Péchi mortel » : Sous p^ine de péc'iô mortel
Mais, afin de vous donner une entière satisfaction sur ce sujet, je vous soutiens que vous avez tort aussi bien sur Tannerus que sur les autres. Premièrement, vous ne pouvez nier qu'il ne dise généralement « qu'il n y a point de Simonie en conscience, in foro conscientiœ^ à donner un bien spirituel pour un temporel, lorsque le temporel n'en est que le motif même principal, et non pas le prix. » Et quand il dit qu'il n'y a point de Simonie en conscience, il entend qu'il n'y en a point, ni de Droit Divin ni de Droit Positif. Car la Simonie de Droit Positif est une Simonie en conscience. Voilà la règle générale à laquelle Tannerus rapporte une exception, qui est que « dans les cas exprimés par le Droit, c'est une Simonie de Droit Positif, ou une Simonie présumée. » Or, comme une exception ne peut pas être aussi étendue que la règle, il s'ensuit par nécessité que celte maxime générale, que « ce n'est point Simonie en conscience de donner un bien spirituel pour un temporel , qui n'en est que le Motif, et non pas le Prix, » subsiste en quelque espèce des choses spirituelles ; et qu'ainsi ilya^ des choses spirituelles qu'on peut donner sans Simonie de Droit Positif pour des biens temporels, en changeant le mot de Prix en celui de Motif.
L'Auteur des Lettres a choisi l'espèce des Bénéfices, à laquelle il réduit la Doctrine de Valentia et de Tannerus. Mais il lui importe peu néanmoins que vous en substituiez une autre, et que vous disiez que ce n'est pas * les Bénéfices, mais les Sacrements, ou les Charges ecclésiastiques*,
• Tous les textes contemporains ont c ait » au lieu de i a •, ce qui est incorrect.
1. a Ce ii*est pas » pour «ce ne sont pas» n'est pas précisément incorrect, mais aujourd'hui l'expression est hors d'usage.
2. La manière d'acquérir et de posséder les biens ecclésiastiques était
qu'on peut donner pour de l'argent. 11 croit tout cela également impie, et il vous en laisse le choix. Il semble, monsieur, que vous l'ayez voulu faire, et que vous ayez
ane question brûlante dans TÉglise. Pascal n*y touche qu*a7ec une extrême discrétion. Le cas de Simonie, dans la cession des Bénéfices, était tout à fait particulier ; celui de l'emploi des revenus soit d'un Bénéfice, soit d'une fonction ecclésiastique était beaucoup plus important. Le respect des choses de TÉglise a empêché Pascal d'y toucher. L'envie de faire échec aux Casuistes de la Compagnie de Jésus a déterminé Nicole à n'avoir pa^t tant de retenue. L'Apologiste des Jésuites, dit-il, — note à la 12* provinciale, — avoit extrêmement fait valoir l'obligation que Vasquez im|>ose aux Ecclésiastiques de donner leur Superflu aux Pauvres. Mais Montai te, qui ne vouloitpas s'écarter de son dessein en se Jetant dans de nouvelles disputes, méprise ces vaines déclamations et se contente de répondre qu*il n'a point parlé des Ecclésiastiques, mais que néanmoins si les Jésuites vouloient entrer dans cette question, il est prêt d'en parler quand il leur plaira.
Afin donc de faire voir qu'il n'y a rien que de véritable dans cette menace de Montalte, Je crois devoir faire ici ce qu'il n'a pas dû faire, et marquer en pansant, divers relâchements de la Morale des Jésuites sur remploi des Biens Ecclésiastiques.
