tomber dans quelque crime ou quelque désordre que les Lois défendent. » L'ambition consiste à désirer relèvement pour relèvement, et l'honneur pour l'honneur, comme l'avarice à aimer les richesses pour les richesses. Si vous y joignez les moyens injustes, vous la rendez plus criminelle ; mais, en substituant des moyens légitimes, vous ne la rendez pas inno-

i. a Celui qui s'élève sera abaissé ». Les Casuistes répondent : ceci est de conseil, non de précepte. Chaque fois qu'une assertion de l'Écriture ou des Pères les gène, ils emploient cet argument commode : ceci est de conseil, non de précepte. C'est par cette voie qu'on sort pas à pas du Christianisme. On donne comme de conseil ou de perfection le précepte qu'on veut éluder.

2. La remarque est vraie, conforme à l'esprit évangélique. î\ est aisé de la faire dans un écrit anonyme, dont l'auteur n'a pas de responsabilité à encourir. Mais un Casuiste, confesseur de roi, directeur dans une famille de noblesse, de bourgeoisie où l'ambition règne, ne la ferait pas sans courir le risque d'être congédié sur-le-champ.

cente*. Or, Vasquez ne parle pas de ces occasions dans lesquelles quelques gens de bien désirent de changer de Condition, et sont dans V attente probable de le faire^ comme dit le cardinal Cajetan. S'il eu parloit, il auroit été ridicule d'en conclure, comme il a fait, que Ton ne trouve presque jamais de Superflu dans les gens du monde; puisque des occasions très rares, qui ne peuvent ai'dver qu'une ou deux fois dans la vie, et qui ne se rencontrent que dans un très petit nombre de Riches, à qui Dieu fait connoîlre qu'ils ne se nuiront pas à eux-mêmes en s élevant pour servir les autres, ne peuvent pas empêcher que la plupart des Riches n'aient beaucoup de Superflu. Mais il parle d'un désir vague et indéterminé de s'agrandir, il parle d'un désir de s'élever sans aucunes bornes; puisque, s'il étoit borné, les Riches commenceroient d'avoir du Superflu lorsqu'ils y seroient arrivés.

Et enfin il croit que ce désir est si généralement per-

1. C'est toujours la mt^me chose. Pascal et son collaborateur d'occasion, tous deux partisans de la voie étroite, abusent un peu des textes qu'ils ont sou? la main. Ils suivent leur chef saint Cyran disant à saint Vincentde-Paul : « 11 n*y a plus d'Église et cela depuis plus de cinq ou six cents ans : auparavant TÉglise étoit comme un grand fleuve qui avoit ses eaux claires; mais maintenant, ce qui nous semble TÉglise, n'est plus que bourbe : le lit de cette belle rivière est encore le même, mais ce ne sont plus les mêmes eaux. » M. Vincent ne l'ignore pas; néanmoins, il fronce le sourcil. On est à moitié sorti du Christianisme. Faut-il retourner au désert? Non ; il faut prendre le monde comme il est. M. Vincent, qui fut le précepteur de Retz, fait ainsi, sans se croire un plus mauvais chrétien que saint Cyran. En ce qui touche à l'ambition, Tanonyme de la réponse à la Douzième Provinciale abuse de son irresponsabilité. Ce qu'il enseigne est d'accord avec la tradition rigoureuse de l'âge où le Christianisme montait à l'assaut de la Société romaine et condamnait même l'exercice d'une fonction politique. Dans un état social où il a encore une part prépondérante au Gouvernement, il ne peut pas condamner l'ambition d'une manière absolue. Les Casuistes ont adopté une moyenne, et c'était nécessaire. ]1 était aisé de les trouver en défaut; il l'eût été moins de faire mieux qu'eux. C'est parce que les Jansénistes sont persécutés qu'on les excuse de faire ainsi flèche de tout bois.

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mis qu'il empêche tous les Riches d'avoir presque jamais du Superflu.