Il n'y a rien de plus certain dans la Doctrine des Pères, des Conciles et des anciens Scolastiques, que les Ecclésiastiques ne sont point maîtres de leurs revenus, mais qu'ils n'en sont que les économes et les dispensateurs, ce qui fait dire au Jésuite Comitolus : — que les Anciens Docteurs et les Meilleurs Auteurs des siècles passés, et même du nôtre, n'ont jamais mis en question si ceux qui ont des Bénéfices sont les maîtres des revenus et des fruits de ces Bénéfices. — Tant il était certain qu'ils ne l'étoient pas ! Et afin qu'on ne s'imagine pas que cela n'a lieu qu'à l'égard des premiers siècles, le dernier Concile général,— sect. 25, de Réformée, 1, — a déclaré conformément à ce sentiment commun que les biens des évêques (ce qu'on doit aussi entendre de ceux des ministres inférieurs) appartiennent à Dieu ; et ainsi il leur défend de les dissiper, et de les donner à leurs parents... Néanmoins, ajoute Comitolus, certains Auteurs Modernes, disciples de Dominique Soto, ont tâché, après quinze siècles, d'introduire dans l'Église une opinion nouvelle et pernicieuse, savoir que les Bénéficiers sont véritablement les maîtres des revenus de leurs Bénéfices. » Voilà comme parle ce Jésuite, bien éloigné en cela des maximes de la Société. Car ces Casuistes à qui il suflSt, pour embrasser les opinions les plus relâchées, qu'elles soient appuyées sur la moindre raison ou quelque autorité qui ne soit pas tout à fait méprisable, ont tous donné dans l'opinion de Soto, et Vasquez, entre autres {De BedU. eccL, c. 1, doub. 1, n. 27). Ainsi ceux qoi entretiennent leurs familles des biens de l'Église on qui les emploient à nourrir des chiens ne sont point obligés, selon ces Auteurs, à restituer, ef
voulu donner à entendre que ce n'est pas Simonie de dire la messe, ayant pour motif principal d'en recevoir de l'argent. C'est la pensée qu'on peut avoir en lisant ce que
ils peaventf par conséquent, obtenir TAbsolation de cette dissipation et rentrer en grâce avec Dieu en se confessant et en faisant un acte d*attrition qui est toujours en leur pouvoir. Non seulement Vasquez rend les Biens de rÉglise propres aux Ecclésiastiques, mais n*ayant pas osé nier qu'ils ne fussent obligés de donner au moins leur Superflu aux Pauvres, il décharge de cette obligation ceux qui ne sont pas titulaires des Bénéfices et qui ont seulement des pensions. « Je ne vois, dit-il (Eleem., c. 4, d. ult , n. 22), aucun auteur qui oblige ceux qui ont des pensions sur les Bénéfices à faire des aumônes plus abondantes que les séculiers qui, selon le môme Vasquez, ne sont point obligés à faire TAumône de leur Superflu, si ce n*est dans les nécessités pressantes et extrêmes, » et encore avec les exceptions que Montalte a rapportées.
Mais quand ce qu'il dit seroit vrai, qu'il n'a trouvé Aucun Auteur qui obb'ge ceux qui ont des pensions sur les Bénéfices, à faire des aumônes plus abondantes que les séculiers, ce seroit pour une autre raison et pour un motif très éloigné de sa prétention. Car puisqu'il est évident que ces pensions font véritablement partie du Bien de l'Église et des Pauvres, il est naturel que les Auteurs ne les aient point distinguées des autres Biens ecclésiastiques. Pourquoi en efiet les en distinguer, puisqu'elles n'ont rien de particulier^ sinon que l'usage en est tout nouveau, qu'elles sont sujettes à beaucoup d'abus, qu'elles ont toujours quelque chose d'odieux et qui ressent la Simonie, à moins que l'utilité de l'Église ou quelque raison importante ne les rendent nécessaires?
De ces principes, les autres Jésuites qui ont un génie merveilleux pour étendre les opinions relâchées, qu'ils regardent comme des faveurs qu'on ne doit point resserrer; de ces principes, dis je, ils ont tiré diverses conséquences qui déshonorent la dignité et la sainteté du Sacerdoce et de l'État ecclésiastique.
Hurtado de Mendoza (in 2, 2, vol. 2, disp. 160, sect. 15, S ^05 usque ad 120), cité par Diana (5* part., tr. 8, rep. 37) enseigne qu'un évêque qui dans les nécessités ordinaires donne le tiers de son revenu aux Pauvres, et donne une grande partie du reste à sa Famille, ne pèche point, a Supposons, dit-il, un évoque qui ait trente mille livres de rente ; il en distribue dix mille en œuvres pieuses : il n'y a personne qui puisse l'accuser d'avarice ou de dureté envers les Pauvres, ou se scandaliser avec raison de ce qu'il dépense les ving^ mille qui lui restent pour l'entretien de sa maison, ou comme il lui plaît, pourvu que ce ne soit point en des usages profanes, quand même il ie$ répandroit abondamment sur sa famille,..,, ce quHl peut faire sans aucuns scrupules. »
SancheK assure que ce que l'on donne aux prêtres pour administrer les
VOUS rapportez de la coutume de l'Église de Paris. Car si vous aviez voulu dire simplement que les Fidèles peuvent offrir des biens temporels à ceux dont ils reçoivent les spi-
sacremcnts et pour entendre les confessions, doit être regardé coranie nn bien de Patrimoine, et que par conséquent ils ne sont point absolument obligés d*en donner même le Superflu aux Pauvres. Il pn^tcnd que cette maxime a lieu à Tégard de ceux mêmes qui sont obligés par leur emploi à exercer ces fonctions sans aucune rétribution. C'est ce qu*Escobar renferme dans ce peu de mots : « Les prêtres, demande-t-il (Tr. 5, ex. 5, c. 6 (m praxi), sont-ils obligés de faire des Aumônes du Superflu de ce qu'ils reçoivent pour les fonctions de leur ministère, comme par exemple pour dire la messe, prêcher, assister aux convois, administrer les sacrements, etc. ? J'assure, rdpond-il, que selon la doctrine de Sanchez, ils n*y sont point obligé?, quand même leur emploi les forceroit d'exercer ces fonctions gratuitement, parce qu*on doit regarder ces biens comme des biens de Patrimoine. » Comme si les prêtres pouvoient espérer de leur ministère quelque chose de temporel qui leur tienne lieu de récompenses! Le même Sanchez autorise l'avarice la plus sordide des Ecclésiastiques. « Quand les Ecclésiastiques, dit-il (Conci. mor., I. 2., c. 2, dub. 43), vivent avec une telle épargne qu'ils ne dépensent pas des Revenus de leurs Bénéfices, ce qui, au jugement d'un homme de bien, est nécessaire pour vivre honnêtement dans leur État, peuvent-ils disposer de cette épargne comme d*aB bien de Patrimoine, ou sont-ils obligés de le donner aux Pauvres comme un Bien Superflu?» U y a là-dessus deux opinions. La première, qu'ils doivent le donner aux Pauvres, parce que les biens de rÉglise ne sont donnés aux Ecclésiastiques qu'autant qu'ils leur sont nécessaires et que le reste doit être distribué aux Pauvres. Or, dans ce cas, le Nécessaire est devenu Superflu par l'épargne de l'Ecclésiastique, donc, etc.... La seconde opinion tient le contraire. Ma conclusion est qu'il est plus probable que les Ecclésiastiques peuvent user comme d'un bien de Patrimoine de ce qu'ils ont épargné sur leur Nécessaire. Et la raison sur laquelle je me fonde est que ce Nécessaire est accordé aux Ecclésiastiques à cause de leur travail ; en sorte qu'ils en peuvent disposer comme il leur platt. Ils peuvent donc sans scrupule disposer comme d'un bien de Patrimoine de ce qu'ils entamasse par leur épargne. C'est le sentiment de Navarre. »
Escobar est du même avis, Sanchez qu'on peut faire fortune. Nicole n'y tient pas : « On ne peut, dit-il, trouver de termes assex forts pour détester une Doctrine si abominable et si injurieuse à Jésus-Christ et k l'Église. Je dis donc hardiment que quiconque tire des Fonctions Ecclésiastiques au-delÀ de ce qui est nécessaire pour vivre honnêtement, selon les •règles du Christianisme, non seulement il déshonore son ministère, mais il s'en acquitte avec un esprit simoniaque et mercenaire : car c'est vendre les fonctions de son ministère et non pas les exercer gratuitement, que d'en
rituels, et que les Prêtres qui servent à l'Autel peuvent vivre de l'Autel, vous auriez dit une chose dont personne ne doute, mais qui ne touche point aussi notre question. Il s'agit de savoir si un prêtre qui n'auroit pour motif principal, en offrant le sacrifice, que l'argent qu'il en reçoit ne seroit pas devant Dieu coupable de Simonie. Vous l'en devez exempter selon la Doctrine de Tannerus; mais le pouvez -vous selon les principes de la Piétô chrétienne? « Si la Simonie, dit Pierre Le Chantre*, l'un des plus grands ornements de l'Église de Paris, est si honteuse et si" damnable dans les choses jointes aux Sacrements, combien Test-elle plus dans la substance même des Sacrements, et principalement dans l'Eucharistie, où on prend Jésus-Christ tout entier, la source et l'origine de toutes les Grâces! Simon le Magicien, dit encore ce saint homme, ayant été rejeté par Simon Pierre, lui eût pu dire : Tu me rebutes, mais je triompherai de toi et du Corps entier de l'Église ; j'établirai le siège de mon empire sur les Autels ; et lorsque les Anges seront assemblés en un coin de l'Autel pour adorer le Corps de Jésus-Christ, je serai à l'autre coin pour faire que le ministre de l'Autel, ou plutôt le mien, le forme pour de l'argent. » Et cependant cette Simonie, que ce pieux théologien condamne si fortement, ne consiste que
> « Bt damnable • dans le texte in-8<», qui retranche le « si ■.