C'est, monsieur, afin que vous l'entendiez, cette prétention de s'agrandir et de s'élever toujours dans le siècle à une Condition plus haute, quoique par des moyens légitimes, Ad statum quem licite poasunt acquirere^ que l'Auteur des Lettres a appelée du nom d'Ambition ; parce que c'est le nom que les Pères lui donnent, et qu'on lui donne même dans le monde. Il n'a pas été obligé d'imiter une des plus ordinaires adresses de ces mauvais Casuistes, qui est de bannir les noms des vices, et de retenir les vices mêmes sous d'autres noms. Quand donc ces paroles, 5//itum quem licite passant acquirere, auroient été dans le passage qu'il a cité, il n'auroit pas eu besoin de les retrancher pour le rendre criminel. C'est en les y joignant qu'il a droit d'accuser Vasquez, que, selon lui, il ne faut qu'avoir de l'Ambition pour n'avoir point de Superflu. 11 n'est pas le premier qui a tiré cette conséquence de cette doctrine. M. Du Val* l'avoit fait avant lui en termes formels, en combattant cette mauvaise maxime, Tome II *,

1. Duval ou Du Val (André), théologien françain, né à Pontoise en 156i, mort à Paris en 1G38. Protégé du cardinal Duperron, il fut nommé par rintermédiaire du cardinal à une chaire de théologie créée par Henri IV à son intention. Il est mort séniei4r de Sorbonne et doyen de la Faculté de théologie do Paris. C'était un politicien très ambitieux et sans scrupule. Après la mort de Duperron^ il avait obtenu en se faisant ultramontain la faveur du nonce à Paris, Muffei Barberini, depuis Urbain VIII^ puis celle de Richelieu et du père Joseph. Un de ses tours est digne de Richelieu. On avait à faire signer à Richer, syndic de la Faculté de théologie, des pièces dont Richelieu avait besoin ; Duval attira le pauvre Richer chez le père Joseph où Ton introduisit pour Teffrayer des assa.ssins le poignard levé sur lui. Richer signa ce qu*on voulut. Parmi les nombreux ouvrages de Da Val, on peut citer ses : In secundam parlera sommœ /). Thomas com' mentarii, 2 vol. in-folio, Paris, 1636, dédiés à Richelieu.

2. Des Commentant En matière d'ambition, la compétence de Da Val n'est pas ordinaire.

q. 8, p. 576. « Il s'ensuivrojt, dit-il, que celui qui desireroit une plus haute dignité, c'est-à-dire qui auroit une plus grande Anobition, n' auroit point de Superflu, quoiqu'il eût beaucoup plus qu'il ne lui faut selon sa Condition présente : SEgutRETUR eum qui hanc dignitatem cuperel^ seu qui MAJORi AMBiTiONE DUGERETUR, liabetido plurimu supra decentiam sui atatuSy non habiturum superflua. »

Vous avez donc fort mal réussi, monsieur, dans les deux premières faussetés que vous reprochez à TAuteur des Lettres. Voyons si vous serez mieux fondé dans les deux autres que vous l'accusez d'avoir faites en se défendant. La première est qu'il assure que Vasquez n'oblige point les Riches de donner de ce qui est nécessaire à leur Condition. II est bien aisé de vous répondre sur ce point : car il n'y a qu'à vous dire nettement que cela est faux, et qu'il a dit tout le contraire. 11 n'en faut point d'autre preuve que le passage même que vous produisez trois lignes après, où il rapporte que Vasquez a oblige les Riches de donner du Nécessahre en certaines occasions. »

Votre dernière plainte n'est pas moins déraisonnable. En voici le sujet. L'Auteur des Lettres a repris deux décisions dans la Doctrine de Vasquez : l'une, « que les Riches ne sont point obligés, ni par Justice, ni par Charité, de donner de leur Superflu, et encore moins du Nécessaire dans tous les besoins ordinaires des Pauvres. » L'autre, « qu'ils ne sont obligés de donner du Nécessaire qu'en des rencontres si rares qu'elles n'arrivent presque jamais. » Vous n'aviez rien à répondre sur la première de ces décisions, qui est la plus méchante. Que faites-vous là-dessus? Vous les joignez ensemble, et, apportant quelque mauvaise défaite sur la dernière, vous voulez faire croire que vous avez répondu sur toutes les deux. Ainsi, pour démêler ce