exiger quelque chose comme récompeuse. » Grêlaient là de la bouche de Nicole det colères gratuites et des propos inutiles. Sous rAncien Régime, sous celui de Nicole, il était évident que le Haut Clergé celui desévêchés et des abbayes opulentes, recruté parmi les cadets de famille qui les obtenaient comme un héritage, se moquaient un peu de la Morale de Nicole. 1. Pierre le Chantre, docteur de TCniversité, chantre de TÉglise do Paris, mort en 1197. Il avait composé, outre divers traités, un Commentaire fur les douze petits prophètes et un Dictionnaire théologique. L^amour de la retraite lui fit quitter le monde. U mourut moine de Clteauz, à l'Abbaye de Loog-Pont en Picardie.
dans la cupidité qui fait que, dans l'administration des choses spirituelles, on met sa fin principale dans F utilité temporelle qui en revient, et c'est ce qui lui fait dire généralement, c, XXV, « que les ministères saints, qu'il appelle les ouvrages de la droite, étant exercés par l'amour de l'argent, forment la Simonie : Opus dcxterœ operatum causa pccuniœ acquirendœ parit simoniam, » Qu*auroit-il donc dit, s'il avoit ouï parler de cette horrible maxime des Casuistes que vous défendez : « Qu'il est permis à un prêtre de renoncer pour un peu d'argent à tout le fruit spirituel qu'il peut prétendre du sacrifice? »
Vous voyez donc, monsieur, que, si c'est là tout ce vous avez à dire pour la défense de Tannerus, vous ne ferez que le rendre coupable d'une plus grande impiété. Mais vous ne prouverez pas encore par là qu'il y ait, selon lui**. Simonie de Droit Positif à recevoir de l'Argent comme Motif pour donner des Bénéfices. Car remarquez, s'il vous plaît, qu'il ne dit pas simplement, que c'est une Simonie de donner un bien spirituel pour un temporel comme Motif, et non comme Prix, mais qu'il y ajoute une alternative, en disant que c'est « ou une Simonie de Droit Positif, ou une Simonie présumée. »> Or une Simonie présumée, n'est pas une Simonie devant Dieu; elle ne mérite aucune peine dans le tribunal de la conscience. Et ainsi dire, comme fait Tannerus, que c'est une Simonie de Droit Positif, ou une Simonie présumée, c'est dire en effet que c'est une Simonie, ou que ce n'en est pas une. Voilà à quoi se réduit l'exception de Tannerus, que l'Auteur des Lettres n'a pas dû rapporter dans sa Sixième Lettre ; parce que, ne citant aucunes paroles de ce jésuite, il y dit
* c Selon lui » est i^outé dans le texte in-S».
simplement qu'il est de Tavis de Valentia ; mais il la rapporte", et il y répond expressément dans sa Douzième, quoique vous l'accusiez faussement de l'avoir dissimulée.
C'a été pour éviter l'embarras de toutes ces distinctions que l'Auteur des Lettres avoit demandé aux Jésuites si c'étoit Simonie en conscience, selon leurs Auteurs, de donner un Bénéfice de quatre raille livres de rente en recevant dix mille francs comme Motif, et non comme Prix. » Il les a pressés sur cela de lui donner réponse précise sans parler de Droit Positif, c'est-à-dire sans se servir de ces termes que le monde n'entend pas, et non pas sans y avoir égard, comme vous l'avez pris contre toutes les lois de la grammaire. Vous y avez donc voulu satisfaire, et vous répondez, en un mot, « qu'en ôtant le Droit Positif, il n'y auroit point de Simonie comme il n'y auroit point de péché à n'entendre point la messe un jour de fête, si l'Église ne l'avoit point commandé; » c'est-à-dire que ce n'est une Simonie que parce que l'Église l'a voulu, et que sans ses Lois Positives ce seroit une action indifférente. Sur quoi j'ai à vous repartir :
Premièrement, que vous répondez fort mal à la question qu'on a faite. L'Auteur des Lettres demandoit s'il y avoit Simonie, selon les Auteurs Jésuites qu'il avoit cités, et vous nous dites de vous-même qu'il n'y a que Simonie de Droit Positif. Il n'est pas question de savoir votre opinion; elle n'a pas d'Autorité. Prétendez-vous être un docteur grave? Gela seroit fort disputable. Il s'agit de Valentia, Tannerus, Sanchez, Escobar, Érade Bille, qui sont indubitablement graves ^ C'est selon leur sentiment qu'il faut
* Texte m-8^ : « il l'a rapportée » au lieu de c il la rapporte >.
1. Pascal n*aaroit pas avancé cette niaiserie même en ce qui concerne
répondre. L'Auteur des Lettres prétend que vous ne sauriez dire, selon tous ces jésuites, qu'il y ait en cela Simonie en conscience. Pour Valentia, Sanchez, Escobar et les autres, vous les quittez. Vous le disputez^ un peu sur Tannerus ; mais vous avez vu que c'étoit sans fondement : de sorte qu'après tout il demeure constant que la Société enseigne qu'on peut, sans Simonie, en conscience, donner un bien spirituel pour un temporel, pourvu que le temporel n'en soit que le Motif principal, et non pas le Prix. C'est tout ce qu'on demandoit.
Et en second lieu, je vous soutiens que votre réponse contient une impiété horrible. Quoi, monsieur! vous osez dire que, sans les lois de l'Église, il n'y auroit point de Simonie de donner de l'argent, avec ce Détour d'Intention, pour entrer dans les charges de l'Église; qu'avant les canons qu'elle a fait delà Simonie, l'Argent étoit un moyen permis pour y parvenir, pourvu qu'on ne le donnât pas comme Prix, et qu'ainsi saint Pierre fut téméraire de condamner si fortement Simon le Magicien, puisqu'il ne paroissoit point qu'il lui offrît de l'argent plutôt comme Prix que comme Motif!
A quelle École nous renvoyez-vous pour y apprendre cette Doctrine? Ce n'est pas à celle de Jésus-Christ, qui a toujours ordonné à ses disciples de donner gratuitement ce qu'ils avoient reçu gratuitement, et qui exclut par ce mot, comme remarque Pierre le Chantre, In verb. abb, c. XXXVI, « toute attente de présents ou* services, soit avec
■ Textes m-A^ et in- 12 : « ou dei services ».
Sanchez, quoiqu'il eût également évité d'avancer qu'ils n'étaient pas graves. Son suppléant n'a pas le sens critique.
1. «Disputez» est une faiblesse de style qui frise l'incorrectioD.
RÉFUTATION DE LA RÉP. A LA Xll* LETTRE. 17
pacte, soit sans pacte ; parce que Dieu voit dans le cœur. » Ce n'est pas à l'École de l'Église, qui traite non-seulement de Criminels, mais d'Hérétiques, tous ceux qui emploient de l'Argent pour obtenir les Ministères Ecclésiastiques, et qui appelle ce trafic, de quelque artifice qu'on le pallie, non un violement d'une de ses Lois Positives, mais une Hérésie, simoniacam hœresim.
Celte École donc en laquelle on apprend toutes ces maximes, ou que ce n'est qu'une Simonie de Droit Positif, ou que ce n'en est qu'une présumée, ou qu'il n'y a même aucun péché à donner de l'Argent pour un Bénéfice comme Motif, et non comme Prix, ne peut être que celle de Giézi et de Simon le Magicien. C'est dans cette École où ces deux premiers trafiqueurs* des choses saintes, qui sont exécrables partout ailleurs, doivent être tenus pour innocents ; et, où, laissant à la cupidité ce qu'elle désire, et ce qui la fait agir, on lui enseigne à éluder la Loi de Dieu par le changement d'un terme qui ne change point les choses. Mais que les disciples de cette École écoutent de quelle sorte le grand pape Innocent III, dans sa Lettre à l'archevêque de Cantorbéry*, de l'an 1199, a foudroyé toutes les damnables subtilités de ceux « qui, étant aveuglés par le désir du gain, prétendent pallier la Simonie sous un nom honnête : simoniam sub honesto nomine palliant. Comme si ce changement de nom pouvoit faire changer et la nature du crime et la peine qui lui est due. Mais on ne se moque pas de Dieu, ajoute ce pape ; et quand ces sectateurs de