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que vous voulez embarrasser à dessein, je vous demande à vous-même s'il n'est pas vrai que Vasquez enseigne que les Riches ne sont jamais obligés de donner ni du Superflu, ni du Nécessaire, ni par Charité, ni par Justice, dans les nécessités ordinaires des Pauvres. L'Auteur des Lettres ne l'a-t-il pas prouvé par ce passage formel de Vasquez : « Corduba enseigne que lorsqu'on a du Superflu, on est obligé d'en donner à ceux qui sont dans une nécessité ordinaire, au moins une partie, afin d'accomplir le précepte en quelque chose? » Remarquez qu'il ne s'agit point en cet endroit si on y est obligé par Justice ou par Charité, mais si on y est obligé absolument. Voyons donc quelle sera la décision de votre Vasquez : « Mais cela ne me plaît pas, SED HOC NON PLACET ; Car uous avons montré le contraire contre Cajetan et Navarre. » Voilà à quoi vous ne répondez point, laissant ainsi vos Jésuites convaincus d'une erreur si contraire à l'Évangile.

Et quant à la seconde décision de Vasquez, qui est que les Riches ne sont obligés de donner du Nécessaire à leur Condition qu'en des rencontres si rares qu'elles n'arrivent presque jamais, l'Auteur des Lettres ne Tapas moins clairement prouvé par l'assemblage des conditions que ce jésuite demande pour former cette obligation : savoir, « que l'on sache que le pauvre qui est dans la nécessité urgente ne sera assisté de personne que nous; et que cette nécessité le menace de quelque accident mortel, ou de perdre sa réputation. » Il a demandé sur cela si ces rencontres étoient fort ordinaires dans Paris ; et enfin il a pressé les Jésuites par cet argument : Que Vasquez permettant aux Pauvres de voler les Riches dans les mêmes circonstances où il oblige les Riches d'assister les Pauvres, il faut qu'il ait cru, ou que ces occasions étoient fort rares,

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OU qu'il étoit ordinairement permis de voler. Qu'avez-vous répondu à cela, monsieur? Vous avez dissimulé toutes ces preuves, et vous vous êtes contenté de rapporter trois passages de Vasquez, où il dit dans les deux premiers que les Riches sont obligés d'assister les Pauvres dans les nécessités urgentes, ce que l'Auteur des Lettres reconnoît expressément ; mais vous vous êtes bien gardé d'ajouter qu'il y apporte» des restrictions, qui font que ces nécessités urgentes n'obligent presque jamais à donner l'Aumône, qui est ce dont il s'agit.

Le troisième de vos passages dit simplement que les Riches ne sont pas obligés de donner seulement l'Aumône dans les nécessités extrêmes, c'est-à-dire quand un homme est près de mourir, parce qu'elles sont trop rares ; d'où vous concluez qu'il est faux que les occasions où Vasquez oblige à donner l'Aumône soient fort rares. Mais vous vous moquez, monsieur : vous n'en pouvez conclure autre chose, sinon que Vasquez ôte le nom de très rares aux occasions de donner l'Aumône, qu'il rend très rares en effet par les conditions qu'il y apporte. En quoi il n'a fait que suivre la conduite de sa Compagnie. Ce jésuite avoit à satisfaire tout ensemble les Riches, qui veulent qu'on ne les oblige que très rarement à donner l'Aumône, et rÉglise, qui y oblige très souvent ceux qui ont du Superflu. Il a donc voulu contenter tout le monde, selon la méthode de sa Société, et il y a fort bien réussi. Car il exige, d'une part, des conditions si rares en effet, que les plus avares en doivent être satisfaits; et il leur ôte, de l'autre, le nom de rares ^ pour satisfaire l'Église en apparence. Il n'est donc pas question de savoir si Vasquez a