1. Les boos écrivains n'emploient pat Texpression «traflqueur», pas plus au xvii* siècle qu*aujourd'hui.
% Tous les textes du temps ont « Cantorbie » au lieu de « Cantorbôiy ». On n^était pas difficile au xvii* siècle sur les noms de lioux non plus que sur les noms d'hommes. Dans ses Mémoires, La Rochefoucauld écrit toujours « le Duc de Bouquinquan » pour le « Duc de Buckingham. »
SimoQ pourroieot éviter en cette vie la punition qu'ils méritent, ils n'éviteront point en l'autre le supplice éternel que Dieu leur réserve. Car l'honnêteté du nom n'est pas capable de pallier la malice de ce péché, ni le déguisement d'une parole empêcher qu'on n'en soit coupable : Cum nec honestas nominis criminis malitiam palliabit, nec vox poterit abolere reatum, »
Le dernier point, monsieur, est sur le sujet des Banqueroutes. Sur quoi j'admire votre hardiesse. Les Jésuites, que vous défendez, avoient rejeté la question d'Escobar sur* Lessîus très mal à propos; car l'Auteur des Lettres n'a voit cité Lessius que sur la foi d'Escobar, et n'avoit attribué qu'à Escobar seul ce dernier point dont ils se plaignent, savoir que les Banqueroutiers peuvent retenir de leurs Biens pour vivre honnêtement, quoique ces Biens euHsent été gagnés par des injustices et des crimes connus de tout le monde. C'est aussi sur le sujet du seul Escobar qu'il les a pressés, ou de désavouer publiquement cette maxime, ou de déclarer qu'ils la soutiennent ; et en ce cas, il les renvoie au Parlement. C'étoit à cela qu'il falloit répondre, et non pas dire simplement que Lessius, dont il ne s'agit pas, n'est pas de l'avis d'Escobar, duquel seul il s'agit. Pensez-vous donc qu'il n'y ait qu'à détoui'ner les questions pour les résoudre? Ne le prétendez pas, monsieur. Vous répondrez sur Escobar avant qu'on parle de Lessius. Ce n'est pas que je refuse de le faire. Et je vous promets de vous expliquer bien nettement la Doctrine de Lessius sur la Banqueroute, dont je m'assure que le Parlement ne sera pas moins choqué que la Sorbonne. Je vous tiendrai parole avec l'aide de Dieu, mais ce sera après que vous
■ c A I au lieu do « sur » danf les textes io-4o et in-lS.
aurez répondu au point contesté touchant Escobar. Vous satisferez à cela précisément, avant que d'entreprendre de nouvelles questions. Escobar est le premier en date ; il passera devant, malgré vos fuites. Assurez-vous qu'après cela Lessius le suivra de près.
Que la doctrine de Lessius sur THomicide est la même que celle de Victoria. Combieu il est facile de passer de la Spéculation à la Pratique. Pourquoi les Jésuites se sont servis de cette vaine distinction, et combien elle est inutile pour les justifier 2.
Du 30 septembre 1656.
Mes révérends pères,
Je viens de voir votre dernier Écrit, où vous continuez vos Impostures jusqu'à la Vingtième, en déclarant que vous finissez par-là cette sorte d'accusation, qui faisoit votre première partie, pour en venir à la seconde, où vous devez prendre une nouvelle manière de vous défendre, en montrant qu'il y a bien d'autres Gasuistes que les vôtres qui sont dans le Relâchement, aussi bien que vous. Je vois donc maintenant, mes pères, à combien d'Impostures j'ai à répondre : et puisque la Quatrième où nous en sommes demeurés est sur le sujet de l'Homicide, il sera à propos, en y répondant, de satisfaire en même temps aux* 11, 13, 14, 15, 16, 17 et 18% qui sont sur le même sujet.
Je justifierai donc, dans cette Lettre, la vérité de mes citations contre les faussetés que vous m'imposez'. Mais
■ Texte in-So : « à la » au lieu de « aux •.
1. Texte in-4<> et in-12 : « Treizième Lettre écrite par l'Autear des Lêltrts au Provincial, aux révérends pères Jésuites. » Texte in-8* : « Treizième Lettre aux révérends pères Jésuites. »