■ Texte iii-40 « rapporte » au lieu d' « apporte 9.

donné le nom de rares aux rencontres où il oblige de donner l'Aumône. On ne Ta jamais accusé de les avoir appelées rares. 11 étoit trop habile jésuite pour appeler ainsi les mauvaises choses par leur nom. Mais il est question de savoir si elles sont rares en effet, par les restrictions qu il y apporte ; et c'est ce que TAuteur des Lettres a si bien montré, qu'il ne vous est resté sur cela que cette réponse générale, qui ne vous manque jamais, qui est la Dissimulation et le Silence.

Tout ce que vous ajoutez ensuite de la subtilité de l'esprit de Vasque z dans les divers sens qu'il donne aux mots de Nécessaire et de Superflu est une pure illusion. Il ne les a jamais pris qu'en deux sens, aussi bien que tous les autres Théologiens. 11 y a, selon lui, « nécessaire à la Nature, et nécessaire à la Condition : Superflu à la Nature, Superflu à la Condition. » Mais, afin qu'une chose soit Superflue à la Condition, il veut qu'elle soit non seulement à l'égard de la Condition présente, mais aussi à l'égard de celle que les Riches peuvent acquérir ou pour eux ou pour leurs parents, par des moyens légitimes. Ainsi, selon Vasquez, tout ce que l'on garde pour relever sa Condition est appelé simplement Nécessaire à la Condition, et Superflu seulement à la Nature ; et on n'est obligé d'en faire l'Aumône que dans les occasions que l'Auteur des Lettres a fait voir être si rares, qu'elles n'arrivent presque jamais.

Il n'est pas besoin de rien ajouter, touchant la comparaison de Vasquez et de Cajetan, à ce que l'Auteur des Lettres en a dit. Je vous avertirai seulement, en passant que vous imposez * à ce cardinal, aussi bien que Vasquez,

1. Imposer dans le sens d'imputer, attribuer à tort. Ce sens a vieilli. Pascal 8*en sert souvent : « Leur imposant faussement qu'ils soutenoient c«:s propositions. » •* (xv* Provinciale.)

lorsque vous soutenez « que, contre ce qu'il avoit dit dans le Traité de F Aumône, il enseigne, en Celui des Indulgences, que l'Obligation de donner le Superflu ne passe point le péché véniel. » Lisez-le, monsieur, et ne vous fiez pas tant aux Jésuites, ni morts, ni vivants. Vous trouverez que Cajetan y enseigne formellement le contraire ; et qu'après avoir dit qu'il n'y a que les >iécessités extrêmes, sous lesquelles il comprend aussi la plupart de celles que Vasquez appelle urgentes, qui obligent à péché mortel*, il y ajoute cette exception, « si ce n'est qu'on n'ait des Biens Superflus : seclusa si PERFLurrAXE boxorum. »

Je passe donc avec vous à la Doctrine de la Simonie. L'Auteur des Lettres n'a eu autre dessein que de montrer que la Société tient cette maxime : Que ce n'est pas une Simonie en conscience de donner un bien spirituel pour un temporel, pourvu que le temporel n'en soit que le motif même principal, et non pas le prix; et, pour le prouver, il a rapporté le passage de Valentia tout au long dans la Douzième, qui le dit si clairement, que vous n'avez rien à y répondre, non plus que sur Escobar, Érade Bille, et les autres, qui disent tous la même chose. Il suffit que tous ces Auteurs soient de cette opinion pour montrer que, selon toute la Compagnie qui tient la Doctrine de la Probabilité, elle est sûre en conscience, après tant d'Auteurs graves qui l'ont soutenue, et tant de Provinciaux graves qui l'ont approuvée. Confessez donc, qu'en laissant subsister, comme vous faites, le sentiment de tous ces autres jésuites, et vous an*étant au seul Tannerus, vous ne faites rien contre le dessein de l'Auteur des Lettres que vous attaquez, ni pour la justification de la Société que vous défendez.

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